L’Art de gouverner
par Jacques-Robert SIMON
vendredi 5 décembre 2025
Au billard, il s'agit de frapper la balle blanche pour qu'elle touche au moins trois bandes avant de toucher les deux autres billes présentes sur la table. En Politique ; on doit agir dans une direction qui ne permet à personne, sauf à vos intimes, de savoir quel est l'objectif réel. Deux exemples permerttent de mettre en évidence le grand Art déployé dans ce cadre.
Exemple 1 : le mot qui tue
Vous créez ou vous mettez en évidence un mot qui devient infâmant grâce aux journaux, les médias, les réseaux. Vous associez ce mot devenu infâmant à tous ceux qui vous dérangent.
Par exemple "complotiste" va désigner indistinctement une grande variété d'illuminés : ceux qui voient des soucoupes volantes à chaque coin de rue, d'autres qui pratiquent des médecines parallèles, ceux qui pensent qu'on n'a jamais été sur la Lune ou que la Terre est plate... ceux aussi qui pensent que le Monde est aux mains des 3028 milliardaires en dollars et de leurs amis du G7 (les pays les plus riches (?) de la planète), du G20, de l'OMC et de quelques autres officines qui s'ingénient à déterminer le bonheur des autres sans leur demander leur avis.
En fait diviser le Monde en Smart et en Nasty, il est en effet bon de s'exprimer en Globish pour afficher sa modernité dans le Nouveau Monde qu'on propose. Les Intelligents ce sont évidemment les mondialistes, les demeurés ce sont les populistes. Il n'y a pas besoin de faire une étude sociologique poussée pour se rendre compte que les uns représentent l'élite, ou les privilégiés, dans tous les pays du monde et que les autres constituent la grande majorité des populations qui n'ont aucun pouvoir sur leurs destinées. Les "nationalismes" par essence guerriers devaient être vaincus pour que la mondialisation puisse dominer sans partage. Il fallait de toute évidence détruire toutes les idôles anciennes, une seule pouvait convenir, le Dieu-Argent.
La proposition des Smarts est simple : le commerce sans entraves facilite la création de richesses si il n'est pas entravé par des barrières tarifaires ou réglementaires aux frontières. Les échanges existent de fait depuis au moins depuis l'apparition de l'agriculture au Néolithique. Les trente glorieuses (1945-1973) furent interrompues par un choc pétrolier durant lequel le prix du pétrole fut doublé. Auparavant, conséquemment aux tueries précédentes, la création de richesse tout comme la croissance démographique avaient été exceptionnellement hautes. Il n'est nul besoin de vanter les bienfaits du négoce, les surplus des uns permettent d'abonder les déficits des autres. Pourtant, ce ne sont jamais les marchands qui créèrent les richesses tant matériels, par des inventions ou des innovations, que spirituelles. Dans un système marchand, on vaut ce qu'on a, pas ce qu'on est. Et il est bien difficile aux gens qui se coulent dans une norme d'avoir assez d'esprit pour engendrer le Nouveau ou le Beau.
Le système marchand est par essence collectiviste et, si on le laisse seul, stérile. On obtient avec lui les mêmes buildings partout dans le monde, les mêmes automobiles, les mêmes recettes culinaires, et finalement les mêmes gens. Cette uniformisation de l'espèce découle du processus général mais il est attisé par des commandements de tous les instants grâce à tous les moyens de communication possibles.
Mais les idéologies comme les religions permettaient d'avoir des vécus imaginaires, des instants de repos, incompatibles donc avec une logique marchande. On trouva la solution.
Les foules peuvent s'étourdir de mots nouvellement créés, de procédures complexes et inutiles, elles admirent les ébats vocaux à prétentions artistiques, en d'autres termes on peut faire vivre les gens dans un monde préfabriqué pour elles. On n'espère plus un Au-delà mais un tout de suite, vous devenez votre propre dieu.
Il est possible de prévoir presque au mètre près si il va pleuvoir ou non dans un endroit donné, il est même possible d'estimer la quantité d'eau qu'il y aura par m2 . Est-il possible de penser que de très illustres Hommes ne se sont pas posés la question de savoir quelles seront les conséquences du monde économique construit et en plus abondamment théorisé ? ?
L'Art de gouverner apparaît.. Il faut lutter contre les nationalismes qui engendrent la guerre. Il faut lutter contre le racisme qui déchire l'âme des peuples. Il faut éradiquer toute espèce de différences, entre les gens, les coutumes, les dialectes, les genres.
Exemple e N°2 : L'éléphant dans la pièce
Le problème trône au plein milieu de la pièce mais on ne sait pas comment le traiter puisque c'est le résultat de sa propre politique. Alors on désigne un autre ennemi, pas toujours faux mais plus lointain, et on s'arme pour le combattre.
Dans les tous derniers temps, il est proposé de creuser un peu plus les dettes publiques pour lutter contre une imminente invasion venue de l'Est. On voit mal pourquoi des meutes post-soviétiques voudraient s'accaparer de nos gilets jaunes, des 300 000 personnes qui vivent de la drogue, de parlementaires devenus fous à force de s'écouter parler, des innombrables backrooms qui pullulent même dans les villages, de la multitude de friches industrielles permettant la floraison de travailleurs transformés en chômeurs. Mais il faut de toute urgence raviver l'esprit patriotique de la Nation avec autant de vigueur qu'on l'avait combattu il y a si peu de temps qu'on s'en souvient encore. Un service militaire volontaire est donc proposé pour faire renaître un élan vital au sein de la population surtout de la part des jeunes passablement abrutis par leurs efforts infructueux de se détacher de l'écran de leur portable.. Evidemment les plus démunis seront en première ligne pour tenter de sortir le pays d'une menace existentielle. Ils ne connaissent pas eux non plus Sarajevo.
Mais d'autres périls existent. Pour ce qui concerne les seules 20 dernières années ; USA, Indonésie, Tunisie, Russie, Maroc, Turquie, Espagne, Pays Bas, Royaume Uni, Egypte, Jordanie, Algérie, Pakistan, Somalie, Suède, Allemagne, Chine, Nigéria, Irak, Belgique, Australie, Canada, Syrie, Yémen, Kenya, Cameroun, Liban, Burkina Faso, Mali, Congo, Israël, Bangladesh, Arabie Saoudite, Niger, Philippines, Mozambique : tous ces pays ont tous été meurtris par des actes sanglants.
Il ne s'agit pas dans ce cas d'une menace locale mais d'un projet coordonné pour faire disparaître une façon de vivre. Ce n'est pas une guerre qui se dessine c'est un conflit de civilisation entre un Bien et un Mal, termes à définir évidemment mais irréconciliables.
Alors 10 à 50 000 volontaires suffiront-ils pour permettre la survie des autres ?