Home sweet work

par L’enfoiré
mercredi 14 avril 2010

Le télétravail, un amour de travail dans le doux berceau de son Home.

Tout le monde y gagne avec le télétravail. Tout le monde le dit. Il permettrait de travailler à partir de la maison, de concilier au mieux le travail, le vie de famille et le temps libre. Dans le même temps, il libèrerait les routes dans les bouchons aux heures pointes. Un trafic domicile-travail plus cool puisque alterné. Le stress, évité. Que du bonheur, donc.

Pour appuyer l’idée, durant les heures de pointe, du matin et du soir, on compterait 55% du trafic imputé aux déplacements domicile-lieu de travail. En plus, à Bruxelles, 40% des déplacements de ce type seraient effectués en voiture. En Flandre, on remonterait, même, ce pourcentage à 67%. Les navetteurs prendraient plus souvent la route que les transports en commun souvent déficients. Les voitures de société y seraient peut-être aussi pour quelque chose. Je dis tout cela au conditionnel. Parce qu’en définitive, tous les acteurs de ce travail, voulu virtuel, sont-ils conscients de ce que tout cela cache, comme nous allons le voir. Commençons par ce qui est visible à l’œil nu.

L’encombrement des routes est un problème de plus en plus complexe. On est tous d’accord avec les navetteurs. "La voiture, ma liberté", c’est devenu "la voiture, ma prison". Faut pas croire, les routes ne sont pas nécessairement plus fluides en dehors de ces périodes de pointes et de troubles intenses. La circulation est devenue infernale. Les camions passent et transitent de partout sur nos routes à n’importe quelle heure. Et les voitures trépassent en pot de terre contre le pot de fer.

A Bruxelles, les taximen choisissent, d’ailleurs, de travailler de nuits pour sortir de cet engrenage, pendant lequel le manque à gagner n’est pas un mirage. On imagine d’autres routes pour contourner notre ville. Quand ce n’est pas la radio de bord, c’est le GPS qui ne fait plus que donner des messages de détresse, d’alertes aux bouchons. Le RER, prévu depuis très (trop) longtemps, fait plus penser au monstre du Loch Ness. Vous savez c’est celui qu’on trouve en maquette, que l’on photographie avec des effets spéciaux.

Alors, on le dit, il faut trouver quelque chose de plus efficace, de plus rentable. Le télétravail. Mais, c’est bien sûr. Fallait y penser et quelques entreprises l’ont lancé et appliqué et parait-il cela marche. C’est cool.

Le "travail à distance" donne de l’air et fait espérer un allègement de nos routes. On peut travailler de chez soi mais, quand les télécommunications et les technologies de l’information le permettent. L’informatique, toujours elle et l’internet mobile via le réseau GSM et les connexion Wifi, voilà les sauveurs, ceux qui apportent "la" solution. Enfin, on va pouvoir régler sa vie à son rythme. Plus de temps perdu. Prendre du bon temps quand c’est possible. Recommencer le travail à des moments propices, plus adéquats avec la vie pépère des pantoufles. Même la nuit, si ça nous chante avec, devant les yeux, "l’écran noir de nos nuits blanches, là, où on se fait son cinéma". Les loisirs, au milieu de ces nuits avec les enfants pour s’assurer d’une bonne famille. Enfin, loisirs, tout dépend, s’il ne faut pas faire les courses, la vaisselle et la lessive, délicieusement laissés aux bons soins de celui qui a la chance de rester au bercail alors que la moitié n’a pas encore reçu le feu vert et doit prendre la route. Mais, on en rêve, on l’imagine cette vie à la maison.

L’expérience montre qu’une fois le pas franchi, les effets positifs s’en ressentent au niveau environnement, de la densité du trafic, de la réduction des accidents... Je vous le dis , nous sommes devenus de véritables écolos en puissance. Même le Ministre des Transports y voit une diminution des frais pour la remise en état de nos chaussées qui deviennent des champs de mines, dans la diminution de la pollution et l’augmentation des eco-boni dû à la fluidité des routes. Si on calcule une moyenne de 50 kilomètres par jour et par travailleur pour les trajets entre boulot et dodo, c’est déjà ça de gagner. Le pied, je répète...

La grande ville avec tous ces dangers, au placard.

Les économies réalisées en frais de transport, de garderie couvrent généralement les frais de chauffage, de télécommunications et de l’espace privé nécessaire pour un travail à domicile avec la meilleure chance de réussite. Par après, il faudra toujours emmener les gosses à l’école et cela reste 85% d’entre eux qui y arriveront par la voiture. Ce n’est donc pas tout bénéfice pour la route !

