L’IA coupable, l’humain acquitté : quelle niaiserie !
Accuser l’intelligence artificielle de pousser au suicide, c’est comme dire que la fourchette est responsable de l’obésité ou le couteau du crime. Comme si l'IA pouvait avoir une intention autonome.
Chaque invention humaine a servi le meilleur et le pire. Mais l’époque adore ses boucs émissaires.
Cessons cette niaiserie et regardons-nous.
Le récit est bien huilé : un adolescent en détresse, une IA dans les parages, et hop, une conclusion sensationnelle — « l’IA est dangereuse ». Rideau. On ferme le dossier, on pleure un peu, et surtout on évite les vraies questions. Parce que regarder en face la solitude, l’absence d’écoute, le vide éducatif et l’état lamentable de la santé mentale des adolescents et des adultes. c’est beaucoup moins vendeur.
Mais enfin, depuis quand une invention est « dangereuse en soi » ? Faisons un petit inventaire, histoire de rappeler que le danger ne réside pas dans l’outil mais dans la main qui l’utilise.
- L’écriture : elle a permis de transmettre la philosophie grecque, la poésie persane et la Déclaration des droits de l’homme. Elle a aussi servi à rédiger Mein Kampf et les protocoles de torture.
- L’imprimerie : elle a diffusé la science et l’esprit des Lumières. Mais aussi les les affiches de propagande anti-juive et les modes d’emploi des dictateurs.
- L’électricité : elle éclaire nos nuits et alimente nos hôpitaux. Mais elle électrocute, grille des condamnés sur des chaises dites « électriques », et permet la surveillance de masse.
- Le train : il a ouvert le tourisme, rapproché les villes et permis le commerce. Mais il a aussi servi à transporter des millions de déportés vers les camps de la mort.
- L’avion : il rapproche les continents, facilite les échanges, les rencontres et l’humanitaire. Mais il bombarde, pulvérise des villes entières…
- La chimie : elle nous offre médicaments, engrais et vaccins. Mais aussi gaz moutarde, napalm et drogues de synthèse qui détruisent des vies.
- L’informatique : elle a permis les découvertes médicales, les communications instantanées, l’exploration spatiale. Elle a aussi permis les fraudes, la pornographie violente et les arnaques à la chaîne.
- La bombe atomique : chef-d’œuvre d’intelligence humaine, elle a ouvert la voie à la recherche énergétique, mais elle plane toujours au-dessus de nos têtes comme menace d’anéantissement global.
Et maintenant, l’IA. Oui, elle peut produire du mensonge, de la manipulation, et — mal encadrée — des réponses nocives. Mais elle soigne déjà des cancers, aide des handicapés à communiquer, prédit des catastrophes naturelles, optimise les récoltes, détecte les fraudes. Bref : elle fait ce que nous décidons qu’elle fasse.
Alors, quand on titre « Dangereuse IA », c’est un peu comme accuser la guitare d’avoir inventé le hard rock sataniste, ou reprocher au marteau les meurtres. On marche sur la tête. On évite de se regarder dans le miroir.
Le vrai drame n’est pas l’existence de la technologie, mais notre incapacité chronique à l’accompagner, la réguler et, surtout, à prendre soin des humains qui l’utilisent. Tant qu’on préfèrera crier au loup plutôt que de renforcer la prévention, l’éducation numérique et les dispositifs de santé mentale, on fabriquera d’autres boucs émissaires.
En résumé : l’IA n’est pas dangereuse en soi. C’est notre inintelligence humaine qui l’est.
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