L’assassinat d’un journaliste...
par morice
mercredi 1er juin 2011
... au Pakistan, et dont le nom ne vous dira rien, sans doute, vient de se produire dans des conditions ahurissantes : il s'appelait Syed Salem Shahzad, était rédacteur en chef d'Asia Times, et pour moi était devenu un homme important, faisant souvent appel à ces papiers très précis et fort descriptifs d'une région du monde en pleine ébullition. L'homme se savait menacé par l'ISI, les services secrets du pays, avait prévenu ses proches, et d'apprendre ce soir sa mort, près de Mandi Bahauddin, alors qu'il se rendait à un débat télévisé, m'a fait comme un choc. Les raisons de son éxécution, car ç'en est bien une, il ne faut pas aller les chercher bien loin. Il enquêtait sur une bien étrange attaque, survenue il y a peu sur une base navale pakistanaise le 23 mais dernier, et imputée à Al-Qaida, bien entendu, mais avait clairement laissé entendre que parmi les assaillants se cachaient des individus téléguidés par des membres de l'ISI. La pétaudière pakistanaise, cela faisait des années que Syed Salem Shahzad nous la décrivait, et avec lui, nous nous en étions arrivés à la même constatation : Al-Qaida est bien un paravent derrière lequel se cachent deux grandes organisations secrètes : l'ISI et la CIA, qui collaborent visiblement ensemble quand elles ne se rejettent pas la faute, selon les circonstances. Quand ce n'est pas le MI6 anglais qui vient jouer les trouble-fête.
Des avions vieillis, donc, présentés comme neufs, et depuis en cours d'être remplacés par des Saab 2000 munis de leur radar Erieye et un ZDK-03 Shaanxi sur les quatre achetés... à la Chine. Un avion encore mystérieux dont la forme même du radar emporté n'est pas encore nettement déterminé. Les pakistanais, c'est sûr, ont pris ombrage des acquisitions indiennes d'Awacs dérivés de l'ILL-76. Les communiqués à propos de l'attaque sont vite contradictoires ; on parle tout d'abord d'une bonne douzaine d'attaquants, réfugiés dans divers hangars pour tirer sur les forces pakistanaises, puis on réduit le nombre à six seulement, dont quatre abattus et deux enfuis. Selon l'un des officiels, un des attaquants aurait agi en kamikaze et se serait même fait sauter. Le ministre de l'intérieur, venu en hâte à la base aura cette étrange sortie, qualifiant les attaquants "comme s'ils avaient fait partie de StarWars, mais habillés en costumes noirs d'hommes de l'Ouest..."... expliquer cinématographiquement ce qui vient de se passer, et même déclarer face aux caméras que "le pakistan est en guerre contre le terrorisme" fait plutôt penser à une mauvaise mise en scène qu'autre chose, à vrai dire. L'image des Men in Black, on veut bien, mais peut-être pas dans ce genre de circonstances : encore un peu et le ministre de l'intérieur pakistanais nous aurait présenté des agents de la CIA...
Dans ce perpétuel jeu de dupes, à qui profitait donc cette attaque d'une base militaire au Pakistan ? Difficile à dire, car plusieurs prétendants se présentent. Les américains, en premier, à vrai dire, eux qui ne cessent de clamer que le pays doit davantage renforcer sa sécurité : voilà une bonne occasion de lui vendre des bataillons complets de mercenaires qui n'attendent que ça pour arrondir leurs fins de mois. Chassés d'Afghanistan, à part l'Arabie Saoudite il ne leur reste plus beaucoup de terrains de jeux (j'y reviendrai bientôt je pense sur la présence des sbires de Prince dans le pays pour mâter les révoltes). La découverte récente d'une extension cachée de centrale nucléaire au Pakistan a dû précipiter le mouvement, pour sûr : dans la presse US, le pays avait été éreinté, cette construction sur le mode... iranien ayant été perçue comme une trahison, les USA étant toujours censés désireux de "protéger" le potentiel nucléaire pakistanais "des griffes d'Al-Qaida". Le programme militaire pakistanais, également, avec la mise en place d'armes tactiques nucléaires, visant le voisin indien, n'est pas non plus pour rassurer. En 4 ans, c'est simple, le Pakistan a carrément doublé son arsenal nucléaire !Encore une "découverte" de Wikileaks. Les Etats-Unis ont offert 100 millions de dollars aux pakistanais pour protéger leurs bases nucléaires, mais personne ne sait ce qui a été fait de cet argent. Trois sites possédant des armes nucléaires ont été attaqués ces 5 dernières années. Or à Kushab, un troisième et même un quatrième réacteur ont été construits en grand secret... On vilipende l'Iran de le faire, mais on laisse son "allié" en construire deux de plus sans broncher... avouez qu'il y a de quoi se gratter la tête sur la présence US, si on y ajoute les drones tueurs et leurs victimes civiles hebdomadaires...
