Israël en ébullition
par Grégoire Duhamel
mardi 9 décembre 2014
Une nouvelle passée inaperçue : un bouleversement législatif sur la nature de l'Etat Israëlien.
Que s’est-il donc passé ?
Le chef du gouvernement avait écarté de son cabinet le ministre des Finances Yair Lapid et la ministre de la Justice Tzipi Livni, le 2 décembre, en raison de leurs critiques sur le projet visant à inscrire dans la Constitution qu'Israël est l'Etat-nation du peuple juif. La plupart des enquêtes d'opinion prédisent une victoire du Likoud de Netanyahu, une large partie de la population israélienne soutenant sa position de fermeté à l'égard des Palestiniens et sur les questions de sécurité (vécues là-bas comme cruciales).
Revenons un instant sur l’objet – peu commenté ici – du litige : l’inscription dans la constitution qu’Israël est l’Etat Nation du peuple juif.
Une telle inscription signifierait que nul ne peut plus désormais contester en quoi que ce soit les frontières de 2014, mais surtout que les habitants palestiniens actuels ne pourraient plus prétendre à aucun droit de regard sur celles-ci.
On comprend aisément les motivations d'une diaspora enfin réunie, et inquiète de la montée de l’intégrisme islamique : néanmoins, il convient de remarquer que le processus ressemble fort à un coup de poker, qui en rappelle encore un autre : l’annexion discutable de Jérusalem par l’Etat juif… Après la Déclaration d'Indépendance de l'État d'Israël en 1948, la ville se retrouve divisée entre une partie occidentale annexée par Israël et une partie orientale comprenant toute la vieille ville , séparées par un no man's land. En 1949, Jérusalem-Ouest est proclamée capitale d'Israël. À l'expiration du mandat britannique, le plan de partage de la Palestine prévoyait que Jérusalem et Bethléem deviennent un Corpus Separatum sous contrôle international. Cette séparation devait ainsi garantir à tous les cultes le libre accès à tous les lieux saints en sécurité. En 1967, lors de la guerre des six jours, les soldats de Tsahal envahissent Jérusalem-Est et en prennent possession. Israël déclare Jérusalem « réunifié », sa capitale « éternelle et indivisible ». A noter que la quasi-totalité des États ont maintenu jusqu'à ce jour leur ambassade en Israël à Tel-Aviv et non à Jérusalem, précisément parce que le droit international a jugé nulle cette modification par la force du statut de la ville.
Bref, les gouvernements juifs successifs se sentent menacés, ce qui est aisé à comprendre au regard de leur histoire, mais agissent de façon très autoritaire ; ce nouvel épisode législatif risque de ne pas calmer ceux qui les critiquent.