L’écart social qui se creuse en Iran est comme un train qui fonce vers une déflagration sociale

par Mazdak Teherani
mercredi 26 août 2020

La crise de la pauvreté et l’écart social augmentent de jour en jour en Iran. Chaque wagon qui rejoint ce train est comme un chargement d’explosifs rajouté à une situation sociale déjà explosive et instable. L’écart social incroyable, caractérisé par la croissance exponentielle de la ligne de la pauvreté, est un phénomène inédit dans le déclin du niveau de vie et des relations sociales dans l’histoire de l’Iran.

Le régime doit libérer tous les prisonniers politiques. Une fois de plus, nous appelons les instances internationales et les gouvernements du monde à faire pression et à contraindre le régime des mollahs à libérer tous les prisonniers politiques. #FreePoliticalPrisoners #Iran pic.twitter.com/nSU0DnT7JD
— Maryam Radjavi (@Maryam_Rajavi_F) August 20, 2020

Quelle en est la cause principale ? La corruption et les pillages du régime qui ont gagné la société iranienne comme un cancer incurable. Il suffit de quelques exemples pour montrer la situation.

Mostafa Mirsalim, dans le média d’État Khabar Online le 12 août 2020 : « La corruption sous diverses formes a creusé les piliers du système comme des termites et si cela devient public – que Dieu nous en garde – il ne restera aucune trace du conservatisme ou du réformisme. »

Ahamad Tavakoli dans le média d’État Etemad le 16 août : « Les gens aujourd’hui font-ils confiance à l’organisation administrative du Ministère de la route et du développement urbain ? Non ! Il est dit que la corruption y est présente. Les gens aujourd’hui font-ils confiance à la banque centrale, où certains ont pris 27 milliards de dollars en devises étrangères et n’ont rendu qu’une partie de cette somme ? Non ! Certains ont pris 65 tonnes d’or et l’ont transmis à des personnes indignes. Les styles et les contextes des politiciens ont changé, ils sont devenus gourmands et n’ont pensé qu’à accumuler des richesses. Les gens voient ces choses comme un résultat des actions du gouvernement et de l’ État. »

En décrivant une telle situation, il est utile de rappeler un principe sociologique important concernant les phases terminales d’un régime. Selon ce principe « l’ultime étape d’une révolution sociale survient lorsque les classes inférieures font des demandes et expriment leurs revendications, mais les dirigeants ne peuvent y apporter une réponse, même s’ils le souhaitent. »

Le quotidien d’État Etemat écrit le 15 août 2020  : « On peut dire sans risquer de se tromper que nous nous trouvons dans la période la plus critique de l’histoire de l’après-révolution, mais aucune décision importante n’est prise. Aucune prescription de secours ne sort des dialogues gouvernementaux dans cette situation.  »

Toutes ces déclarations sont reflétées dans les protestations des travailleurs iraniens ces dernières semaines. Malgré le danger et la menace du coronavirus et de la mort, ils ont décidé d’entrer en grève et d’exprimer leur colère, dans l’espoir de voir du changement. Mais l’expérience des quarante années passées nous montre que les autorités religieuses ne peuvent plus répondre à leurs demandes, alors qu’elles sont embourbées dans la corruption.

La grève des travailleurs dans les raffineries de pétrole et de gaz, d’usines pétrochimiques et de centrales combinées de 23 villes dans 12 provinces d’Iran est entrée dans son 17ème jour. Des cheminots à Téhéran et Mechhed et les travailleurs de Hepco Arak ont rejoint la grève. Les travailleurs du complexe sucrier de Haft Tappeh font grève depuis 64 jours. Il est rappelé que les travailleurs de 54 bassins d’emploi en Iran ont conservé leur solidarité et leur unité jusqu’à présent et qu’ils ne sont pas près de retirer leurs revendications.

Le 25 aout, le mouvement de grève des travailleurs et salariés de l’industrie pétrolière, gazière et pétrochimique de 20 villes de 12 provinces a atteint son deuxième semaine. Cette grève touche au moins au moins 46 raffineries, usines et centrales électriques de ce secteur.

Les grévistes souffrent de conditions de travail insupportables, en particulier dans la chaleur extrême, et des conditions de vie les plus difficiles. Ils n'ont pas de sécurité d'emploi. Les contrats qui leur sont imposés sont temporaires, non couverts par l'assurance maladie et les pensions de retraite. L'employeur peut les licencier à tout moment. Leurs salaires sont plusieurs fois inférieurs au seuil de pauvreté, et ces maigres salaires n'ont pas été payés depuis des mois.

Les autorités et les chefs d’entreprise affiliés au pouvoir tentent de briser la grève en menaçant, en soudoyant, en promettant et en faisant pression sur les travailleurs, mais les grévistes ont insisté sur la poursuite de leur grève jusqu'à ce que toutes leurs revendications soient satisfaites.

Maryam Radjavi, présidente du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), a salué les grévistes qui protestent depuis deux semaines pour faire valoir leurs droits fondamentaux et a appelé l’ensemble de la population, en particulier les travailleurs et les jeunes, à se lever pour soutenir les grévistes. Radjavi a appelé l'Organisation internationale du travail, les syndicats et les défenseurs des droits des travailleurs à condamner les politiques anti-ouvrières du régime clérical et à soutenir les grèves et les manifestations des travailleurs iraniens opprimés.


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