Greenpeace : l’Opération Satanique

par Desmaretz Gérard
jeudi 16 octobre 2025

France 2 a diffusé le mardi 23 septembre 2025 à 20 h 50 « Qui a coulé le Rainbow Warrior ? » un documentaire en trois épisodes d'une cinquantaine de minutes chacun. Le Rainbow Warrior, ex Sir William Hardy, un chalutier de Haute Mer en acier construit en 1955 à Aberdeen (Ecosse) racheté par Greenpeace au ministère de l'Agriculture de la Pêche et de l'Alimentation du Royaume-Uni en 1977 pour 40 000 livres. Après quatre mois de rénovation et l'installation de voiles au chantier de Jacksonville (États-Unis), Le navire amiral de Greenpeace battant pavillon du Royaume-Unis entre en service le 29 avril 1978. Caractéristiques : longueur 40 m, tirant d'eau 4,6 m, propulsion assurée par deux Diesel (vitesse 12 nœuds), voilure de 620 m2 (vitesse 6 nœuds), 48 tonnes, port d'attache : Amsterdam, IMO 5329786. Selon certains, le Rainbow Warrior aurait été domicilié via une société britannique contrôlée par Greenpeace et immatriculé aux iles Caïmans...

Le documentaire passe sous silence le Curriculum Vitae de David Fraser Mc Traggart le commandant du Rainbo warrior... un ancien bucheron né le 24 juin 1932 à Vancouver (Canada), part s'installer en Californie et y créer une entreprise de construction, les affaires n'étant florissantes, il décide de quitter son épouse et leurs trois filles. En 1969 il achète le « Vega » un ketch de 36 pieds et quitte les États-Unis y laissant d'importantes dettes préférant échapper aux procès des victimes flouées. Il rencontre Bennett Metcalfe, cofondateur de Greenpeace en Nouvelle-Zélande auquel il propose la mise à disposition de son bateau en contre partie d'une somme de 10 000 dollars. McTaggart est interpellé et incarcéré pour contrebande de montres suisses. C'est Metcalfe qui règle la caution permettant à Mc Taggart de recouvrer la liberté... Mc Taggart prône l'activisme et la désobéissance civile.

Contexte, le Rainbow Warrior s’apprêtait, accompagné d'une flottille de navires, à entraver la campagne d'essais nucléaires dans le Pacifique. La France n'est pas signataire du traité de Moscou de 1963 qui interdit les essais nucléaires atmosphériques, et l’État français a déplacé son programme d’essais nucléaires de l’Algérie à la Polynésie française en 1966. En 1973 les gouvernements néo-zélandais et australien obtiennent de la Cour internationale de justice la suspension des essais nucléaires. La France refuse de se conformer à la décision de la Cour, arguant qu'il s'agit de ses eaux territoriales. Le premier ministre néo-zélandais, Norman Kirk, dépêche deux frégates de la marine néo-zélandaise aux abords de la zone d’essai de l'atoll de Moruroa accompagnées par une flottille de voiliers. Au mois de juin le voilier Vega, premier navire de Greenpeace pénètre dans la zone interdite de l’atoll de Moruroa pour interrompre l’essai nucléaire en cours au risque de s'exposer à des retombées radioactives... Le commandant du Véga, David McTaggart et ses lieutenants refusent de suivre un navire de la Marine nationale. Les autorités françaises décident l'intervention de fusiliers-marins commandos. Le commandant et un membre de l'équipage résistent, les Fusco se doivent d'empoigner la manière forte et McTaggart et son équipage sont placés en détention. Le commandant va en faire grief à la France et médiatiser les actions de Greenpeace en embarquant journalistes et photographes. Entre juillet 1966 et septembre 1974 (renonciation aux essais atmosphériques pour les essais souterrains), la France a procédé à 46 tirs atmosphériques sur les atolls de Moruroa et Fangataufa. Quatre-vingt-sept essais seront réalisés sous la présidence de François Mitterrand. En 1977, McTaggart à l'origine d'une scission, crée des bureaux à Londres, à Paris et installe le siège de Greenpeace International à Amsterdam...

En 1985 l’État Français est pris la main dans le sac au jeu de l'action clandestine. Cette affaire va faire les choux gras de la presse en organisant une chasse aux sorcières, oubliant que le Service Action ne conduit pas d'opérations pour son propre compte, mais pour celui de l'État. Le S.A n'est que ce qu'en fait le pouvoir politique. L'année précédente, l'Amiral Henri Fages, le patron de la Direction centrale des expérimentations nucléaires (DIRCEM) a fait part des risques d'éperonnage entre le Rainbo Warrior à la coque épaisse (acier de nuance E24, épaisseur de 6 mm, le poids au m2 est égal à 8 fois l'épaisseur) avec un bâtiment de la Royale.

