Gergovie : un lieutenant-colonel de Zouaves à la retraite soutient que... (1)
par Emile Mourey
vendredi 19 décembre 2014
Écoute donc, Socrate, un récit bien étrange, mais pourtant très véritable, que faisait autrefois Solon, le plus sage parmi les sept sages. Ainsi commence le Timée de Platon, puis, dans Critias, le récit prend tout son développement. Rappelons d’abord qu’il y a neuf mille ans, il s’éleva une guerre générale entre les peuples qui habitent au-delà des colonnes d’Hercule (la Gaule en y accédant par l’Atlantique après avoir franchi le détroit de Gibraltar) et ceux qui habitent en deçà (les cités grecques et hellénisées). C’est cette lutte qu’il faut vous raconter maintenant. Parmi ces peuples, les uns étaient dirigés par notre république qui, suivant la tradition, acheva seule la guerre ; les autres étaient commandés par les rois de l’Atlantide (Gergovie)... (2)
Dessin du héraut d'armes, Guillaume Revel, XV ème siècle, représentant la forteresse et la ville du Crest.
Gergovie d'après César (DBG VII, 36-52) : La ville était posée sur un mont particulièrement haut et partout difficile d'accés (1) DBG 36, 1....Vercingétorix (2) avait installé ses camps autour de lui, sur le mont, en avant de l’oppidum (3) ... tous les versants (4) de la ligne de crête (5) étaient tenus... sur quelque côté qu’on pouvait observer (6), le spectacle était terrifiant DBG 36, 2... le dos de la ligne de crête (5) était à peu près plat mais étroit et boisé DBG 44, 3... (jusqu' à) l'autre bout de l'oppidum (7) DBG 44, 3. La distance entre la muraille de l’oppidum et la plaine était à vol d’oiseau de mille deux cents pas -1,776 km - comptés à partir de l’endroit où la montée commençait (8). Il fallait ajouter à cette distance celle des détours qui rendaient la montée plus facile mais augmentaient la longueur du chemin (8) DBG 46, 1, le chemin est toujours là avec ses contours et la distance concorde... Il y avait face à l'oppidum, au pied du mont, une colline en pente particulièrement bien fortifiée (9) DBG 36, 5, la colline de la Roche blanche. (Commentaires de Jules César sur la guerre des Gaules, 52 avant J.C.)
Gergovie d'après Sidoïne Apollinaire (lettres et poèmes, V ème siècle après J.C.)
Je prends à témoin la fortune de César que la frayeur saisit ici à un tel point que le légionnaire, après avoir été rejeté des pentes de Gergovie, ne trouva son salut que dans le refuge de ses camps. (Panégyrique d'Avitus)...
Au sud-ouest, les bains s'accrochent aux racines de la falaise boisée. Quand on coupe du bois de taillis sur le plateau, on le jette en bas. Les tas glissent tout naturellement le long de la paroi et tombent pratiquement dans la bouche des fours. Parties de là, les eaux ressurgissent, brûlantes, dans le sanctuaire du temple auquel est accolée la salle des parfums...
Hélas ! La paix ne dure qu'un temps : Et moi, enfermé que je suis à l'intérieur d'une muraille fragiliée en partie par les incendies, il ne m'est pas possible de satisfaire le désir de te voir à cause de l'imminence de la guerre (Epist III, VII, 10)...
Gergovie d'après Platon.
...Poséidon (la colonisation phénicienne, ma thèse), à qui était échue l’Atlantide, établit les enfants qu’il eut d’une mortelle dans un endroit de l’île que je vais vous décrire. Du côté de la mer (dans l’esprit de Platon, Gergovie se trouve du côté de l’Atlantique) et au milieu de l’île (au centre de la Gaule) était située une plaine, qui passe pour avoir été la plus belle de toutes les plaines et remarquable par sa fertilité (la plaine de la Limagne). Près de cette plaine, à cinquante stades plus loin (à 9 km de la plaine, là où elle commence, vers Clermont-Ferrand) et toujours au milieu de l’île (la Gaule), il y avait une montagne peu élevée (la montagne de la Serre). Là, demeurait un de ces hommes, premiers nés de la terre, qui s’appelait Evénor (un autochtone)...Poséidon s’étant épris de sa fille, Clito, il s’unit à elle (union des colons avec les autochtones). Voulant clore la colline que Clito habitait (l’éperon du Crest), le dieu la creuse alentour, et forme des enceintes d’eau et de terre alternativement plus grandes et plus petites, qui se repliaient les unes autour des autres : il y en avait deux en terre et trois en eau (?), et toutes étaient parfaitement circulaires, comme s’il les avait tracées au compas à partir du centre de l’île de manière que la colline était inaccessible aux hommes...
