L’homme créature divine ?
par augustin
lundi 14 septembre 2020
Comment démontrer que l’homme est une créature divine et qu’il est fait à l’image de Dieu comme le dit la Genèse ? Comme en math, il faut un point de départ indémontré à la démonstration, c'est-à-dire un axiome. Spinoza philosophe en propose un. Le voici :
AXIOME
La pensée est un attribut de Dieu, autrement dit Dieu est chose pensante.
Si l’axiome ne se démontre pas, il offre un boulevard à la pensée, qui peut donc affirmer ceci :
Depuis des millénaires, même si la chose fut progressive, l’homme pense. Sait qu’il pense, et donc tente de comprendre sa pensée mais avec quoi ? Avec sa pensée bien sûr ! Avec l’outil que lui est sa pensée !... car il n’en a pas d’autre. L’outil qui le fait homme est le seul outil qu’il possède pour essayer de savoir ce qui le caractérise en tant qu’homme : sa capacité à penser. Plus précisément, comment cette faculté lui est venue et comment elle agit en lui. Du fait que l’homme est incapable de donner une définition claire précise et définitive de la pensée qui agit en lui, il s’élève à ce qu’il ne connaît pas mais suppose, une cause première, une puissance supérieure à la sienne, il l’appelle Dieu. Ce mystère incompréhensible qui agit en moi, la pensée, est tellement incompréhensible que je suis obligé d’en supposer l’origine plus haute que moi. J’arrive donc à : la pensée est un attribut de Dieu, à l’aide de ma seule pensée. Donc, quand je dis la pensée est un attribut de Dieu, c’est moi qui le dis, pas Lui. Je le dis parce que j’exerce ma pensée propre car, même si elle a son origine en Dieu, est son attribut, comme je ne suis pas Dieu, je suis bien obligé de constater que sa pensée se déroule en moi. En disant cela, sans en être parfaitement conscient, je me fais « récepteur de Dieu ». Je me fais Dieu.
CONCLUSION
Si je suis récepteur de Dieu, c’est que ma nature m’y autorise, sans quoi je n’aurais pas pu exercer ma pensée. Donc, je suis bien fait à l’image de Dieu. Et ma pensée ne peut donc fonctionner que comme celle de Dieu.
Mais l’axiome a deux parties : Dieu est une chose pensante. En latin : Deus est res cogitans.
Alors le trouble m’assaille car s’il est assez aisé d’accepter La pensée est un attribut de Dieu puisqu’on ne sait pas trop ce que c’est, qu’on l’a, qu’on la constate mais qu’on ne sait pas sa nature exacte, quand on entend "Dieu est une chose pensante", on se demande bien ce qu’est une chose. Et on pense à objet et si on pense objet, on pense matière, étendue alors que la pensée n’a pas d’étendue, ne se déploie pas dans l’espace mais dans le temps, notion tout aussi ambiguë ! Il faudra alors définir l’Etendue. Et peut-être aussi le Temps.
Si on suit Spinoza, Dieu à toutes qualités, tous attributs, donc rien n’interdit de le concevoir non seulement comme pensée, chose invisible sans limite, mais comme "étendue". Ainsi l’étendue est un attribut de Dieu, autrement dit Dieu est chose étendue, sorte de "Substance".
SUBSTANCE
Par substance, j’entends ce qui est en soi, et se conçoit par soi c’est-à-dire, ce dont le concept n’a pas besoin du concept d’autre chose, d’où il faille le former.
C’est clair. Dieu et sa substance n’a pas besoin du concept d’autre chose pour être défini. Il est cause de soi. Moi aussi, mais autrement ! D’où la question du libre arbitre que se pose nécessairement celui qui ne l’a pas vraiment. Et là, je ne suis plus tout à fait Dieu…
04.09.20