Il n’y a rien à craindre de la crise de 2008, tout va rentrer dans l’ordre !

par Bernard Dugué
jeudi 9 octobre 2008

La bourse a encore dévissé mercredi et se reprend jeudi. Six points malgré les bonnes intentions des banques centrales. Tous les médias ont fait des éditions spéciales. Plus de 20 minutes dans le JT de la Deux. C’est un peu l’affolement. L’homme sous l’emprise des émotions, que ce soit la peur ou l’amour, perd la raison.

La crise actuelle est pour l’essentiel d’ordre financier. Et non pas d’ordre économique, comme en 1929 où ce fut une grande dépression qui gagna le monde entier. Certes, un peu de récession s’est dessinée depuis deux ans. Une récession très diversifiée. Touchant des secteurs plus que d’autres. En fait, on assiste à une recomposition des cartes financières. La crise de 2008, c’est à la fois celle de 1987 et 1991 et 2001 dans le domaine des actions et celle du Japon dans le domaine de la spéculation sur les titres et l’immobilier. Plus les subprimes.

Ce qui se passe, c’est la fin d’une partie de poker. Les établissements financiers ont acheté des cartes depuis quelques années et récemment. On ne sait plus quel est le résultat de cette distribution des produits financiers. Cet automne 2008, les banques ont fait tapis. Elles ont abattu leurs cartes, pas toutes, pas le même jour et on a vu quelques surprises, comme au poker. Affolement général. Panique chez les traders, les épargnants, les dirigeants, les politiques. La grande salle du poker mondial s’est retrouvée tourneboulée. Les médias ont relayé, les cellules psychologiques de l’expertise économique ont essayé de rassurer. Mais que se passe-t-il au juste ?

Une métaphore, qui vaut ce qu’elle vaut. Imaginons le fonctionnement de l’économie comme un réseau de distribution d’eau, avec les actifs financiers, privés, publics, représentés par les châteaux d’eau et les circuits de distribution, l’eau du robinet, pour chaque particulier, autrement dit, les revenus ordinaires de l’épargne et du travail, et le symbole de l’économie réelle. Le robinet coule d’un débit régulier pour un salarié. Pour un artisan, c’est plus irrégulier, mais bien moins que pour une profession libérale encadrée comme l’infirmier ou le médecin. Pour le licencié, le débit chute rapidement et, pour le précaire, c’est presque du goutte-à-goutte. Mais tout coule… de source et l’économie va bon train. Alors quel est cet étrange phénomène qui vient perturber ce long fleuve tranquille de l’économie… lundi c’est ravioli, mercredi c’est spaghetti chez les Groseille ; lundi c’est noir, mercredi c’est noir chez les Kerviel !

En fait, on assiste à une recomposition des actifs financiers de par le monde. Les Etats, les fonds souverains, les fonds de pension, les créances des différents trésors, les réserves monétaires, les banques centrales, les titres boursiers, les actifs immobiliers qu’ils soient individuels ou collectifs, les crédits titrisés… voilà tout un réseau de châteaux d’eau financiers qui, en ce moment, subissent de fortes fluctuations. Des fortunes passent d’Etat en Etat, de banque en banque. Un simple particulier vendra son appartement à la baisse. Les fonds souverains sont à l’affût de bonnes affaires, comme tous ceux qui ont des liquidités suffisantes et une gestion saine. Comme Warren Buffet. Ou alors les Etats qui grâce à la manne des contribuables peuvent acheter des banques en mauvais état pour les retaper et les revendre plus tard. Ce dispositif est sans doute nécessaire. Il faut une continuité du fluide monétaire. Si les épargnants paniquent, ils retirent leur argent, on se demande pour quoi en faire, mais l’homme est parfois irrationnel. Les Etats rassurent. Un autre facteur joue, c’est le niveau réel des châteaux d’eau. Des banques aux créances pourries ont laissé croire à un niveau élevé, mais ce n’est plus le cas maintenant puisque la partie de poker se termine et que les vrais comptes avec les vrais chiffres ne font pas faire forcément les bons amis. Vous n’allez plus regarder votre banquier du même œil et même Junker, président de l’Eurogroupe, s’est fait quelques ennemis en maudissant les financiers.

