Explication de texte
par Michel Koutouzis
mercredi 16 février 2011
"Ce n'est pas l'image de la France, l'image de la France rurale, l'image de la France des terroirs et des territoires, celle qu'on aime bien, celle à laquelle je suis attaché"
Pour commencer, la France a donc une et unique image, celle des terroirs et des territoires et elle est la seule à la quelle on puisse s’y attacher. Toute autre n’est négation, bien soulignée par « ce n’est pas l’image de la France »
D’emblée, cette phrase indique une France idéale (et idéalisée) exclut toute autre, urbaine, banlieusarde, industrielle, universitaire, maritime, ultramarine, cosmopolite, et plus que tout, mobile.
Les mots rural, terroir et territoire indiquent une quiétude immobile, des horizons naturels, sans bâtiments ni autoroutes, sans éoliennes ni centrales atomiques, sans usines ni métropoles. A la limite peut-on apercevoir ici et là, cachés dans les bosquets sauvages quelques bourgs et villages d’ou quelques cheminées laissent échapper une fumée de bois.
Bref, une France bien avant le XVIIIe siècle et les prémices de la révolution industrielle, proche du Moyen Age, très faiblement peuplée, catholique et féodale, avec sa dîme, sa gamelle, ses fleuves frontières, gérée par des fermiers généraux et administrée depuis des châteaux forts. Une France qui regarde Paris et surtout Versailles d’un mauvais œil, soupçonnant que le pouvoir central, certes encore fragile, ne pense pas moins à unifier et rationaliser tout cela aux dépends d’une ruralité tout aussi primaire que les forêts qui l’entourent
C’est une France qui honnit la modernité et les étrangers fussent-ils Italiens ou Autrichiens, fussent-ils de sang roturier ou royal, tous soupçonnés d’être des agents malveillants des cours étrangères, décadents et allothrisques, tantôt usuriers ploutocrates, tantôt condottières aventuriers.
Ce qui est perturbant dans cette phrase, c’est qu’elle s’adresse, selon son auteur, à un personnage qui ne la résume pas, ni par son être, ni par son savoir, ni par ses activités. C’est à dire qu’une personne symbolise une France, d’autres une autre, et ainsi de suite mais il n’existe qu’une seule que l’on puisse aimer. Ce déterminisme anthropologique (voir anthropomorphique), relie (volontairement ou pas) toute personne à une mère terre, ou à aucune si la personne se voit attribuée d’un cosmopolitisme apatride considéré, lui, comme l’opposition parfaite aux notions de terroir et de territoire.
Ainsi, la notion de fief l’emporte sur la notion de l’être : on est où on habite, où on a des attaches féodales, et non pas ce qu’on est en tant qu’être, ou ce qu’on fait.
A remarquer aussi, que l’auteur de cette phrase ne dit pas « je » mais « on », se plaçant d’emblée au sein d’une fratrie, d’une catégorie de Français qui partagent sa vision. Le fait qu’il parle de par sa fonction de dirigeant d’un parti politique indique une volonté d’englober l’ensemble de ses membres comme ayant « sa vision » de la France, c’est à dire, que l’on soit élu des champs ou de la ville, des ports ou des banlieues, on a comme idéal fédérateur la ruralité. Celle ci, de la sorte, cesse d’être une variante géographique et se transforme en un idéal philosophique s’opposant, par sa pureté, à tous les autres…