Green-washing et COP23 : les contribuables français et allemands vont payer pour les Américains !
par Clark Kent
jeudi 16 novembre 2017
Lors de la COP23 sur le climat à Bonn, les dirigeants européens ont appelé à une action plus globale pour lutter contre le réchauffement climatique après que Trump ait annulé l’engagement des Etats-Unis de l'accord de Paris de 2015 ; la France et l'Allemagne promettant davantage de fonds pour combler le déficit.
En anticipant sur le sommet qui se tiendra le 12 décembre à Paris à propos du financement des actions programmées, le président Macron a déclaré à Bonn que la France compenserait le manque à gagner dû au retrait des Américains pour financer les recherches en climatologie menées par le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Il en a profité pour annoncer que la France avait l'intention de fermer toutes les centrales au charbon d'ici 2021 dans le cadre des mesures visant à limiter les émissions de gaz à effet de serre.
"Il ne manquera pas un seul euro", a-t-il déclaré fièrement aux délégués de 200 pays participant à la réunion de Bonn qui ont applaudi comme un seul homme, admiratifs devant une telle mansuétude. Les contributions américaines au budget du GIEC ont été d'environ 2 millions d'euros (2,36 millions de dollars) par an ces dernières années.
La chancelière allemande, Angela Merkel, a déclaré de son côté que l’accord de Paris n'était qu'un début pour freiner la hausse des températures sur la planète, responsable des canicules, des inondations et de l'élévation du niveau de la mer, et qu'il devait être renforcé : "Le changement climatique est de loin la bataille la plus importante de notre époque", a-t-elle ajouté dans un grand élan oratoire dont elle n’est pourtant pas coutumière.
Pour ne pas être en reste sur Macron, et elle a assuré que l'Allemagne devait également réduire sa dépendance vis-à-vis du charbon afin de réduire significativement les émissions de gaz indésirables : "Nous savons que l'Allemagne utilise encore largement le charbon, en particulier la lignite, diminuer leur utilisation devrait contribuer à atteindre nos objectifs", a déclaré Mme Merkel.
Il faut dire que le parti conservateur de Mme Merkel cherche à former un nouveau gouvernement de coalition avec les verts (écologistes) qui exigent des réductions drastiques des émissions de dioxyde de carbone d'ici 2020.
Trump, qui affiche délibérément des doutes (réels ou feints) sur le fait que le changement climatique soit principalement causé par les émissions anthropiques, avait déclaré en juin qu'il se retirerait de l'Accord de Paris et qu'il assurerait de son côté la promotion des industries du charbon et des combustibles fossiles. Sur ce point précis, Mme Merkel a salué l’initiative de certains états et villes américains dénommée « America's Pledge » (l’engagement, la promesse, la garantie de l’Amérique ?) dont le but est d’atténuer les effets des positions prises par le gouvernement fédéral : "Je m'en réjouis, car cela souligne l'importance donnée à la protection du climat dans de nombreuses régions des États-Unis, indépendamment de la décision du président Trump de quitter l'accord de Paris", a-t-elle déclaré.
Certains mouvements environnementaux ont exprimé leur déception à propos du fait que Mme Merkel n'ait pas fixé de date pour l'élimination du charbon dans les centrales électriques : "Elle devait montrer qu'elle avait entendu à Bonn les souffrances des populations du Pacifique et du monde entier ... or, elle n'a pas parlé de ça", a déclaré Mme Jennifer Morgan, directrice exécutive de Greenpeace International.
M. Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU avait précédemment déclaré en s’adressant aux délégués à Bonn que les gouvernements devraient mettre la main au porte-monnaie pour financer la lutte contre les émissions de carbone et cesser de miser sur les combustibles fossiles, ce qui revient à faire un pari dangereux : "La croissance des marchés du carbone en Europe et en Amérique du Nord, et l'annonce par la Chine de l'un des plus grands systèmes d'échange d'émissions au monde, sont un bon signe", a-t-il déclaré, "Mais pour atteindre les objectifs de Paris, nous avons besoin d'une couverture mondiale d'au moins 50% et d'un prix plus élevé sur le carbone pour conduire une action climatique à grande échelle".
On peut argumenter à l’infini sur l’influence de l’évolution des cours des sources d’énergie pour diminuer leur utilisation ou sur les fluctuations des cours de la bourse pour neutraliser leur impact. On peut même se livrer à des joutes verbales brillantes ou calamiteuses sur les effets des « gaz à effets de serre », le résultat tangible de toutes ces transactions spéculatives, c’est que ce sont les contribuables français et allemands qui vont cracher au bassinet pour que la quête permette toujours et encore d’acheter le vin de messe indispensable aux grand-messes du green-washing.