Aujourd’hui, on compte, en Belgique, 280.000 actifs qui restent travailler chez eux avec, en moyenne, 1,6 jour par semaine. Ce qui représente une économie annuelle de 900 millions d’euros. De visu, le lundi matin, les magasins sont souvent fermés. Le vendredi, les congés du weekend se préparent au départ. Le mercredi, ce sont les parents qui préfèrent profiter de la présence des enfants en congé. Autant harmoniser cela avec les horaires. De plus, dans une multinationale, il y a de fortes chances que cela se marierait bien avec ceux d’en face, de travailler de nuit.

Qui ne trouverait pas cela positif de pouvoir organiser son temps en fonction de son propre agenda ?

Mais réveillons-nous. Il y a quelques "détails" à régler. Est-ce vraiment du respect de son propre agenda dont on parle ?

Il permet de travailler quand bon nous semble, ouais. Mais, il a son code de conduite.

Au préalable, cela implique surtout de stimuler l’enseignement des technologies de l’information. Ce point n’est pas garanti sur facture. Cela impose aussi une culture d’entreprise à revoir dans ses fondements. C’est accepter un exil volontaire des points de décision pour le management et pour ses candidats qui eux aussi pourraient y trouver un certain profit personnel s’ils n’étaient pas trop regardant des difficultés du processus. Ne dit-on pas "Loin des yeux, loin du cœur" ?

En définitive, ce sont surtout les multinationales qui ont compris l’avantage du processus. Les retards au bureau devenaient vraiment trop gênants. Le gain de productivité, l’effacement dans les discussions résultants du stress improductif dans les embouteillages, l’absentéisme qui résultait quand ils ne se résorbaient pas.

Les PME, en revanche, hésitent. Elles restent avec la préférence de la sous-traitance plutôt qu’à travailler en réseau dans la toile avec du personnel à distance. Elle sont tatillonnent ces PME. Elles ne comprennent pas tout, tout de suite.

Depuis 2005, les services publiques, aussi, s’y sont mis et cela dans un cadre légal. Un à deux jours par semaine pour commencer. Depuis, le nombre de fonctionnaires faisant usage de cette possibilité croit d’année en année. Les guichetiers, eux, n’auront pas cette ressource à moins que... qu’ils disparaissent au bénéfice de machines automatiques. Mais, nous n’en sommes pas encore là, même si la Banque de la Poste a pensé à Mister Cash comme premier tranche de demandeurs et puis qui sait un petit robot qui apporterait le courrier.

Ce sont les hommes occupant une fonction supérieure qui se taillent la part du lion du télétravail. Curieux. Les femmes sont bizarrement dans le peloton de queue, alors qu’on pourrait croire que les tâches ménagère et familiale auraient pu être allégées par cette méthode. La comptabilité, le développement de logiciels, l’assistance à la clientèle s’y prêtent le mieux.

Pas question, de rester à la maison quand de nombreux dossiers de travail sont nécessaires, que des machines ou du matériel, plus imposant que le PC portable ne soit obligatoire. A la maison, on a toujours quelque chose d’oublier et qui est resté au bureau.

Les ouvriers sont, donc, exclus de fait de cette filière.

Les Pays-Bas sont au top européen en matière de télétravail. Un quart de la population active y travaillent partiellement à domicile. Ce qui représente une diminution globale de 10% du nombre de kilomètres de bouchons aux heures de pointe. On y aime décidément la liberté de la décision du "quand il faut travailler". Un sondage parmi eux a permis de conclure que 27% d’entre eux estiment abattre d’avantage de travail dans ce "Home sweet work". Il fait désormais partie de la culture d’entreprise des Pays-Bas.

Poussons la théorie plus loin.

Et si les deux ou trois jours devenaient les cinq jours de la semaine ? Pour ces travailleurs à la maison, qui se chauffent avec leur propre énergie, plus besoin de bureau assignés pour eux en permanence. Des mètres carrés de location, payés très chers et qui ne seraient plus en jachère pendant les jours prestés ailleurs. Toujours plus de bénéfices, ce n’est pas négligeable. La société deviendrait une sorte de pied à terre réduit à sa plus simple expression. Dans ce cas, il faut prévoir, bien sûr, ce qu’on appelle un "Business Center" pour les meetings ou pour les cas de rassemblement des pièces d’un puzzle. Je dis "puzzle", car la société ne serait plus vraiment un ensemble cohérent, concentré sur la stratégie en permanence et sous la supervision d’une hiérarchie zélé et volontaire. Les rapprochements prévus se feraient sur un genre de grand plateau, ajusté aux besoins, quelques peu hétéroclites avec des bureaux réservés sans une recherche de correspondances avec les affinités de chacun. Les téléphones y sonnent, les blagues y fusent et sont en charge de détendre l’atmosphère comme un exutoire. La petite salle du café resterait la foire d’empoigne ou des fantaisies. En fait, ce genre de rapprochement permet d’effacer une solitude trop longtemps renfrognée.

