Jeu vidéo, ou l’infantilisation d’un loisir de masse

par CoinCoinWC
mercredi 8 août 2007

Manhunt 2, c’était un peu la petite histoire d’une polémique annoncée. Un jeu ultra violent, gore, ammoral et developpé par la fine équipe de Rockstar (c’est à eux que l’on doit la célèbre série de jeux GTA). Bref tout les ingrédients étaient là et polémique il y a eu. Le jeu s’est vu interdit à la vente pour le moment outre-Manche et a été classé AO (Adult Only) chez les Américains. Cela signifie tout simplement que le titre n’aura pas son ticket d’entrée au sein de quelques géants de la grande distribution outre-Atlantique, tel Walmart.

Mais pourquoi cette affaire a-t-elle fait grand bruit dans notre petite communauté de dizaines de milions de joueurs ? Tout simplement parce qu’elle est symptomatique de la manière fort déplorable dont est considérée cette industrie de loisirs. D’ailleurs, j’en vois déjà certains glousser derrière leurs écrans "Parler de jeux vidéo sur AgoraVox, tout fout le camp...".

Depuis quelques années, ce secteur brasse plus d’argent que l’industrie cinématographique. Cela prouve, s’il en était besoin, que ce n’est pas un phénomène de mode marginal, que ce n’est pas dédié uniquement aux gosses, mais qu’au contraire tout le monde s’adonne aux jeux vidéo. Bref, le public est loin d’être homogène et une bonne partie de ce public a grandi avec cette industrie et réclame par conséquent des expériences plus matures, plus adultes. Cela ne l’intéresse plus forcément d’aller sauver une princesse emprisonnée dans son château. Le joueur est lassé de se balader dans des plaines chatoyantes et veut de grandes aventures. Le jeu vidéo est avant tout un divertissement. On joue pour vivre une aventure, s’évader, se prendre pour autre chose que l’individu normal que l’on est tous les jours. Et s’évader cela signifie quitter la réalité pour rejoindre un mondre imaginaire.

Jouer à GTA ne rend pas plus violent que de regarder Le Parrain. Le problème est qu’il existe toujours une association pour venir défendre nos cheres têtes blondes dès qu’un jeu ose proposer une expérience différente de ce qui se fait habituellement.


Et cela ne choque personne, au contraire les parents, les masses, s’indignent d’apprendre que l’on peut se glisser dans la peau d’un délinquant et faire des courses poursuites avec la police.

Mais soyons sérieux deux minutes ! L’exemple de Manhunt démontre bien qu’il existe des organismes chargés de contrôler les jeux en vue de les classifier pour éviter que des titres comme GTA finissent entre les mains de mioches de 10 piges. Comment peut-on objectivement cautionner que des associations de ce type brocardent ce médium alors que le maximum est fait pour que les jeux au contenu mature n’atterrissent pas entre les mains d’enfants. Rien n’oblige les mères de famille à offrir un jeu faisant l’apologie du crime et de la drogue à leur Kevin adoré !

L’autre problème mis en avant concernant la violence des jeux vidéo est lié au fait que l’on interagit, que l’on décide d’écraser les piétons ou de tuer un policier. Mais, là aussi, il faut songer à prendre un tant soit peu de recul face à la chose. C’est un jeu, on simule un comportement que l’on ne pourrait adopter dans le monde réel. Qui serait assez stupide pour aller se procurer une arme de poing et aller descendre les piétons dans la rue ? Uniquement un individu souffrant de problèmes psychologiques et qui serait passé à l’acte suite à une scène vue a la télé, lue dans un roman ou bien fantasmée dans son coin.

Je crois qu’il est temps que les choses changent, temps qu’on arrête de considérer les joueurs comme des enfants. Cette industrie se rapproche de l’âge adulte et son public a vieilli avec elle. Il demande des expériences plus sérieuse et, par conséquent, il est inévitable que dans les années à venir on continue de voir se développer le nombre de titres proposant des expériences destinés aux "18 ans et +". Et avec les nouvelles technologies, il devient possible de proposer des expériences hors du commun. L’histoire, le scénario deviennent petit à petit des composantes essentielles dans bon nombre de jeux et il est sûr qu’un jour ou l’autre on assistera à l’éclosion de titres qui marqueront leurs époques comme ont pu le faire certains films, aujourd’hui devenus cultes, en leur temps.

A noter que je n’ai pas choisi l’exemple de GTA par hasard. Cette série est aujourd’hui devenue culte. Non pas parce qu’elle a défrayée la chronique, mais tout simplement pour ce qu’elle a apporté au jeu vidéo. Avant d’être un jeu "ultra violent" GTA plonge surtout le joueur dans une histoire de banditisme et de délinquance. L’histoire est vécue de bout en bout, la libertée est totale et on y vit réellement une histoire. GTA est aujourd’hui le GodFather du jeux vidéo, ni plus ni moins et il est dommage que le grand public considère ce jeu comme une simple excuse pour accomplir des actes délictuels et tuer des agents de police.

Au final cet exemple de censure montre bien à quel point le jeu vidéo reste mal-aimé des masses et pointé du doigt à la première occasion. On refuse de laisser les créateurs s’exprimer et aller jusqu’au bout de leurs envies. On continue de considérer l’ensemble des joueurs comme des enfants en leur interdisant de toucher à des jeux jugés trop violents par quelques sages. Sages qui n’ont pourtant que pour but de classifier lesdits jeux. Saw n’a pas été interdit au cinéma ni en DVD. Alors pourquoi Manhunt, qui se rapproche de cette série de film, se verrait interdit à la vente dans un pays ?

Reste qu’en attendant nos chères têtes blondes ont le droit de jouer aux cow-boys et aux Indiens (Quel mal il y a-t-il ? Ce n’est que le génocide des Indiens d’Amérique) pendant que leurs pères eux sont interdits de chasse à l’homme.

Allez comprendre.


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