Faudrait-il pendre Zemmour ?
par morice
mardi 29 mai 2012
Oui, je sais, le titre est provocateur et je n'ai nul envie d'en arriver à cette extrémité étant un chaud partisan de l'opposition à la peine de mort, mais le dernier exploit radiophonique de l'individu a été tel, qu'une réaction à placer dans le même type de raisonnement que le sien conduit directement à ce genre de proposition ultime et irréalisable. Eric Zemmour vient de se montrer à l'antenne hier ouvertement raciste, ce dont on l'avait toujours soupçonné d'être, en ravivant en prime une vieille antienne de l'extrême droite identitaire avec le mythe de l'homme blanc menacé. Eric Zemmour a rejoint hier à la fois les partisans d'Eugène Terreblanche et l'abjection la plus complète, professée à une heure de grande écoute sur une radio privée : à défaut de le pendre, il conviendrait au minimum de le priver d'antenne pour incitation à la haine raciale, tout simplement, ce que la direction de la radio devrait lui enjoindre de faire (*). Eric Zemmour devrait en effet être jugé un jour pour avoir tenu de tels propos racistes et xénophobes, inacceptables en démocratie. La défaite électorale de la droite n'autorise en rien de tels excès de langage, et il est temps de s'écrier ça suffit, Zemmour, ça suffit !
Car chez Zemmour, il n'y a pas de pensée, mais un fatras, qui lui fait tout mélanger et relier des choses qui n'ont pa lieu d'être. S'il apprend par exemple qu'un détenu n'a pas réintégré sa cellule après un match de basket, au moment même où la ministre visitait l'événement, c'est évidemment la faute du laxisme supposé de la ministre, à laquelle Zemmour tient véritablement une haine féroce et irraisonnée (ou plutôt propre à son absence de pensée personnelle : ce qu'il ne supporte pas avant tout, à la nouvelle ministre, c'est bien sa couleur de peau, car Zemmour, en l'attaquant avec d'aussi faibles arguments, démontre bien que son antipathie va se chercher plus loin que sur les actes de Christiane Taubira). "Elle se précipite dans une prison pour assister à un match de basket entre prisonniers et surveillants, un basketteur en profite d'ailleurs pour s'évader. Elle supprime le tribunal correctionnel pour adolescents multirécidivistes créé par le précédent gouvernement, les juges pour enfants pourront retrouver leurs ouailles". L'absence de pensée raisonnée est évidente : toutes les études ont démontré depuis des années que la répression en matière de justice pour mineurs est d'une rare inefficacité. Mais à l'extrême droite, faite en majorité de personnes âgées, la jeunesse demeure une classe dangereuse, alors leur seul viatique lors des campagnes électorales est de taper sur cette jeunesse qu'ils estiment dorée pour la simple raison qu'ils n'ont aucune conscience de l'évolution historique des sociétés, qui fait que la génération suivante vit toujours mieux, fort heureusement, que la précédente. Quoique cela aussi est remis en cause chez les étudiants d'aujourd'hui, qui ont bien plus de difficultés à se loger ou à vivre financièrement que leurs aînés. Ces gens-là, façon Zemmour, sont des aigris, fondamentalement, qui ne souhaitent pas que la jeunesse puisse s'en tirer mieux qu'ils n'ont pu le faire dans leur triste vie. Ces gens-là, c'est à dire également la branche ultradroitière de l'UMP, tendance Droite Populaire, par exemple, ces poujadistes déguisés, car un autre député, Philippe Meunier, s'est senti lui aussi interpellé par la fuite du détenu, en déclarant tout de go façon Zemmour : "première sortie de Mme Taubira : première évasion réussie". Sarkozy a beau avoir été éconduit, la pensée de son mentor Buisson a manifestement laissé des traces au sein de l'UMP !