Le travailleur reste sociable, grégaire, même. Il aime rencontrer ceux qui font le même boulot, pour faire connaissance et garder un soi-disant "team spirit", un esprit de faire partie d’une grande famille. La sociabilité, la collégialité, cela garde tout son sens. Facebook, dans le virtuel, n’en est qu’une preuve flagrante. Dans le concret, c’est peut-être encore mieux.

Pour travailler à distance, pour communiquer, il y a bien les email, les t-chats qui existent sur la Toile et le bon vieux téléphone, pour parler, mais la chaleur du serrement de main, cela ne marche pas par téléportation. Ce besoin de chaleur n’est pas perdu pour autant.

La solitude de la maison crée un manque dans le fusionnel. Derrière un écran avec des dossiers harassants, on ne trouve plus cet élan de solidarité dans le travail.

Mais, la tendance à l’éclatement par le télétravail est bien présente. Internet le permet et les distances n’y existent plus. Il y a même un "Office hôtel concept" qui s’installe progressivement à Bruxelles. Unique, est-il dit sur la façade. Unique, pour combien de temps ? Il loue ces mètres carrés sur demande sur de grands plateaux.

On dit l’absence d’une politique de promotion du télétravail reste bien réelle. Mais, tout dépendra de l’entreprise et de l’individu par son caractère d’adaptation au processus du travail sur une base individuel sans contrôle pour en faire sa méthode de travail. La "gestion orientée résultat" ne coïncide pas toujours avec les desiderata des caractères psychologiques. Motiver et objectiver à distance sont loin d’être automatiques dans une ambiance de travail consensuelle avec les fils ténus de la virtualité. Quand un projet a reçu un terme et une échéance, il faut s’y greffer peu importe ce qui a été nécessaire pour y arriver. Plus question d’avancer des arguments comme "il y a eu des surprises et j’ai dû travailler plus d’heure que prévu". L’agenda prend alors toute son importance pour planifier un travail en "stand alone". Être seul à la maison, c’est savoir s’organiser dans son bocal.

La sécurisation des données de l’entreprise fait aussi peur aux dirigeants de l’entreprise. "Surveiller", "sécuriser" sont les mamelles des entreprises qui n’ont pas passé le cap de la post-modernité.

Puis, en matière de déplacements, tout n’est pas résolu pour autant. Il faut toujours conduire les enfants à l’école, les rendez-vous à respecter. Le télétravail ne fait qu’une partie du travail de rationalisation des kilomètres parcourus sur les routes. Il faut aussi comme on vient de le voir, garder le contact en dur.

Le covoiturage serait la seconde pièce à mettre au trou ? D’après les statistiques, entre 50 et 70% des automobilistes voyageraient seul à bord de leur belle auto de quatre places. Pas facile de trouver les âmes charitables qui partent du même endroit pour arriver au plus près de la même destination et cela dans le même timing. Faut pas que cela devienne un taxi, la belle auto. C’est le proprio qui restera le nettoyeur de service, parce que l’un des convoyés a eu une envie folle de chips. La participation aux frais des kilomètres n’avait pas compté le temps nécessaire à la remise en ordre.

- Grincheux va ! Cela fait un temps que je te laisse parler, sans réagir. C’est tout de même bien agréable de faire la route ensemble, non ? Partager n’est-ce pas là la mode ? Joindre l’utile à l’agréable, c’est chouette. Puis, si t’es pas content, t’as qu’à prendre les transports en commun.

- Tiens, tu es là, rêveuse ? Si t’as un autre sujet à discuter que les transports en commun, on va pouvoir gagner du temps.

- Oui, je sais. Il y a les retards, les grèves, les encombrements, les vols à la tire dans les transports, les accidents récents... Les liaisons rapides, cela n’existe que là où on n’est pas nécessairement intéressé les trouver, les...

- Arrête. Tu me fais tourner la tête. Tu me stresses rien que d’y penser. Heureusement qu’il y a, parfois, des parcs de bureaux décentralisés.

- C’est vrai. Dans certaines grandes entreprises, des petites navettes existent, mais c’est relativement rare.

