Je veux travailler !

par JE VEUX TRAVAILLER
jeudi 15 octobre 2026

J'ai plus de 55 ans. Et alors ?
On nous explique qu'il faut travailler plus longtemps, cotiser davantage, repousser le
moment du départ à la retraite. Je ne vais pas refaire ici le débat sur les retraites. Mais une
question me semble incontournable : comment fait-on pour travailler plus longtemps quand plus personne ne veut vous embaucher ?
Perdre son emploi après 55 ans, c'est parfois entrer dans un drôle de monde. On envoie des
CV, on relance, on attend. Il arrive même qu'on ne reçoive aucune réponse. Pendant ce
temps, on nous répète que des entreprises cherchent du personnel.
Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond, non ?
Trop vieux pour être recruté ?
Mesdames et messieurs les recruteurs, responsables RH, chasseurs de têtes, j'aimerais vous poser une question : quand avez-vous recruté pour la dernière fois une personne de plus de 55 ans qui cherchait à retrouver un emploi ?
Je sais bien que tous les recruteurs ne raisonnent pas de la même manière. Mais les idées reçues ont la vie dure. Un senior coûterait trop cher, serait moins souple, moins rapide, moins à l'aise avec les outils numériques. Et puis, à son âge, serait-il encore capable d'apprendre ?
Je vais prendre un exemple que je connais bien : le mien. Passé 55 ans, j'ai repris mes études. Plusieurs années de formation, de nouveaux diplômes, jusqu'à un MBA en marketing digital. Non pas pour accrocher des titres supplémentaires au mur, mais parce que j'avais encore envie d'apprendre, de comprendre et d'évoluer.
Et je suis persuadé de ne pas être une exception.

Un senior peut avoir de l'expérience sans être figé dans ses habitudes. Il peut aussi vouloir
se former, changer de métier, découvrir autre chose. Il faudrait simplement lui laisser
l'occasion de le montrer.
Beaucoup recherchent avant tout un emploi stable, une équipe, le plaisir de se sentir utiles.
Ils ne demandent pas une faveur. Ils demandent qu'on examine leur candidature pour ce qu'ils savent faire, pas seulement pour leur date de naissance.

Et si les générations travaillaient ensemble ?
Je ne voudrais pas en rester à un constat. J'ai une proposition, toute simple dans son


principe : associer un senior qui cherche un emploi à un ou plusieurs apprentis qui
découvrent le leur. 
Dans certaines entreprises, notamment les petites, accueillir un apprenti demande du
temps. Il faut lui montrer les gestes, répondre à ses questions, suivre sa progression. Ce
travail est indispensable, mais il repose souvent sur des salariés qui ont déjà beaucoup à faire.
Alors imaginons un senior recruté pour exercer son métier et consacrer une partie de son
temps à la transmission de ses compétences. Un professionnel qui connaît réellement le
domaine, capable d'accompagner un ou plusieurs apprentis dans le respect des règles
applicables aux maîtres d'apprentissage.
L'apprenti y gagnerait un accompagnement. L'entreprise, un salarié expérimenté qui
contribue aussi à son activité. Et le senior retrouverait un vrai emploi, pas un rôle de
figurant chargé de raconter comment c'était autrefois.
Un duo senior–apprenti
Cette idée a déjà quelques cousins. Le contrat de génération cherchait autrefois à
rapprocher jeunes et seniors dans l'entreprise ; il a été supprimé. Plus récemment, le
contrat de valorisation de l'expérience, ou CVE, a ouvert une voie d'embauche en CDI pour
certains demandeurs d'emploi seniors. C'est une avancée, mais il ne repose pas sur
l'accompagnement des apprentis.
Pourquoi ne pas reprendre l'idée de transmission, en l'adaptant aux besoins d'aujourd'hui ?

Appelons cette proposition le DUO senior–apprenti.
Le principe serait volontaire. Une entreprise embaucherait en CDI un demandeur d'emploi
de plus de 55 ans, qualifié dans le métier concerné. Elle pourrait bénéficier, pendant une
durée limitée, d'une aide liée à l'accompagnement effectif d'un ou plusieurs apprentis. Le senior travaillerait dans l'entreprise tout en assurant cette mission de transmission.
Il ne s'agirait pas de remplacer les aides à l'apprentissage ni d'imposer un tuteur
supplémentaire à toutes les entreprises. Ce serait une possibilité de plus, notamment pour
celles qui hésitent à accueillir des jeunes faute de temps pour les former.
Évidemment, il faudrait fixer des règles. Vérifier les compétences du senior, encadrer le
nombre d'apprentis suivis, éviter qu'une entreprise touche une aide pour une embauche
qu'elle aurait faite de toute façon. Et surtout, ne pas lier le sort du salarié à celui d'un seul
apprenti : si le jeune quitte sa formation, le CDI du senior doit continuer.
Combien cela coûterait-il ? Quelles aides seraient les plus efficaces ? Ce sont des questions à étudier sérieusement. Je ne prétends pas avoir écrit un projet de loi sur un coin de table.
Mais je crois qu'une idée mérite au moins d'être discutée avant d'être écartée.

Je veux travailler. Nous voulons travailler.
On nous demande de prolonger nos carrières. Pourtant, celui qui perd son emploi à 58 ou 60
ans peut encore avoir de longues années devant lui avant la retraite. Des années pendant lesquelles il voudrait travailler, cotiser, transmettre, vivre de son salaire. 
Je ne dis pas que tous les seniors sont les meilleurs candidats. Je dis seulement qu'ils
méritent, comme les autres, d'être reçus et jugés sur leurs compétences.
Alors, la prochaine fois qu'un CV arrive sur votre bureau, regardez peut-être un peu moins
l'année de naissance et un peu plus le parcours qui la précède.

Et à ceux qui nous demandent de travailler plus longtemps, je réponds simplement :
donnez-nous la possibilité de le faire !

JE VEUX TRAVAILLER — Un senior parmi tant d’autres.


Lire l'article complet, et les commentaires