En fait, cette attaque peut très bien servir de prétexte à une plus grande présence US dans le pays. On sait aujourd'hui, grâce aux révélations sur l'enquête de Karachi, à quel point le pouvoir en place est véreux : le veuf de Bénazir Bhutto n'a pas été surnommé "Monsieur 10%" pour rien... L'ISI, également, toujours la première à dénoncer "Al-Qaida" pour voir son budget augmenter encore, ou pour se montrer comme forte auprès d'un président qui n'est pas vraiment sa tasse de thé, "pour lutter contre le terrorisme"... le dernier du lot étant Al-Qaida, présenté partout comme l'instigateur obligatoire de l'attaque (d'où l'idée d'un kamikaze suicidé obligatoire lui aussi, rajouté après coup !), et pas sûr d'obtenir un assentiment national voire mondial avec une revendication cherchanr à "venger Ben Laden". Bref, ça se bouscule pour revendiquer ou non l'attentat.
De tout cela, Shahzad, qui travailait aussi pour AdnKronos International, était bien conscient. Lors de mes articles sur les attentats de Mumbaï, voilà ce que j'avais retenu de lui et du cas de Rachid Rauf, qui ne cesse d'être un des plus cas d'espèces de manipulation médiatique."Les anglais sont donc bien les alliés de l’ISI dans le cas de Rauf", avais-je écris. "Le 15 août 2006, Syed Saleem Shahzad, le rédacteur en chef d’ Asia Times écrit même qu’au sein même de l’ISI existent des "agents provocateurs"qui souhaitent faire de certains de leurs prisonniers des marionnettes pratiques, et "et les guider ensuite pour commettre n'importe quelle attaque sur les intérêts américains". En résumé, tout le monde a intérêt dans l’histoire à créer la terreur, pour mieux pouvoir parler "antiterreur" ! On fait dire à coup de décharges électriques à Rauf ce qu’on voulait qu’il dise : le boulanger était devenu subitement ingénieur chimiste, et cela n’avait choqué personne cette transformation et ce transfert de connaissances. De la levure au TATP il n’y a qu’un pas, semble-t-il". Au Pakistan, les "terroristes" arrivent à s'enfuir en allant manger un hamburger ou en allant prier à la mosquée (ce sont les deux raisons données pour Rauf) et les drones qui n'existent pas sur le territoire sont sagement rangés dans leur hangar "clammed cover" ou Large Area Maintenance Shelters (LAMS), le modèle déposé installé par les mercenaires de DynCorp sur la base colombienne de Tres Esquinas, d'où étaient partis les hélicos repeints pour aller sauver Bétancourt !!
Qu'avait donc découvert Shahzad pour qu'il puisse en perdre la vie ? Une chose attendue, mais plutôt choquante. L'implication directe de l'ISI dans de nombreux attentats imputés à des "terroristes" (dont celui qui nous concerne à Karachi !). "Le 17 octobre, Shahzad avait été convoqué au siège de l'ISI pour discuter du contenu d'un article publié la veille avec deux fonctionnaires du staff "médias" de l'agence. Ce rapport, publié dans Asia Times Online, alléguait que le Pakistan a vait discrètement autorisé un taliban afghan, le mollah Baradar, un député proche du mollah Omar, à prendre part aux négociations avec l'armée pakistanaise. Selon le courriel échangé, la mention "comme future référence " et vu par le magazine TIME, l'un des fonctionnaires a dit les mots suivants à Shahzad : « Je dois vous faire une faveur, nous avons récemment arrêté un terroriste et récupéré une grande quantité de données, d'agendas et. d'autres documents lors de l'interrogatoire. Le terroriste avait une liste avec lui. Si je trouve votre nom dans la liste, je vais certainement vous le faire savoir. " Par ailleurs, les deux fonctionnaires de ISI qui étaient présents à la réunion, le contre amiral Adnan Nawaz et le Commodore Khalid Pervaiz, sont aussi de la Marine. Pervaiz venant tout juste d'être nommé comme nouveau commandant de la base navale de Karachi qui a été attaquée..." note Human Rights, laissant planer de lourdes, très lourdes, présomptions sur les assassins potentiels du journaliste. Dans son tout dernier artcile, le journaliste assassiné avait écrit "qu'Al-Qaïda avait "construit un bon réseau au sein de la Marine pakistanaise et (qu')il y (avait) des négociations entre un agent d'Al-Qaïda au Waziristan du Nord et certains officiers de la Marine". On ne lui a pas laissé le loisir d'enquêter plus loin.
A part ça, c'est "Al-Qaida" qui avait attaqué la base "pour venger Ben Laden", bien sûr. Au pays du mensonge (voir ici et là), la grande mascarade continue, et un journaliste vient de perdre la vie en tentant de nous l'expliquer, une fois de plus.