L’alibi communautaire qu’il manquait aux Etats-Unis

par Johan Livernette
lundi 10 novembre 2008

L’euphorie entourant l’élection de Barack Obama tend à se dissiper. Après la passion, place à la raison. Deux points m’ont poussé à me pencher un instant sur le cas Obama : la « surmédiatisation » de son élection ainsi que ses conséquences d’un point de vue communautaire.
 
Depuis maintenant plusieurs mois et encore aujourd’hui, les grands médias nous martèlent sans cesse le détail qui selon eux a rendu cette élection « historique », « incroyable », « exceptionnelle », « incarnant le nouveau rêve américain »… Cela tombe à pic puisque dans mon dictionnaire, « surmédiatisation » rime avec « suspicion ». Certains journaux ont même titré « La révolution Obama ». Pourquoi ? Parce qu’il est Noir tout simplement, alors qu’il est métis plus exactement (une nuance à ne pas négliger). On en oublierait presque que le 44e président des Etats-Unis est un libéral capitaliste appuyé par de puissants lobbys financiers. Mais ne critiquons pas trop le nouvel homme fort made in USA, nous risquerions d’être taxé de racisme. Classique.
 
Que ce détail lourd de conséquence sur sa « noiritude » soit ressassé sans cesse n’est pas innocent. En France et au nom de la fameuse ouverture, les minorités ethniques ont désormais Rachida Dati, Fadela Amara et Rama Yadé pour les représenter. Rappelons toutefois que ces trois drôles de dames n’ont aucun pouvoir politique concret. Mariée à un « strauss-kahnien » et non à un Dieudonné, cette dernière envahit d’ailleurs les plateaux télés depuis l’élection d’Obama.
Aux Etats-Unis, il manquait donc cet alibi étouffant les revendications des minorités ethniques et prenant dans le sens du poil l’idéologie dominante du métissage tout en faisant les intérêts du grand capital. La stratégie est aussi simple qu’efficace. Il suffit d’écouter Nicolas Sarkozy sur le sujet pour mieux la démasquer. Désormais, pour les Arabes et Noirs de France - et maintenant des Etats-Unis - « tout devient possible » selon la formule consacrée. L’espoir porte un nom, un visage. Mais pour les questions de fond, il faudra repasser. 
 
Sarkozy l’a fait, pourquoi pas l’oligarchie américaine ? Pour une fois, la France a un temps d’avance sur les Etats-Unis. Cela méritait aussi d’être souligné. Il est désormais temps d’aller à l’essentiel, de se poser les bonnes questions, les vraies questions, celles qui fâchent les éternels rêveurs. Par qui a été financée et dirigée la campagne d’Obama ? Qui tient véritablement les rênes de la politique américaine ? Quel pouvoir concret détient le 44e président des Etats-Unis ? Quel sera sa politique étrangère notamment en Irak ? Qu’est-ce qui changera dans le quotidien des Américains ? La condition de vie des Noirs états-uniens s’améliorera-t-elle ?
Vous avez - comme moi - les réponses à toutes ces questions. Inutile d’en rajouter. Juste prévoir la future déception qui sera à n’en pas douter à la hauteur des espérances exaltées par la majorité des médias occidentaux.

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