Exclusif : la chute discrète d’un ambassadeur...
par vlane
mercredi 31 décembre 2014
Une fois n’est pas coutume, pour cette fin d’année, nous publions, sans le cautionner, un texte qui n’est pas de Vlane mais pas d’un inconnu non plus. Inutile de chercher à savoir, vous ne saurez pas. C’est un littéraire comme dit Aziz. C’est assez amusant pour qui a le sens de l’humour des salons et on ne peut plus véridique me promet l’auteur Guemlet legtiva :
En 2012, Sid’Ahmed El Bekaye Ould Hamadi est nommé ambassadeur de la République Islamique de Mauritanie, auprès de l’Emirat du Qatar, en succession de Mohamed Fall Ould Bellal, mis à la retraite. Il reçoit, pour mission, de garder un œil sur Moawiya Ould Taya, déchu et exilé là. Entre-temps, avant la chute de ce dernier, El Bekaye aux antennes sensibles, avait appris à approcher l’actuel Chef de l’Etat, alors commandant de la garde prétorienne. Mohamed Ould Abdel Aziz, artisan de deux putschs consécutifs, accédait à la magistrature suprême en juillet 2009. Comme d’autres avant lui, il accepta les menus services et confidences utiles de ce garçon aux talents variables et dont le génie débordait, semble-t-il, l’étape convenue de la scolarité.
Dans le cours de 2014, un officiel qatari croise le Ministre mauritanien des Affaires Etrangères et lui confie, d’un air entendu : « Dites au Président que tout ce que son épouse demande a été satisfait ».
De retour à Nouakchott, le Ministre s’en ouvre à Mohamed Ould Abdel Aziz et découvre, à sa grande stupeur, l’étonnement de ce dernier. Première alerte. L’affaire est étouffée et l’Ambassadeur maintenu. Peu de gens savent, à ce jour, s’il avait sollicité des faveurs avec l’aval de la première dame ou s’il fraudait, pour son intérêt propre. Toujours est-il qu’il garda le crédit de plénipotentiaire, avec l’usage plein du drapeau, du cachet et de la signature.
En octobre, le Qatar demande, à Nouakchott, de bien vouloir rappeler et remplacer son ambassadeur. Des notables locaux viennent de dénoncer, auprès des autorités de leur pays, une vaste arnaque de maraboutage, sous la commandite de El Bekaye, assure le Ministère des affaires étrangères à Doha. Le message qatari précise que les complices de l’occultation vivaient et administraient l’invisible, dans les locaux de la représentation extraordinaire de la Mauritanie. Certaines sources ont laissé entendre que les charlatans, dont des parents de Son Excellence, détenaient, alors, des passeports diplomatiques. Ils devraient, à ce privilège des conventions de Vienne, leur expulsion sans dommage judiciaire.
La Mauritanie désigne, à sa place, Sidi Mohamed Ould Baham Ould Mohamed Laghdhaf, diplomate de carrière, qui aura franchi, en plusieurs années, toutes les étapes du métier, sans en sauter aucune. Quoique lui aussi de grande tente maraboutique, Ould Mohamed Laghdhaf sait lire, écrire et parler, dans les langues de ce monde.
El Bekaye quitte Doha, presque en catimini ; il ne bénéficie, en dépit de l’étiquette locale, de la réception d’adieu au Ministère des Affaires étrangères qatarai pas plus qu’il ne mérite le cocktail prévu par le Club diplomatique. Alors, il organise une soirée privée et y invite des mauritaniens. Quelques-uns donnent le change et louent ses qualités. Il arrache, tout de même, une petite consolation. Un chargé du protocole du pays hôte et le doyen du corps diplomatique assistent à la cérémonie.
Qui est ce, donc El Bekaye ?
Dans les années 2000, au faîte de la puissance de Moawiya, quand la majorité de la Mauritanie des notables lui était caudataire reconnaissante et zélée, un homme de grande lignée maraboutique le vint voir, lors de l’une ses visites à l’intérieur du pays. Il tenait son fils intimidé à la main et dit au Président, l’œil baissé comme il se doit « Votre ampleur considérable, Monsieur le Président, voici mon fils, je vous le donne. Prenez-le, il est à vous » ! La scène en laissa pantois les témoins, pourtant rompus à toutes les acrobaties de l’opportunisme. Aux étapes suivantes, certains offrirent, qui un cheval racé qui un dromadaire au pelage blanc, qui une guenon aux boucles d’oreilles, pour divertir la progéniture de Moawiya.
