Comment peut-on imaginer que des gens sensés et doués d’une intelligence normale, puissent volontairement se laisser aller à des pulsions sadiques et ceci devant un public juste pour gagner. Même en admettant que des joueurs soient placés dans un certain contexte, stressés et excités par la foule présente, conditionnés par l’animatrice, il est quand même assez inquiétant de constater que 81% d’entre eux ont obéi docilement sans trop ou pas du tout réfléchir. Ne doit-on pas se poser légitimement des questions sur le niveau d’abrutissement cérébral, non seulement du téléspectateur mais aussi de la société en générale. Certes, une partie indéfinissable des faux bourreaux n’ont probablement pas été dupes et n’ont jamais cru malgré les cris de douleur qu’ils entendaient qu’ils pouvaient faire du mal à autrui. Ils ont donc décidé de jouer le jeu et de se soumettre, c’est tellement plus facile !
Dans "Philosophie Magazine" quelques extraits du livre de Christophe Nick et Michel Eltchaninoff "L’expérience Extrême" avec des témoignages édifiants concernant l’état d’esprit de certains participants.
L’exemple de Sophie, 46 ans hôtesse de l’air, qui après avoir déclenché le voltage maximum déclare : " Mes grands-parents ont porté l’étoile jaune, je me suis toujours demandé pourquoi ils l’avaient fait. Pourquoi mes grands-parents avaient-ils obéi à cet ordre ? puis pourquoi ils se sont laissé prendre ... Et voila qu’à mon tour j’ai obéi... J’ai l’impression de comprendre un peu mieux."
L’un d’entre eux, Julien, 27 ans au chômage, est allé jusqu’à 100 volts et explique " ...c’est écoeurant, en plus, il y avait des cris de douleur, pour moi, c’est pas possible ... Mais j’ai cru que je n’allais pas m’en sortir. C’est difficile de dire non ! "
Voila donc l’explication, c’est si difficile de dire non, de refuser l’autorité protectrice, alors qu’il est si simple de se cacher derrière elle, de refuser de prendre ses responsabilités. Dire toujours oui face à un puissant même si l’on sait que c’est mal et lâche, pour garder sa tranquillité et tant pis pour sa conscience.
La télévision n’est certainement pas la seule responsable de cette déliquescence de la société, nous gardons le choix de la regarder, de choisir son programme ou de s’en passer. Il reste une interrogation dans le magazine et aussi une réflexion à mener, " Et nous, qu’aurions-nous fait ?