Improvisation au sommet
par Fabienm
mardi 19 avril 2011
On pourrait espérer prendre un peu de hauteur en découvrant les réflexions actuelles au sommet de l’état concernant le pouvoir d’achat. En fait, il faut se rendre à l’évidence, les décisions qui viennent d’en haut sont en général prises sous le coup de l’émotion médiatique, ou à des fins de visées électorales. Ce n’est pas une grande découverte, mais le dernier exemple en date, la fameuse « prime de 1000 euros », est tout de même un modèle du genre, dans la catégorie improvisation.
La règle des trois tiers
En 2009, Sarkozy nous promettait une révolution concernant le pouvoir d’achat. Le fric (et c’est un fin connaisseur) ne pouvait plus partir ainsi vers le monde de la finance impunément via des dividendes honteux, il fallait redéfinir le partage du gâteau. En voilà une idée qu’elle était intéressante. Il inventa alors la règle des trois tiers (enfin, inventer est un bien grand mot, le partage du gâteau est une idée qui ne date pas d’hier, mais bon, faisons comme si). Pas besoin de pâtissier, Sarko était là.
A l’époque, l’Insee, à travers sa note du 16 février 2009, faisait état de la répartition suivante :
v Part conservée par l’entreprise : 51,8%
v Part versée aux actionnaires et aux propriétaires des terrains : 42%
v Part distribuée aux salariés : 5,5%
On voit qu’il y avait de la marge, qui se transforma donc en brèche dans laquelle Sarko, futur dieu du pouvoir d’achat, décida de pénétrer.
Aujourd’hui, on attend toujours.
Le jeu des 1000 euros
En fait, on n’attend plus, puisque les quelques milliards à redistribuer se sont érodés comme le pouvoir d’achat et la côte de popularité de Naboléon, et se sont transformés en une primer de 1000 euros à distribuer dans les entreprises qui payent des dividendes. Exit donc la majorité des entreprises et de ses salariés qui n’auront qu’à s’exiler dans un pays plus clément pour les classes moyennes, et recentrage sur les grandes entreprises (où les employés ne sont pourtant pas les plus mal lotis soit dit en passant).
Donc, Sarko a mis deux ans pour faire son calcul (faut dire qu’avec les ministres qu’il a à la manœuvre, c’est pas simple de faire une règle de trois), et donc, le résultat c’est qu’il faut donner 1000 euros aux salariés. Pas 999, ni 1001, non juste 1000. Ca sonne bien, c’est miraculeux, on se demande même si l’Euro n’a pas juste été inventé pour cette mesure (histoire que ça tombe juste).
Evidemment, personne n’y comprend rien, Baroin rame, Bertrand en rajoute. C’est le bordel, personne n’a été interrogé avant, le Medef gueule, les syndicats veulent renégocier les salaires. Bref, l’improvisation.
Et l’actionnariat salariés ?
Alors, vous me direz, existe-t-il une solution ?
Fausse bonne idée typique, l’actionnariat salariés semble être le nouveau credo des grands entreprises, car elle permet de calmer les organisations syndicales pour un temps, sans modifier la structure globale de rémunération. Malheureusement, pour l’employé, ce n’est qu’un jeu de dupes où il se voit distribuer quelques miettes, pendant que le gros du gâteau est toujours réparti à peu près de la même façon. De plus, cela le rend légèrement schizophrène, la logique du salarié étant relativement divergente de celle de l’actionnaire. On imagine ainsi mal un salarié s’enthousiasmer à l’annonce d’un plan social, ce qui pourtant fait mécaniquement monter le cours de l’action.
Et les salaires ?
Qu’attendre d’un Sarko, ami des patrons du CAC40 qui lui susurrent à l’oreille à quel point les salariés sont une plaie (non seulement on doit les payer, mais en plus ils ne sont pas contents) ? Cela fait longtemps qu’il est persuadé que les employés d’une société sont avant tout une charge, et pas du tout un moteur essentiel à l’activité dans lesquels il faut investir. Les salariés sont la variable d’ajustement d’une mécanique bien huilée : celle qui consiste à faire rémunérer de plus en plus grassement l’actionnaire (où sont passés ces % de PIB qui ont “glissé” du travail vers le capital : http://blog.mondediplo.net/2009-02-25-Le-paradoxe-de-la-part-salariale ?).
Malheureusement personne pour expliquer à Sarko que le pouvoir d'achat, c'est la différence entre un truc qui rentre (le salaire) et un truc qui sort (les dépenses).
Personne pour lui expliquer que ce n’est que par la contrainte législative que l’on fera évoluer la répartition des richesses créées par l’entreprise, que ce n’est qu’en les plafonnant que les salaires des patrons redeviendront décents, et que ce n’est qu’en le contrôlant que le flux d’argent vers le capital servira les intérêts économiques, alors que c’est bien l’inverse qui est la règle aujourd’hui.
La conclusion qui s’impose est donc que cette mesurette, imaginée sans doute par Sarko devant son bol de café, est encore une annonce en trompe l’œil, qui n’a été discutée ni avec le patronat, ni avec les organisations syndicales (ni même probablement avec son gouvernement), et va donc permettre de ne rien faire. Ainsi, Sarko pourra dire qu’il a fait ce qu’il a pu, mais que vraiment, la France est hostile au changement. Il faut donc la réformer au plus vite, ha mince zut, c’est déjà 2012.
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