Gaza se dirige vers une partition
par Dr. salem alketbi
vendredi 31 octobre 2025
La situation sur le terrain actuelle suggère que Gaza est au bord de la plus grande scission géographique et politique de son histoire récente. Il ne s’agit plus seulement de lignes de cessez-le-feu ou de nouvelles cartes. Cela s’est transformé en une refonte complète de qui contrôle quoi et qui a de l’influence à l’intérieur de la bande. Cela change la nature même de la relation entre la géographie et le pouvoir à Gaza, et la façon dont les forces internes et externes interagissent.
Depuis la signature du dernier accord de cessez-le-feu en octobre 2025, la période actuelle n’est pas qu’une simple accalmie. Elle ressemble plutôt à une mise à l’essai d’une nouvelle configuration politique dans la bande de Gaza.
Cette configuration répartit l’influence et entérine une situation qui s’apparente fortement à une division réelle en deux zones. L’une serait sous surveillance sécuritaire israélienne directe, et l’autre serait laissée à une administration locale précaire, dirigée d’une main de fer par le groupe terroriste Hamas.
Le Hamas a accepté ce dernier accord, soutenu par Washington et certains acteurs régionaux, mais à contrecœur. De ce que je constate, il est entré dans le cessez-le-feu et les arrangements de calme à long terme par crainte directe de sanctions américaines étendues qui pourraient couper les approvisionnements clés dont il a besoin pour administrer la bande. Il est certain que l’adhésion à cet accord de paix n’a pas été un choix libre pour eux. Pour ce groupe terroriste, la guerre et les affrontements permanents sont ce qui le maintient en vie et au pouvoir. Maintenir la mort et la tension est ce qui donne sa légitimité à son rôle politique et militaire.
Ce qui étaye vraiment cette interprétation, ce sont les événements brutaux et terrifiants qui se produisent dans les rues. Mais cela est typique de la façon dont le Hamas terroriste opère à l’intérieur de Gaza. Des médias internationaux ont confirmé que des membres du Hamas procèdent à des exécutions publiques de dizaines de personnes en plein air, affirmant qu’elles collaborent avec Israël.
À mon avis, le message que le Hamas envoie à la population de la bande peut se résumer en une phrase brutale : vous êtes le carburant de notre pouvoir, et votre sang est ce que nous utilisons pour repousser nos peurs et consolider notre emprise.
Ce qui est encore plus révélateur, c’est le silence observé par les capitales régionales qui soutiennent le groupe au sujet de ces crimes. Aucune d’elles n’a publié de déclaration publique condamnant, ou même mentionnant, ces massacres, comme si elles avaient donné leur approbation tacite. Je ne pense pas que ce silence soit accidentel ; il s’agit d’une position délibérée. Ces pays préfèrent préserver leur influence en maintenant le Hamas comme pouvoir sur le terrain, sans pour autant entrer en confrontation avec l’administration Trump. Washington a plusieurs fois laissé entendre qu’elle imposerait des sanctions directes à quiconque finance les activités du groupe.
C’est probablement la raison pour laquelle les dirigeants de ces pays de soutien trouvent un équilibre entre la nécessité de garder le Hamas comme atout régional et la crainte des représailles américaines. Des actions passées montrent que les États-Unis n’hésiteront pas à s’en prendre aux institutions financières ou aux figures politiques liées à l’armement de groupes militants. Le Hamas est leur pion palestinien dans ces manœuvres, et le perdre serait un revers stratégique qu’ils ne pourraient pas compenser.
Ainsi, ces capitales soutiendront toute configuration qui maintient le Hamas dans la partie, même s’il ne s’agit que d’un petit émirat du Nord de Gaza.
Le scénario le plus probable ressemble à ceci : au cours des six à douze prochains mois, le désarmement complet du Hamas terroriste échouera en raison de difficultés logistiques. Ils feront preuve d’une certaine flexibilité dans le sud de Gaza, mais s’accrocheront fermement au nord comme à une zone interdite. Il est clair que le Hamas tente de faire comprendre à tous que le Nord de Gaza lui appartient, et qu’il se battra jusqu’à la mort pour cela. Dans le même temps, le corridor de Netzarim se transformera progressivement en quelque chose de similaire à la Ligne Bleue au Liban. Puis, dans deux ou trois ans, le monde affirmera qu’un système de gestion divisé à Gaza est la voie pratique et réaliste à suivre.
De toute évidence, une véritable reconstruction ne commencera pas tant que cette configuration partitionnée persistera. Les donateurs du monde entier n’investiront pas de fonds dans un endroit contrôlé par un groupe armé qui ne bénéficie pas de reconnaissance internationale.
On pourrait affirmer que cette situation ne leur a pas été imposée uniquement de l’extérieur. Leurs propres choix y ont contribué, des choix vendus aux puissances régionales et à leurs dirigeants fracturés qui adhèrent au rêve de la cause, la libération de la Palestine et de Jérusalem. Mais en réalité, ils ne font que servir les programmes d’acteurs plus importants. Aujourd’hui, les Palestiniens, malgré tous leurs slogans, ne contrôlent pas véritablement leur destin ; ils exécutent pour la plupart ce que d’autres veulent. Ils s’accrochent à la résistance comme à une croyance floue en la victoire, mais au fond, ils ne sont que des pions dans une compétition régionale sans fin, pleine de souffrances et sans place pour l’humanité.
Ce qui assombrit encore le tableau, c’est que les forces régionales qui prétendent soutenir les Palestiniens ne veulent pas réellement que leur souffrance prenne fin. Elles prospèrent en la maintenant en vie. Chaque nouvelle roquette ou corps retiré des décombres leur donne une excuse de plus pour intensifier leur rhétorique et défendre leur rôle. Pire encore, cette réalité violente est devenue quelque chose que tout le monde accepte, non pas comme une solution permanente, mais parce qu’elle continue de servir leurs objectifs à long terme.
Je pense que la bande de Gaza entre dans une nouvelle phase où cette division non-dite se solidifie. Chaque acteur clé la voit comme une solution temporaire qui amène la paix sans que personne ne revendique la victoire. Le Hamas maintient sa position de gouvernant, même si ce n’est que sur une partie de Gaza. Israël assure ses besoins sécuritaires sans les inconvénients d’une prise de contrôle totale. Et les pays régionaux de soutien préservent leur influence dans le jeu palestinien.
Comme ça, sans aucune déclaration formelle, Gaza pourrait entrer dans cette phase des deux Gaza. Accepter les choses en l’état remplace de réelles décisions ou accords, et à mon avis, cette scission temporaire devient le résultat logique d’un combat qui n’a pas encore trouvé de véritable issue.