Hommage : Chris McCandless, mort en pleine vie

par Jean Lannes
jeudi 4 novembre 2010

Rien qu’un instant, fuyons les turpitudes de ce monde. Rien qu’un instant, évadons-nous et vivons. Vivons. Comme si chaque jour était le dernier.

J’aimerais vous parler de quelqu’un qui, depuis que je l’ai découvert il y a quelques années, me tient beaucoup à cœur et a littéralement changé ma philosophie et mon regard sur la vie. Voilà maintenant 18 ans qu’il nous a quitté. Il s’agit de Christopher McCandless.

Chris McCandless a vécu aux Etats-Unis dans le confort et la sécurité de la maison de ses parents. Solitaire, marginal, indépendant, rêveur, il n’a pas hésité une seconde, après l’obtention de son diplôme en 1990, à partir sans se retourner, vers l’inconnu, sans laisser le moindre mot - pas même à sa soeur qu’il aimait beaucoup. Après avoir offert ses 24 000 dollars d’économie à une association contre la faim, a débuté une formidable aventure de près de 3 ans sur les routes. Trois ans de marche, de rencontres, de nature sauvage, de vie à temps plein loin d’une société qu’il trouvait bien trop matérialiste – à l’image de ses parents -, hypocrite et malfaisante. Seul, dans la nature qu’il aimait temps, Chris est comme revenu au monde, 21 ans après sa première naissance. 21 ans à se réfugier dans les livres de Thoreau, de London ou de Tolstoï. Une fois parti, Chris McCandless devint Alexander Supertramp, nom original choisi pour donner forme à sa nouvelle identité.

Nombreuses seront ses rencontres lors de son périple. Et les quelques personnes ayant croisé son chemin s’en souviennent encore. Un garçon attachant, généreux, heureux et vivant au jour le jour, avec toutefois un objectif bien précis : l’Alaska. Terre froide et magnifique, loin de la civilisation. Arrivé à destination après plus de 2 ans de voyage solitaire à travers la Géorgie, la Louisiane, le Texas, le Nouveau-Mexique, l’Arizona, la Californie, l’Oregon et le Montana, Chris trouve sur sa terre chérie un autobus abandonné sur la piste Stampede où il élira domicile durant les 112 derniers jours de vie. Car au bout du chemin, la mort l’attend. Usé, faible, incapable de revenir en arrière – les glaciers fondent et ont transformé la rivière en barrage infranchissable -, Chris luttera chaque jour contre la faim et le froid. Chaque jour qu’il décrit, dans son journal, avec toujours la même lucidité, allant même jusqu’à se rendre compte que le bonheur n’est réel que lorsqu’il est partagé. Une conclusion tardive qui lui fera peut-être regretter ces 3 années passées seul ou presque, loin de ceux qui l’aimait.


Mort le 18 août 1992, très certainement de faim et d’empoisonnement, Chris McCandless ne se sera pas éteint dans l’indifférence. Il trouvera notamment l’intérêt d’un écrivain, John Krakauer, qui ne tardera pas à lui consacrer un essai à succès. Puis viendra en 2007 l’adaptation cinématographique magnifique de Sean Pean, Into the wild. Le film reprend les lignes de la vie de Chris à travers l’ouvrage de Krakauer, mais avec une romance beaucoup plus prononcée - et mise magistralement en musique par Eddie Vedder -, ce qui contraste avec le côté documentaire du livre. Un chef d’œuvre, à ne pas manquer, où Emile Hirsch (ci-contre) se fond à merveille dans la peau de son personnage. Un hommage sublime et culte.

Seulement voilà, l’aventure de Chris ne fera pas que des admirateurs ébahis. Certains y verront une folie absurde, notamment les habitants de l’Alaska, très critiques à l’égard de cette dramatique aventure. La plupart jugent complètement irresponsable l’entreprise de Chris, ce jeune écervelé qui n’avait même pas emporté de carte avec lui. Cet incapable fauché en pleine jeunesse par un besoin d’évasion irresponsable et puéril, typique d’une époque qui rêve de liberté avec excès.

Un jugement sévère et gratuit. Non, Chris n’est pas un jeune bobo bien-pensant, anarchiste, gauchiste et rebelle qui veut refaire le monde. Il était loin d’être le dernier des imbéciles. Chris se contentait de vivre simplement sa vie, sans rien demander à personne, sans aucune revendication d’appartenance - et n’a surtout rien à voir avec nos soixante-huitards français. Je salue une liberté et un courage dont tout le monde rêve. Une aventure tentée et vécue par un jeune aventurier, à raison dégouté par la société d’aujourd’hui, tellement hypocrite, injuste, matérialiste, vénale… Qui ne souaiterait pas enf aire autant ? Ceux qui s’indignent n’ont rien compris aux motivations qui ont poussé ce jeune privilégié – qui, le samedi soir, allait acheter des hamburgers pour faire la distribution aux plus démunis des quartiers de la ville - à tout abandonner, jusqu’à sa propre famille – ses relations avec ses parents se sont dégradées le jour où il a appris les circonstances dans lesquelles son père s’était séparé de sa première femme.

Christopher McCandless, alias Alexander Supertramp, n’avait rien à prouver à personne. Juste un besoin justifié de fuir, de s’évader, de vivre sa vie à fond. Mis bout à bout, combien de temps représentent nos réels moments de vie ? De joie ? Avec ces 3 ans de vie intense et d’aventure à temps plein, bien que parti trop jeune, Chris aura sans doute vécu plus de temps que la majorité des gens de ce monde.
Il est de ces héros ordinaires qui changent complètement votre philosophie de vie… Chris McCandless est pour moi l’incarnation de ce côté aventureux et libre qui vit en chacun de nous. Et même si la mort l’a surpris dans ses projets, il incarne la vie, la vraie. 
 

Lire l'article complet, et les commentaires





https://merdekakreasi.co.id/buku/pkvgames/https://merdekakreasi.co.id/buku/bandarqq/https://merdekakreasi.co.id/buku/dominoqq/https://merdekakreasi.co.id/tentang-kami/