Je ne retiens que la partie vraisemblable du récit. Il est bien évident que Platon s’échappe ensuite dans son "monde des idées" pour imaginer une cité idéale très puissante, ce qui rend la victoire de l’Athènes "de nos pères" d’autant plus glorieuse. Ce texte est à la fois un modèle de cité que Platon donne en exemple à ses contemporains, mais aussi une féroce critique politique de son époque qu’il juge décadente.
Poséïdon s'étant uni à l'autochtone Clio (en ce lieu ?) il eut cinq fois deux enfants mâles. L'aîné, qui fut le premier roi, s'appela Atlas et c'est de lui que l'île entière et la mer ont tiré le nom d'Atlantique. Son frère jumeau eut la province gadirique.
Gergovie d'après Grégoire de Tours († 594)
Gergovie/Le Crest dans un autre dessin du XVème siècle et aujourd'hui en 1982
E. Mourey, 19 décembre 2014, extraits de mon "Histoire de Gergovie" publié en 1993, site internet http/ www.bibracte.com, et de mes articles Agoravox. L'auteur de la photo au début de mon article est M. Romary, voir condition d'utilisation sur Wikipédia, à la page "Le Crest". Traduction ancienne corrigée pour Platon et Sidoïne. Traductions de l'auteur pour César et Grégoire de Tours.
Renvois
1. Un franc-tireur dans la bataille de Gergovie : un lieutenant-colonel de Zouaves à la retraite soutient que c’est au Crest, à l’extrémité de la montagne de la Serre qu’il faut situer l’oppidum gaulois défendu par Vercingétorix. Dans son livre "Histoire de Gergovie", il avance également l’hypothèse que Gergovie serait l’Atlantide terrestre... L’auteur ne se revendique ni historien ni archéologue, mais poète » (Journal « La Montagne » du 9.12.1993).
2. Platon dispose de deux types de sources : les comptes-rendus des marchands qui ont remonté le Rhône juqu'au pays éduen et les comptes-rendus des navigateurs qui ont abordé la Gaule par sa façade atlantique jusqu'au pays arverne. J'ai tenté d'expliquer à M. Luc Brisson que Platon comparait la Gaule à une île dont la partie méditerranéenne avait subsisté malgrè les dégats dûs au conflit, mais dont la partie atlantique, arverne, a sombré dans un cataclysme volcanique. Probablement Platon se base-t-il sur un dernier compte-rendu d'explorateur qui s'est perdu dans le marais poitevin.
3. Quatre longueurs d'arpents romains, soit très exactement 35m568 x 4 = 142m272, ce qui est très proche des 120 mètres que j'ai mesurés.
4. J'ai prévenu, en son temps, la DRAC d'Auvergne en proposant même de venir sur place pour repérer, éventuellement, les canalisations de plomb. Au vu des mails que j'ai reçus, je pense avoir indisposé très considérablement les archéologues de ce service.
5. Je laisse aux archéologues le soin de retrouver l'emplacement du temple de Poséïdon. Logiquement, il devrait s'identifier aux "masures" du vieux château, sur le point haut.
6. Le sanctuaire de Vasso galate qu'évoque Grégoire de Tours est l'antique Gergovie dans sa totalité.
7. Il s’agit de l’ensemble de la forteresse, de l'épaisseur de la muraille de l'oppidum et non pas : le temple et sa voûte étaient d’un ouvrage remarquable (mauvaise traduction).
Toujours pas de réponses à mes courriers et articles de la part des responsables de la Culture. Je suis vraiment pour eux un pestiféré.