Jacques Chirac perd son triple A
par Grégoire Duhamel
jeudi 15 décembre 2011
Il est reconnu coupable ce matin.
Jacques Chirac a été déclaré jeudi matin coupable de détournements de fonds publics pour certains des emplois fictifs de la Mairie de Paris. Le parquet avait requis sa relaxe lors de son procès en septembre dernier. Poursuivi pour "détournement de fonds publics, abus de confiance et prise illégale d'intérêt " pour 28 emplois présumés fictifs de chargés de mission à son cabinet de maire de Paris entre 1992 et 1995, Jacques Chirac encoure dorénavant jusqu'à dix ans de prison, purement théorique bien entendu.
Après douze ans d'immunité pénale à l'Elysée suivis d'années d'atermoiements judiciaires, voilà un épilogue - même provisoire car l'ancien chef de l'Etat, âgé de 79 ans, a la possibilité de faire appel - assez inattendu.
C'est le moment idéal pour faire le bilan objectif de ses deux septennats.
Son premier mandat démarre à 11,3 % de chômeurs, avec un pic à 12,2 % en 1997. Mais son second mandat s’achève par une éclaircie. Le taux s’établit officiellement à 8,4% de la population active, un bon résultat qui s'explique par la nette croissance de ces années-là. En dépit de l’action volontariste de Jean-Louis Borloo, sa politique n’a en revanche pas permis de réduire la précarité : au moins 100 000 personnes vivent toujours dans des abris précaires en 2011. Elu en 1995 sur la promesse de réduire la « fracture sociale » il partira sur un relatif échec.
Le président avait fait en outre de la baisse de 30 % de l’impôt sur le revenu l’une de ses principales propositions de campagne en 2002. Confronté aux déficits publics, Chirac va initier une réforme qui profitera en réalité aux bas et très hauts revenus. Par ailleurs, les prélèvements obligatoires sont, eux, passés de 42,7 % en 1995 à 44,4 % en 2006 et la dette publique a augmenté pour passer à 63,9 % du PIB fin 2006, soit 9 points de plus qu’en 1995. Il ne l'aura donc pas contenu.
Jacques Chirac traversera par surcroît trois crises sociales majeures. Des émeutes de banlieue en novembre 2005, en passant par les grêves obligeant à une peu glorieuse capitulation sur la réforme des retraites, jusqu'à la fronde anti-contrat première embauche (CPE) en 2006, Jacques Chirac n’a pas su se faire entendre. Destiné aux moins de 26 ans, le fameux CPE provoque une telle levée de boucliers chez les étudiants que les trois mois de crise qui s'ensuivront obligeront Jacques Chirac à se désolidariser publiquement de son Premier ministre Villepin, comme il l'avait fait de l'infortuné Juppé auparavant.
Après douze années au pouvoir, la France que laisse Jacques Chirac, sur le plan économique et social, ne va guère mieux que celle qu'il a trouvée. Certes, son bilan est in abstracto meilleur que celui de son successeur. Mais il faut convenir que les temps étaient bien moins tourmentés...
Curieusement, après une décennie de railleries ("Supermenteur", son surnom, traduit assez bien ce que disent et répètent les sondages très mitigées de son époque ) il bénéficie aujourd'hui d'une excellente image auprès des Français. La conclusion judiciaire délivrée ce 15 décembre 2011 risque peut-être de la dévaluer.