Le 27 mars 1985 une première orientation est présentée à l'Amiral Lacoste, patron de la Direction Générale de la sécurité extérieure par le colonel Lesquer, chef de la division action. L'Amiral Lacoste rencontre le président François Mitterrand le 15 mai à 18 heures en présence du général Saulnier le chef d'État-major particulier du président. « J'ai demandé au Président s'il m'autorisait à mettre en œuvre le projet de neutralisation que j'avais étudié à la demande de Charles Hernu. Il m'a donné son accord en manifestant l'importance qu'il attachait aux essais nucléaires. Je ne suis pas alors entré dans un plus grand détail du projet, l'autorisation était suffisamment explicite ». (...) Cinq hypothèses d'action sont proposées : envoyer une équipe médicale diagnostiquant la jaunisse chez l'équipage mis en quarantaine ; introduire dans le réservoir à combustible du bateau des bactéries mangeuses de carburant ; placer une charge explosive légère sous la coque pour endommager l'arbre d'hélice ou le gouvernail du Rainbow Warrior, l'obligeant à de lourdes réparations ; provoquer une dysenterie accidentelle pour laisser l'équipage à terre ; et enfin placer une charge explosive lourde sous la coque pour couler le navire. Cette dernière hypothèse, jugée comme la plus radicale, est celle qui est retenue par le pouvoir politique pour que cesse l'activisme du Rainbow Warrior. L'Élysée donne l'aval à cette opération le 28 mai et le ministère de la Défense le 7 juillet ». Le général Saulnier signe le déblocage des fonds secrets, 1,5 millions de Francs (environ 225.000 €).

Dans la nuit du 9 au 10 juillet (indice de luminosité, classe 5) deux nageurs de combat embarquent sur un « Zodiac » depuis une rampe de lancement isolée à Stanley Point, direction Marsden Wharf où se trouve le Rainbow Warrior à quai. Vers 19 h, parvenu à 1000 mètres de leur cible les deux nageurs se glissent à l'eau et agrippent une passeresse (cordage fixé sous l'embarcation) qui permet de les remorquer à faible allure. A 500 mètres de l'objectif le chef d'équipe s'immerge à 6 mètres de profondeur suivi de son camarade juste au-dessus de lui comme un remora. Chacun transporte sur son dos une charge explosive (le port de l'appareil respiratoire Oxygers est ventral). Le chef d'équipe l’œil rivé sur la planchette de navigation conserve le cap, embardée max acceptable + ou - 5°, (plusieurs points de recalage sont prévus, surtout en cas de courant traversier) tandis que son camarade consulte le chronomètre et veille à la sécurité. Les deux NC sont reliés l'un à l'autre par une « ligne de vie » ou « menotte », une sangle de deux mètres de long. La nage d'approche prend 15 minutes. A 20 h 50 le binôme pose une charge de 5 kg au niveau du safran, une autre au niveau de la salle des machines. Le retard de la première chage est fixé à 23 h 48, la seconde, 5 minutes plus tard. Le double minage a été retenu pour deux raisons, la première explosion est sensée réveiller les occupants qui ne manqueront pas d'évacuer le navire, voire de palier un raté toujours possible. La pose terminée le binôme nage vers l’ouest en direction d’Auckland Harbour Bridge. Pendant ce laps de temps le pilote du zodiac se dirige vers Mechanics Bay pour y être recueilli par un couple venu à bord d'un camping-car de location.

A bord du Rainbow Warrior le capitaine Peter Willcox et une partie de l’équipage regagnent leur cabine tandis que d'autres continuent à discuter autour de la table du réfectoire. Soudain une explosion ébranle le bateau, l'équipage pense à une collision et s'empresse à quitter le bord. Le photographe Fernando Pereira, nationalité néerlandaise, regagne sa cabine pour sauver ses appareils et pellicules. Une seconde explosion le surprend dans sa cabine, le bateau prend de la gîte, près de sept tonnes d'eau s'engouffrent en une minute, Fernando Pereira péri noyé. La seconde charge a créé une brèche de 2,5 par 1,8 mètres.

Les effets d'une charge concentrée placée au contact (fixation magnétique, ventouse à piston, presses ou par flotabilité positive) « sont en principe égaux dans toute les directions », mais l'emplacement du détonateur à toute son importance. La mise à feu se reflète dans les éléments géométriques de symétries (axes, plans, centre) sans parler du type de coque, la jonction des plaques (soudures ou rivets), la présence de membrures (mailles) et salisures. Une charge de 10 kg fixe les limites de sécurité pour les plongeurs et nageurs à 600 mètres, et pour les ouvrages à 40 m (loi de la racine cubique Hopkinson-Cranz adaptée au milieu aquatique).

