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Accueil du site > Tribune Libre > L’éducation au bonheur

L’éducation au bonheur

Je sais qu’un tel titre va surprendre. Mais je l’assume. L’éducation est au centre de toutes les attentions et de toutes les critiques. Chacun a sa propre conception. La dernière idée dans l’air, c’est l’uniforme pour tous les élèves. Personnellement, je trouve que cette idée n’est qu’un pis-aller qui témoigne de l’échec de l’école. En effet, l’école devrait évaluer les aptitudes au bonheur de chaque enfant et l’aider à les développer.

Si cette mission était menée à bien, il y aurait peu d’enfants malheureux d’être privés de marques et les frimeurs en seraient pour leurs frais.

Plus généralement, le bonheur est absent des salles de classes. Quand on peut éviter l’exclusion et la violence, on est déjà satisfait. Pourtant, le bonheur est une valeur et, bien plus, une aptitude. Certains acquièrent cette aptitude par une longue expérience et deviennent heureux à…60 ans…70 ans. C’est trop long ! Le bonheur devrait s’acquérir bien avant. Et l’école doit y aider.

Le droit au bonheur est rarement reconnu de façon officielle. La constitution des Etats-Unis parle néanmoins de droit pour chacun à poursuivre son bonheur, le Bouthan mesure officiellement le niveau de bonheur du pays comme pour le PIB. Les régimes totalitaires prétendent savoir ce qu’est le bonheur et l’imposent par la force. La société occidentale en exploite l’idée à des fins exclusivement mercantiles. Il y a aussi des religions qui déversent leur opium, certaines affirmant qu'il n'y a nul bonheur sur terre et qu'il n'existe que dans les cieux que l'on gagne dans la douleur, par le martyr ou par d'autres voies rédemptrices et glorieuses. Enfin certains croient pouvoir à eux tous seul réenchanter le monde. Je n’ai pas cette prétention et je me contenterai d’évoquer l’éducation au bonheur. De plus, le bonheur ne me semble pas être un droit dispensé d’en-haut, c’est aussi le résultat d’un effort personnel. On n’a rien sans rien. Mais chacun mérite d’être aidé dans sa quête de bonheur.

Dispenser des savoirs est une chose, aider à l’épanouissement de l’individu dans la société en est une autre. Nous constatons que le minimum n’est plus satisfait quand la vie même n’est plus respectée : taux de suicide chez les enfants, viols, tortures, montée des IVG… Or, qu’est-ce que le bonheur sinon le respect de la vie ? La route de l’éducation au bonheur est longue donc mais je crois néanmoins qu’elle mérite d’être creusée.

Il est urgent de ralentir, de restaurer une dimension à taille humaine de l'existence, de prendre du recul au lieu de courir après la réactivité, de choyer notre environnement, de recouvrer l'estime de soi qui passe davantage par l'activité et l'entraide (on n'est pas heureux tout seul) que par la possession et la mise en avant narcissique de sa personne.

Il est urgent de développer la sagesse. C'est ce que disent les gens quand ils se ruent sur les oeuvres des nouveaux philosophes ou quand ils courent regarder "Intouchables" au cinéma. La sagesse est une condition essentielle du bonheur. Je connais des pauvres ou des personnes handicapées qui sont heureux. Vous en connaissez aussi. Ces personnes ont travaillé leur aptitude au bonheur au travers d'une certaine sagesse.

Je dis que l'aptitude au bonheur peut s'enseigner. Il faut y mettre les moyens, dans l'école. Mais ce n'est pas qu'une question de chiffre. La réponse n'est ni dans les quotas de suppressions de postes ni dans les promesses mirifiques de recrutements d'enseignants. La réponse est dans le qualitatif, dans le choix de société que nous voulons pour nos enfants.


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11 réactions à cet article    


  • Jean J. MOUROT Jean J. MOUROT 18 novembre 2011 11:54

    Les enfants (et les adultes) ont certes droit au bonheur (ce bonheur qui était une idée neuve en Europe au XVIIIème siècle, selon Saint-Just, à une époque où l’on coupait les têtes pour faire le bonheur des gens malgré eux !) . Mais est-ce le rôle de l’école que d’apprendre à être heureux ? Qu’on s’applique à ne pas rendre les élèves malheureux tout en les amenant à l’acquisition de savoirs, ce serait déjà pas mal... Mais le bonheur immédiat est-il toujours le garant du bonheur futur ?


    • Taverne Taverne 18 novembre 2011 12:08

      Chatel juge possible de supprimer encore des postes dans l’Education nationale. Le slogan était vrai : « avec Sarkozy tout devient possible ».