L’enfant, un adolescent pas très dégourdi mais observateur et doté de l’instinct de ceux qui réchappent de la misère, prit place à bord de l’un des véhicules du cortège où s’entassent le menu griot, le commun du cuistot et quelques intrigantes toutes en viande faisandée, empestant l’Opium de Dior et embagousées de métal douteux. Fils de grande tente mais pauvre – malgré l’endimanche de son boubou de bazin trop riche, trop brodé, trop jaune sur la broderie, trop bleu de Ségou, trop amidonné –il apprit, à se faire une place, sans gêner plus que de nécessité, au milieu de cette volière plutôt joyeuse. La tournée s’acheva, sans incident et l’enfant, émerveillé, ouvrit les yeux sur la capitale, dans le sillage du prince.
Au palais présidentiel, sa présence gênait et aucun ne savait que faire du cadeau humain. Moawiya ordonna à Ould Tomi, alors brillant Directeur du protocole, de « gérer » cet individu lunaire. Doté du sens de la survie et de l’élévation, que confère l’expérience de la pauvreté ou le souvenir de l’humiliation, le jeune se mettait à apprendre et dépensait des ressources de vigilance, autour de lui. A la fois servile comme un courtisan et imbu de son rang à la naissance, il savait prévenir le désir du puissant et intimider le faible. Finalement, il excella dans l’art de la huisserie, qui consiste à se tenir à proximité de l’entrée du Conseil des ministres : dès l’apparition de l’un d’eux, il se précipitait, quasiment ventre à terre, courbé et déférent, pour saisir la poignée et ouvrir la porte, d’un bras vigoureux tandis que, de l’autre, il esquissait une révérence inclinée. Cette position secondaire dans le protocole ne lui était destinée. Il l’avait conquise de haute lutte, aux moyens combinés de la bousculade, de la vélocité et de quelque sortilège, prétendent les mauvaises langues du Palais. De fil en aiguille, la réputation de la science occulte collait au personnage et en rehaussait le crédit. Les plus superstitieux se mirent à le craindre, les moins croyants le moquèrent davantage.
Cheikh El Avia devint puis redevint Premier ministre ; il se réserva le jeune homme de grande tente sous sa protection et le jeune homme de maraboutie réputée prit le Premier ministre sous la protection de ses aïeuls. Ainsi, se nouaient et défaisaient les fortunes durant cet âge d’or des aventuriers, qui démocratisa la distinction, l’excellence et le goût en les dévaluant comme il se doit. N’importe qui pouvait devenir tout, du jour au lendemain. De lever en coucher, notre nobliau de province, servi par la tradition du commandement que la plus extrême pauvreté n’émousse jamais, acquerrait de l’entregent et s’appliquait au polissage de sa personne. Des rugosités s’estompèrent dans le tempérament un peu agreste, le pli de la sociabilité héritée s’accentua. Le garçon délaissa la portière, s’émancipa de la courbature et découvrit le luxe d’aller vers les puissants sans se presser et de maintien droit. Bon, de temps à autre, le réflexe le reprenait quand l’apparition d’un personnage influent le surprenait dans un couloir de la Primature ou du Ministère des Affaires Etrangères. Les sirènes des motards de l’escorte avaient sur lui un effet de transe si intense qu’il se mettait, littéralement, à courir dans tous les sens, le corps plié en deux. Généralement, il se reprenait en main, au bout de quelques minutes et allait se reconstruire à l’abri du regard et des sourires. La vie de cour du temps de Ould Taya pouvait vous exposer, longtemps au ridicule, avant de vous en éloigner, pour de bon, sans prévenir !!
Voici le personnage que les envieux et les méchants réputent analphabète, du moins dans les idiomes de Molière, de Sibeweyhi et du Diable. D’autres, encore plus jaloux le disent incapable d’écrire ni de lire aucune langue d’ici-bas. De là-haut personne n’est revenu et donc la réponse reste suspendue. Nous supposons, quant à nous, que de telles acrimonies ne peuvent atteindre un descendant de Cheikh Sid’El Mokhtar Al Kunti ! Voyons, ils ne savent plus qu’inventer pour nuire aux honnêtes gens et de généalogie honorable !
A ce jour, nous ignorons où est allé choir le génie de El Bekaye que la Mauritanie et le Qatar n’ont su apprécier. Il serait promis à de hautes fonctions.