Le 14 juillet la France se passionne pour le Tour de France tandis que le président François Mitterrand mange chez Bonnoit, un restaurant proche de Grenoble. Le scandale s’intensifie avec la publication des initiales des NC du SA. L'auteur de la fuite ? un haut fonctionnaire félon. « Le papier ne refuse pas l'encre » et le tirage prévaut. Le directeur du Monde et le journaliste Edwigw Plenel sont condamnés « le mercredi 26 mars, 1986 à 2 000 F d'amende par la dix-septième chambre correctionnelle de Paris pour diffamation envers M. Jean-François Charrier, ancien colonel de la DGSE ». Heureusement « que l'on ne parle jamais des trains qui arrivent à l'heure »...

Le 22 septembre le Premier ministre français Laurent Fabius confirme à l'antenne que ce sont des agents français qui ont fait sauter le Rainbow Warrior et qu'ils avaient agi sur ordre. Le ministre de la défense Charles Hernu et le Directeur Général de la DGSE Pierre Lacoste démissionnent. L'amiral déclare « J'assume cette erreur mais ce n'est pas un mea culpa ». Lacoste refuse de balancer les noms des agents : « c'est une question d'honneur, jamais je ne donnerais les noms de mes collaborateurs ». Article 327 abrogé le 16 décembre 1992 avec l'entrée en vigueur du « nouveau » Code pénal le 1 mars 1994 : Il n'y a ni crime ni délit lorsque l'homicide, les blessures et les coups étaient ordonnés par la loi et commandés par l'autorité légitime.

Les faux époux Turenge sont interpellés le 22 novembre lors de la remise du van à l'agence de location. Ils seront reconnus coupables d’homicide involontaire et condamnés chacun à dix ans de prison. Au mois de janvier 1986 les exportations de produits agricoles néo-zélandais rencontrent des obstacles sur les marchés français, le gouvernement néo-zélandais redoute le blocage de ses exportations vers la Communauté européenne. Les deux gouvernements parviennent à un gentelman agreement au mois de juillet 1986. Le gouvernement français verse 13 millions de dollars néo-zélandais à la Nouvelle-Zélande en contrepartie d'accès au marché et les deux agents voient leur peine ramenée à trois ans qu'ils devront passer sur l’atoll de Hao (Polynésie française). Le 2 octobre 1987 un tribunal d’arbitrage international siégeant à Genève (Suisse), ordonne à la France de verser 8,1 millions de dollars américains de dommages et intérêts à Greenpeace. L'organisation dispose des fonds nécessaires pour acheter le Rainbow Warrior 2. Le 8 octobre 1985 la famille du photographe Fernando Pereira avait reçu une « compensation » de l’État français. Le Rainbow Warrior II est arraisonné en 1995 lors d'une nouvelle protestation contre les essais nucléaires dans l’atoll de Moruroa. Lorsqu’on demande aux militants de Greenpeace leur nom, ils répondent Fernando Pereira !

Au mois de décembre 1987 le Rainbow Warrior est remorqué au large de Matauri bay. L’épave repose par une vingtaine de mètres de profondeur à 6 kilomètres des côtes des îles Cavalli entre les îles Horonui et Motutapere. Les agents du SA parlent de « règles d'or », les Anglo-saxons du mnémonique KISS (keep it simple stupid). Cette dernière formulation de mise en application aurait été sans doute préférable.

En 1989 David Taggart mis en minorité pour avoir voulu acheter un satellite soviétique quitte la présidence de Greenpeace et se retire dans une ferme en Italie. D'où proviennent les fonds de l'organisation ? personne n'apporte de réponse ; l'URSS a soutenu l’association écologiste dans les années soixante, d'anciens militants ont déclaré « que l’association avait reçu 100 000 dollars en 1979 de la CIA pour tester les défenses soviétiques sous prétexte de protestation contre la pêche à la baleine ». Le journaliste Michael Knessler a écrit en 1991 que David McTaggart « avait travaillé pour le compte de fonctionnaires américains dans une mission secrète en Amérique latine ». Franz Kotte, ancien comptable de Greenpeace dit dans The Rainbow Man que Greenpeace possédait plusieurs comptes secrets de quelques dizaines de millions de dollars. Ces comptes ouverts au nom de sociétés écrans n’étaient accessibles qu’aux plus hauts responsables de Greenpeace, dont David McTaggart, et étaient placés dans diverses opérations de spéculation sur les marchés internationaux... D'après Franz Kotte, les dommages interêts versés à Greenpeace se sont retrouvés sur le compte d’un mystérieux Ecological Challende Fund dont le gérant n'était autre que David McTaggart qui n'avait plus de responsabilités dans l'organisation... La dirigeante de Greenpeace interrogée « pourquoi celui-ci contrôlait encore cette somme d’argent, parce que nous lui faisons confiance »... David McTaggart décéde en 2001 au volant de son véhicule dans une collision survenue en Italie.

« Quand je repense à toutes ces années, à tout ce qui s’est passé depuis que nous avons fondé cette organisation, j’ai vraiment l’impression d’avoir créé un monstre, d’être un peu comme le docteur Frankenstein » Bennett Metcalfe. Une correction, une précision, une remarque ?

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