      • zelectron zelectron 19 novembre 2011 04:03

        Quid du devoir de bonheur ?


      • easy easy 18 novembre 2011 16:47

        Enseigner le bonheur en la situation actuelle de l’enseignement, serait vain.

        Le bonheur tient essentiellement à la faculté de renverser son regard.« J’ai raté mon train. Merrrrrde ! Mah, dans le fond, ça va me permettre de visiter la ville »

        Il y a une histoire sur ce ton où un père découvre que son fils s’est cassé une jambe, les voisins crient au malheur, le père répond « Bonne chose, mauvaise chose, je ne sais pas encore » Et le fils étant invalide, il échappe à la mobilisation de guerre, etc...

        Il y avait aussi l’histoire du coiffeur et du perruquier qui se livraient à une bagarre. Le premier affichant qu’un homme se noyant était sauvé par quelqu’un le tirant de l’eau par les cheveux, le second affichant un cavalier au galop ne s’accrochant que la perruque à une branche

        Si l’on désire des yeux bleus quand on les a marrons, on ne ressentira jamais le bonheur.


        Or l’école actuelle enseigne les choses par un biais trop unique et accorde trop de valeur aux tragédies. Avec la sanction des notes et la dureté des appréciations, elle fait de l’ambiance comminatoire une ambiance normale.







        • Abou Antoun Abou Antoun 18 novembre 2011 19:28

          Il vaut mieux ne pas mélanger les genres.
          Si l’École parvenait déjà à transmettre les connaissances, ce ne serait pas si mal. Je souhaiterais d’ailleurs que le Ministère retrouve son nom original « Instruction publique ».
          L’éducation cela reste l’affaire de la famille.
          Quand au bonheur cela ne s’apprend pas. C’est finalement avoir le sentiment d’être satisfait de son sort, et cela n’a rien d’objectif. Des désirs exacerbés rendent les sujets incurablement malheureux indépendamment de leur condition réelle, qu’ils ne voient pas.


          • Taverne Taverne 19 novembre 2011 14:04

            « Si l’École parvenait déjà à transmettre les connaissances , ce ne serait pas si mal. »

            Je suis bien d’accord mais je trouve qu’il y a un équilibre à trouver entre l’enseignement des connaissances et l’enseignement de la vie. Les cartables trop lourds, toutes les matières à ingurgiter, c’est une chose qu’il faudrait alléger pour retrouver l’essentiel : l’épanouissement, l’harmonie, l’échange...Soyons plus exigeants : l’école ne doit pas seulement transmettre les connaissances.


          • Abou Antoun Abou Antoun 19 novembre 2011 14:14

            c’est une chose qu’il faudrait alléger
            Cela fait exactement 30 ans qu’on allège !
            Avec nos programmes super-light, les enfants sont-ils mieux éduqués, non !
            Sont ils plus heureux, non !
            Mais ils sont ignares ...oui !


          • latortue latortue 18 novembre 2011 20:12

            le bonheur est communicatif ,si tu es malheureux comment veux tu que tes enfants soient heureux ,et pour ce qui est du malheur on est mal partis et pour pas mal d’années .Les enfants sont le reflet des parents rien d’autre ,si tes gosses se sentent entouré ,aimés ,choyés ,éduqué ,et que tu es toi m^me heureux ils le seront et rien d’autre le reste uniformes ou autre inventions pour occuper l’espace médiatique c’est de la merde comme dit COFF .


            • Taverne Taverne 19 novembre 2011 14:00

              « le bonheur est communicatif » pas si simple. Le rire est souvent communicatif mais le bonheur non, hélas ! C’est pourquoi je dis qu’il faut inculquer aux enfants l’art de développer par eux-mêmes leur aptitude au bonheur.


            • Taverne Taverne 19 novembre 2011 13:56

              Avec le mal heur, on est malheureux. Avec le bon heur, on est « bienheureux »et non pas seulement « heureux » qui serait un mot neutre. Vous parlez d’avoir une vie équilibrée et vous avez raison. Ne croyez-vous pas que l’école à y jouer ? Ou doit-on se résoudre à la voir capituler devant la société du spectacle et du consumérisme ? Pour moi, elle devrait rétablir l’équilibre : social, alimentaire, psychique...Si c’est cela être un bisounours alors je suis un bisounours.


            • Taverne Taverne 19 novembre 2011 13:57

              Pardon : « Ne croyez-vous pas que l’école a un rôle à y jouer »

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