Identité nationale et connerie humaine
par Bernard Dugué
mardi 29 décembre 2009
Identité nationale, je sais ce que c’est !
En fait, la vérité était si simple. La réponse à la question de l’identité nationale se trouve chez saint Augustin. Enfin, disons qu’il suffit juste de transposer la formule portant sur la nature du temps.
Qu’est-ce que le temps ? Si on ne me demande pas ce que c’est, alors je sais, mais si on me le demande, alors je ne sais plus. Voilà à peu près ce qu’affirmait saint Augustin, livrant à la postérité un des aphorismes les plus subtils de la littérature philosophique.
Le propre des aphorismes est de jouer sur des formules structurées en entrelacs pour court-circuiter la rationalité et atteindre directement l’esprit. Celui qui dénonce le capitalisme dira que « ceux qui possèdent ne travaillent pas et ceux qui travaillent ne possèdent pas ». Autre aphorisme que je vous propose pour dénoncer le carriérisme des universitaires : « selon les textes, l’enseignant-chercheur participe à l’avancement de la science mais dans les faits, la science participe à l’avancement du chercheur »
Et pour l’identité française, c’est plié cette affaire. L’identité française, si on ne me demande pas, alors je sais ce que c’est mais si on me pose la question, alors mon cerveau s’affole et ne sait plus répondre à cette question.
On l’aura compris, je pense que ce débat n’a aucun sens, sauf d’un point de vue pragmatique qu’on éclaircira plus tard. Car on ne peut pas répondre à cette question d’une manière tangible. Il ne peut ressortir de ces débats qu’un immense puzzle impossible à recomposer, sauf si un improbable expert du ministère s’y colle, en créant évidemment de toutes pièces (du puzzle) la figure française qui lui convient ou qui sied à quelques personnages de l’Etat. Pour le reste, chaque individu, qu’il soit français ou non, a sa propre idée et selon son expérience sociale, son âge et ses fréquentations littéraires, il aura une vision plus ou moins riche de cette identité qui de siècles en siècles, s’enrichit de différences. Comme l’avait énoncé le philosophe soufi Sadrâ Shîrâzî dans Le livre des pénétrations métaphysiques, la différence est de l’essence du temps. Comme quoi, je retombe sur mes pattes et le clin d’œil à saint Augustin était justifié d’un point de vue ontologique. Ce qui n’empêche pas de caractériser l’identité. Si elle est de l’essence de la différence et du temps, alors, l’identité française est quelque chose d’indéfini et peut-être infinie.
Et tout d’un coup, la hauteur vertigineuse de la mise en abîme m’interroge. Sarkozy appartient-il à l’identité française infinie, lui, notre président, qui selon la bonne formule de l’opinion, est plutôt du genre fini. Ce qui n’est pas une tare, sauf quand on est à la tête de l’Etat et qu’on prétend tout régenter.
Identité française, le secret d’un faux problème
Mais alors, pourquoi diable notre président s’est mis en tête de nous imposer un débat dont les fondements sont ontologiques ? Certainement pas l’ontologie. Je ne ferai pas de commentaire sur les goûts intellectuels du président, ni sur l’opinion qu’il a des philosophes. Disons que si ce débat a lieu, il y a un autre motif qu’on peut analyser dès lors que l’on transperce avec un scanner conceptuel les apparences du réel pour en saisir les ressorts. Autrement dit, lorsqu’on utilise une boîte à outil pour démonter le réel, comme aurait dit Foucault.
Je crois avoir esquissé un de ces outils en analysant le déroulement de la pandémie grippale et sociétale. Un système qui marche sur la tête. Un dispositif prêt à être utilisé, mobilisé, un plan concocté par les experts et un nouveau virus qui devient alors le problème ajusté à la solution (Dugué, H1N1 La pandémie de la peur, Xenia). On connaît la suite. En résumé, quand on a une solution, on cherche un problème. La question de l’identité française relève du même ressort. L’Etat, sarkozyste faut-il le préciser, a des solutions, enfin, disons que le plan anti-burqua est un peu ridicule, sauf sur le plan symbolique pour quelques esprits excités et pétris de ressentiments. Le gouvernement lancé dans un activisme intempestif joue le rendement, produit avec ses experts et autres énarques des solutions d’usines à gaz et pour se justifier, doit trouver des problèmes. La question de l’identité nationale tombe à point pour justifier le travail des bureaucrates de la gestion étatique en satisfaisant quelques croyances païennes du président. L’identité nationale, c’est un peu du même ressort que la pandémie grippale. Il faut lutter contre le virus propagé par l’étranger ou contre le réchauffement des esprits par métèques, non pas l’effet de serre mais l’effet qui s’insère. Bref, je n’ai rien dit d’original.
Bref, alors qu’il y a des vrais problèmes, ces questions de pandémie, de climat, d’identité nationale, relèvent non pas de la politique mais de la connerie humaine.