Dominique Sopo, dans Le Monde l'a bien relevé en effet : "lors de sa chronique du 23 mai sur RTL, Eric Zemmour ne prit pas de telles précautions. Attaquant Christiane Taubira sur sa volonté de réinscrire dans le code pénal le délit de harcèlement sexuel invalidé par le Conseil constitutionnel, il s'épancha une fois de plus dans un positionnement digne de ce machisme grossier dont il ne se départ plus. Car, pour Eric Zemmour, le délit de harcèlement sexuel est une entreprise dirigée contre les hommes. Peu importe que les lois de 1992 et de 2002 sur le harcèlement sexuel n'identifient évidemment pas le sexe des auteurs et des victimes potentiels. Il ne s'arrête pas à ces détails qu'un minimum de déontologie journalistique lui aurait pourtant commandé de présenter". Parler de déontologie avec Zemmour, c'est taper dans le vide il semble bien....
L'un des meilleurs commentateurs du Net, celui qui s'était caché sous le pseudo de Mitterrand il n'y a pas si longtemps, ne s'y est pas trompé : dès l'annonce de l'émission de Zemmour, il avait vite repéré le contenu et l'avait immédiatement condamné. Bruno Roger-Petit, qui écrit et dénonce ainsi le lendemain même la violente diatribe de Zemmour : "De mémoire, jamais l'éditorialiste vedette de RTL n'était allé aussi loin dans l'expression de sa pensée profonde, et de sa vision du monde, bien plus loin encore que les propos qui lui valurent des déboires judiciaires et une condamnation pénale. Ce qui est étonnant, c'est que ce pot-pourri (très pourri d'ailleurs) ne déclenche aucune réaction, aucune protestation, alors même que les propos tenus, par ce qu'ils induisent, par ce qu'ils signifient, compte tenu des préjugés, erreurs, travestissements de la réalité et mensonges qu'ils colportent, mériteraient d'être contestés, commentés et justifiés, y compris sur l'antenne ouverte sans contrepartie, sans équilibre, à l’éditorialiste en question". Pas de critiques, et même des reprises, notamment chez Jean-François Copé, qui n'hésite jamais à se baisser pour ramasser les étrons qui traînent sur les trottoirs de l'UMP : "Quand on vote FN, on a la gauche qui passe" et"on a Taubira", a-t-il osé ajouter, faisant preuve de la même bassesse qu'Eric Zemmour.
Car tout cela n'est pas isolé : derrière Zemmour, présenté en franc tireur d'une pensée extémiste, se cachent de vieux piliers de la droite française sertie dans l'UMP : les Longuet et consorts. N'oublions pas en effet qu'en décembre 2010 ; il paradait le Zemmour en traversant l'allée qui menait à l'Elysée ; il était alors reçu par Nicolas Sarkozy, à l'invitation de l'ex député maire de Grenoble Alain Carignon, dont la présence en ces murs n'annonçait rien de bon (il y était quand il n'était pas à Marrakech, son deuxième domaine de prédilection). Le 1er mars 2011 ; il avait été reçu à l'Assemblée Nationale par le groupe de Lionnel Luca. Il n'a jamais été isolé ! La frange d'extrême droite de l'UMP l'a toujours ouvertement soutenu, comme Sarkozy en personne a pu le faire en le recevant !
Il semble pourtant qu'il se soit un peu trompé, Bruno Roger-Petit, car depuis l'émission infâme, les protestations se font jour, celles qui semblent avoir influencé la direction de RTL pour que Zemmour quitte ses studios dans quelques semaines, ce qui, personnellement, me déséspère, car il aurait fallu le sanctionner tout de suite, à mon avis. Ce gars-là n'a pas à se servir d'un micro pour professer des opinions dignes de celles d'un parti extrémiste raciste comme le Bloc Identitaire, qui se situe, rappelons-le, à droite du FN. On ne le pendra donc pasn le Zemmour, car ce n'est même pas la peine : il vient d'édifier en une seule chronique son propre pilori. J'irais bien lui écrabouiller quelques tomates bien pourries sur la figure, maintenu dans son propre carcan, comme le faisaient les gens au Moyen-Age, époque où la pensée n'était pas beaucoup plus évoluée que celle que professe depuis des années Eric Zemmour, ennemi de la démocratie, raciste patenté et ami des pouvoirs forts.
(*) aux dernières nouvelles ce sera le cas mais à la rentrée seulement : pour moi, c'est clair c'était à faire immédiatement. RTL est coupable de laxisme sur cette affaire.