Florange : La rouille c’est maintenant
par gruni
jeudi 13 décembre 2012
Cela fait plus de 40 ans qu'un tueur en série rode le long des rivières de Lorraine. La Moselle, l'Orne, la Chiers et la Fensch sont témoins de la fermeture des mines de fer et de charbon, puis des usines de Longwy, Pompey, Neuves-Maisons et d'autres encore. Quant à la vallée sidérurgique de Florange, elle agonise et va probablement mourir à petit feu. L'emploi d'une région si prospère dans le passé, saigné sur l'hôtel de la réalpolitik, voilà le nom de l'assassin. Devant la résignation de la population d'ici, le "Républicain Lorrain" parle du "silence de la rouille".
Le quotidien local qui dans le passé était une affaire de famille, appartient désormais au "Crédit Mutuel", offre à ses lecteurs une page forum sur laquelle les habitués peuvent exprimer leurs opinions voire donner un bon coup de gueule si le besoin s'en fait sentir. Mais cette fois sur un sujet brûlant comme le laitier des hauts-fourneaux, les journalistes s'étonnent du manque de réactions des abonnés suite au renoncement de l'Etat qui avait laissé entrevoir une nationalisation temporaire du site florangeois. En fait les Lorrains ne se faisaient plus guère d'illusions et savent depuis longtemps que du haut de la Tour Eiffel, qui doit ses poutrelles métalliques aux aciéries de Pompey, on ne veut pas voir les hauts-fourneaux de Moselle.
Pourtant d'après un autre Canard, qui lui a brisé ses chaînes et qui est généralement bien informé. Selon Bercy "l'hypothèse d'une nationalisation temporaire avait fait son chemin, sans jamais se heurter à un mur infranchissable" ni sur le plan juridique ou financier puisque l'Etat aurait pu acquérir Florange pour seulement la moitié du milliard annoncé. Alors pourquoi se renoncement ?
Toujours d'après le Canard enchaîné, le gouvernement aurait craint la contagion et d'autres demandes de nationalisation par des entreprises en difficultés. De plus l'interventionnisme de l'Etat c'est l'épouvantail du patronat et surtout un mauvais signal donné aux investisseurs étrangers. Mais ne faut-il pas aussi regarder un peu plus loin. Que se serait-il passé si un repreneur de Florange avait décidé de se séparer d'une partie du personnel pour rentabiliser son outil de production. C'est encore le gouvernement qui aurait été considéré comme responsable ou irresponsable.
Maintenant que le projet Ulcos sent le gaz que va-t-il se passer. Le dernier Haut-fourneau encore maintenu à chaud sera condamné à mort après son refroidissement au mois de Mars. Déjà l'U4 de Uckange a été transformé en musée, c'est bien de le conserver, mais la région a surtout besoin de projets et d'une perspective pour l'avenir autre que la rouille.