Jacques Chirac : dérapage raciste ?

par Omnibuzz
mardi 24 novembre 2009

Le retour du bruit et de l’odeur ? Vendredi Jacques Chirac était en visite à Bordeaux. Il dédicaçait ses Mémoires. Yann Barthes et les caméras du Petit journal (Canal+) étaient là. Après avoir zoomé sur la gourmandise de l’ancien président amateur de bonne chère elles ont saisi sur le vif un échange douteux entre Jacques Chirac et le maire UMP de la ville, Alain Juppé.

Après avoir déjeuné avec le maire de la ville, l’ancien premier ministre Alain Juppé, voilà Jacques Chirac sur les bords de la Garonne pour une promenade digestive. Les caméras sont de sortie. Un jeune homme apparaît qui souhaite se faire photographier en compagnie des deux hommes politiques. « Vous êtes d’où, vous ? », demande Chirac . C’est vrai, ça, quand on rencontre quelqu’un dans ce genre de circonstances, la première chose qu’on lui demande c’est d’où il vient. « De Lormont », répond le jeune homme. Alain Juppé précise à Chirac que Lormont est « une petite commune à côté de Bordeaux ». Après quoi le jeune homme s’éclipse et Chirac glisse à l’oreille de Juppé - suffisamment fort pour que les caméras enregistrent : « A mon avis, il n’est pas tout à fait natif de... né là ». Juppé admet : « Il n’est pas corrézien ».
 
Propos d’après table entre deux hommes politiques importants, un ancien premier ministre et un ancien président de la république ? Dérapages verbaux ? Pourtant quand Chirac lance sa petite vanne avec son ami Juppé dans le rôle du contre-pitre (ça me rappelle que Juppé était déjà présent au moment du fameux « bruit et l’odeur »), on ne peut pas comparer ce « trait d’esprit » bien franchouillard au dérapage d’Hortefeux, tête de pont évidente vers l’extrême droite.
 
 
Je ne pense pas que Chirac soit vraiment raciste. C’est justement ce qui m’inquiète. Qu’un type qui a milité à gauche dans sa jeunesse, qui a failli choisir la sociale-démocratie plus tard et finalement se range par opportunisme sous la bannière gaulliste en dit long sur un parcours tellement conforme à l’évolution de la société française. Cette même société, qui, vous le remarquerez en visionnant la vidéo, rit à gorge déployée de sa saillie douteuse. Chirac possède probablement un bon fonds, mais aussi un indécrottable mauvais, fruit d’un passé resté en travers de la gorge.
 
Parfois le mauvais fonds remonte à la surface. C’est pas méchant, c’est dit en passant, comme ça. On ne va pas non plus en faire un fromage ! Comme « ces aquilons avant-coureurs qui racontent les exploits du bol alimentaire » (Léo Ferré), le retour du refoulé est une espèce de rot cérébral. Jacques Chirac : a roté.

D’ailleurs les propos que vient de tenir l’ancien président de la république à Bordeaux ne sont pas exceptionnels. Ce qui est exceptionnel c’est qu’une caméra les ait enregistrés. De même a-t-on abondamment glosé sur la remarque de Brice Hortefeux. On se souvient que ses amis étaient partis à sa rescousse en déclarant, la main sur le coeur, « non, Brice n’est pas comme ça, il n’est pas raciste ». Et pourquoi ne le serait-il pas, Brice Hortefeux ?
 
Mais Chirac ? « Le père de tous les Français », comme l’a dit lui-même Alain Juppé lors de cette visite, ne l’est pas. Pas comme Hortefeux, en tous cas. Mais comme tout le monde, peut-être. De façon très banale et très banalisée.

« Père de tous les Français », quelle drôle d’expression ! Après nous avoir tenu jusqu’ici le langage d’un père, qui nous tiendra prochainement le langage du chef  ?
 

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