- Un trajet payé au forfait à part les taxis, alors ? J’en doute. Une tarification au kilométrage, peut-être. Il faudrait organiser tout cela. Mettre des panneaux de signalisation dynamiques, qui va être chargé de tout cela ? Les assurances, les taxes... La commune, la mairie, peut-être ? Il y a aussi les taxis sans chauffeurs, mais...

- Ouais. T’as raison. Cela existe les voitures sans chauffeurs à louer. Je devrais me renseigner des modalités. Quand on s’asphyxie sur les route, vaut mieux ne pas s’embarquer sans biscuits ou les remplacer par d’autres problèmes encore plus épineux.

- Si au moins t’habitais pas aussi loin, tu pourrais prendre ta bécane. Pourquoi, t’es parti de la ville ? T’avais un bel appartement de trois pièces, à ce que je me rappelle. Est-ce le goût du grand air de la campagne ou l’appel de la forêt ? Je me rappelle ton excitation lorsque t’es parvenu à sortir de la ville. Es-tu toujours content ? Tu dois toujours en perdre des heures dans les bouchons. Toi, si loin...

- Vivre en ville n’empêche pas de se retrouver dans les files. Mes taxes et mon revenu cadastral, le prix de ma nourriture a bien baissé. Les grandes surfaces et leurs produits aseptisés, je leur ai ajouté le parfum du terroir à m’approvisionnant directement chez le fermier. Tu m’énerves à discuter sans savoir. Et si on revenait à la maison ? Au télétravail ?

- Nous y revoilà. Ma société a commencé à s’appliquer dans cette direction. Beaucoup le demandait. Mais, cela n’a pas eu l’air de plaire à mon sous-chefs. Il en a perdu une part de son autorité. Plus d’engueulades, plus de surveillances dans mon dos. Ils n’arrivent plus à exulter son envie de domination. Comble de tout, voilà qu’il m’impose de donner des estimations de temps pour effectuer mon projet futur. Tu te rends compte, il inverse les rôles. C’est à moi de savoir combien de temps, il faudra pour achever son travail de management. Puis, comme je le connais, après avoir testé et évalué les réponses de tous, il optera, évidemment, pour le temps minimum pour attribuer le travail. Les impondérables, il n’en a rien à cirer. Faudra, ensuite, encore rattraper les retards des autres qui se seront plantés suites à leurs mauvaises estimations du travail. Les cahiers des charges ne sont que rarement complets. Toujours obnubilé par la compétitivité, le gars Sais-tu que l’utilisation de Facebook lui fait peur et qu’il est enclin à l’interdire ? C’est vrai, j’y ai participé quelques fois, mais faut pas charrier, c’est tout autant pour garder un contact avec les collègues.

- Moi, j’y suis depuis un certain temps. Ce vieux culte de la surveillance, faudra qu’ils s’y habituent ou qu’ils payent pour ne plus en faire partie. A la fin, ils vont nous obliger à devenir free-lances. On y arriverait que cela ne m’étonnerait plus. Vu que c’est relativement nouveau, il ne faut pas oublier que personne n’a signé une convention concernant cette organisation du travail. Cela peut encore donner des surprises. Mais, on teste notre volonté d’autonomie.

Je te quitte car j’ai une téléconférence dans dix minutes. Pour discuter de quoi ? C’est toujours une surprise. Je me demande encore si on considère qu’on est encore autre chose qu’une voix virtuelle et que la virtualisation de notre environnement a encore un sens.

- Tu sais, du moment, que la rémunération ne devienne pas complètement virtuelle, je ne m’en fais pas encore trop. A tout organiser et à tout changer, il en restera peut-être quelque chose de positif.

 

L’enfoiré,

 

Citations :

 


Lire l'article complet, et les commentaires





https://middlepassage.dei.uc.pt/https://privacycolab.dei.uc.pt/https://cmd.dei.uc.pt/https://henrique.dei.uc.pt/
https://merdekakreasi.co.id/buku/pkvgames/https://merdekakreasi.co.id/buku/bandarqq/https://merdekakreasi.co.id/buku/dominoqq/https://merdekakreasi.co.id/tentang-kami/
https://simseam.ft.uns.ac.id/https://sipil.ft.uns.ac.id/slot gacorhttps://aku.ac.id/https://jpl.staiku.ac.id/https://jist.publikasiindonesia.id/slot gacorhttps://akperstg.ac.id/https://fisip.uisu.ac.id/https://web.pn-sidrap.go.id/
https://hormon-osteoporosezentrum.de/judi bolahttps://saopaulodeolivenca.am.gov.br/slot gacor