Pour faire simple, cette crise se résout avec des fortunes qui passent de main en main. La Chine évidemment joue sa carte, avec d’autres pays émergents. Les bons du trésor américains se déplacent, comme d’ailleurs l’activité économique dont la recomposition planétaire se fait en phase avec la tectonique géopolitique. Tout va rentrer dans l’ordre car la monnaie va continuer à circuler dans les robinets. Mais des modifications vont se produire, en fait, au niveau des gros châteaux d’eau, après ces semaines de frénésie boursière. Ensuite, lent processus de rééquilibrage, avec baisse de l’immobilier, ajustement du crédit, ralentissement mondial de l’économie et, peut-être, quelques règles supplémentaires une fois la nouvelle administration américaine en place. Rappelons-nous le Japon et sa fameuse bulle spéculative. Le 29 décembre 1989, pendant que le Mur de Berlin se fissurait, l’indice Nikkei pesait 39 000 points, avant la longue chute. En 2008, il vaut à peine 9 000 points (alors la chute de 40 % du Cac 40 en quatre ans fait doucement rigoler, mais c’est bientôt Halloween, pensez à acheter le masque avec le graphe de l’indice boursier pour faire peur). Pour être précis, les accords de Plaza signés en 1985 et dépréciant le dollar ont accentué la formation de la bulle car les Japonais ont rapatrié des sommes colossales de dollars. Déflation, baisse de l’immobilier pendant dix ans et plus. En fait, cette crise a marqué un réajustement de l’économie du Japon. Rassurant les élites de Los Angeles qui se demandaient en 1985 si la ville n’allait pas être achetée par le Japon. Eh bien ce qui se passe en 2008, c’est un peu le début d’un réajustement des économies mondiales. Avec un spectre japonais pour les Etats-Unis qui ont vécu à crédit et vont devoir passer à la caisse. La justice du marché est implacable. Le Japon a vécu pendant quinze ans une période de marasme, de morosité, de déclin social, de misère pour les démunis, mais son économie a fonctionné. Il s’en est bien tiré parce que le Japon a une culture de cohésion sociale. Ce qui n’est pas forcément le cas des Etats-Unis. Nul ne sait comment un peuple qui se croit exceptionnel va vivre la longue stagnation si elle se produit. C’est un autre sujet. Mais le spectre du Japon plane sur l’Amérique et ses dirigeants le savent bien. Ils auront parfois l’alternative entre un lent déclin et un rachat par des fonds souverains ou des groupes asiatiques pour un peu de redynamisation. Les Saoudiens pourraient bien investir dans Los Angeles !

Quant à l’Europe, elle va surfer sur une très modeste croissance. Dans quelques années, le tournant de l’après-pétrole va se dessiner. Aux Etats d’anticiper intelligemment, avec la participation des industriels doués. Un mot pour finir sur la vie prosaïque. Le pouvoir d’achat ne pourra pas augmenter pour les classes moyennes. Les richissimes vont faire d’excellentes affaires. LVMH n’a pas de souci à se faire. Certains vont trinquer, mais cela fait trois décennies que ça dure et c’est entré dans les mœurs. Pensez aux Restos du cœur et à remplir votre petit sac plastique pour la banque alimentaire après avoir parcouru les rayons des supermarchés.

Pour résumer, la crise de 2008 n’est pas économique, mais financière pour l’essentiel. Elle est accompagnée par une récession légère. Elle est une combinaison de plusieurs effets, la bulle immobilière (effet Japon), les bilans des établissements financiers, des actifs mal évalués à la Bourse (effet 1987), des chocs géo-économiques avec la Chine notamment, des créances douteuses. Une fois tout ce bazar soldé, un peu comme une réaction chimique qui s’achève, l’économie réelle va reprendre son cours et, d’ailleurs, elle ne s’est pas arrêtée. Donc pas d’inquiétude.


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