L’introuvable Gauche
par Elliot
samedi 26 décembre 2015
La mondialisation de l'économie au profit des oligarchies financières qui accumulent des capitaux hors mesure avec les budgets de certains états ne se traduit pas seulement par des incitations au consumérisme dans les hypermarchés et autres temples dédiés au veau d'or qui n'a jamais si bien porté son nom : le cliquetis du tiroir-caisse lui caresse si joliment les oreilles.
Elle nivelle aussi les comportements et gomme l'instinct d'appartenance de classe chez les plus pauvres au profit des leurres identitaires qui détournent leurs frustrations légitimes.
Empêchés d'accéder aux délices et aux opulences qui leur sont montrées en exemple, comme la carotte agitée devant l'âne, contraints de se satisfaire des miettes et de désirs inassouvis, ils sont le jouet de la ploutocratie cosmopolite qui sème les ferments de la division en finançant l'émergence de partis identitaires dans les petites lucarnes et autres médias traditionnels dont elle contrôle la diffusion.
Ainsi enfle une baudruche inconsistante par un matraquage systématique, à coup d'annonces lancinantes sur la « consistance« des selles de Madame Le Pen, sur le pied dont elle s'est levée, par une avalanche de questions dites existentielles sur tout et de préférence n'importe quoi ( qui ne sont pas des questionnements mais de simples mises en valeur ).
Ainsi on a fait gonfler un parti censé porter la voix des plus démunis non contre ceux qui les oppriment et sont responsables de leur déclassement mais contre ceux avec qui cyniquement les maîtres les mettent en concurrence.
D'instrument manipulé par les puissances d'argent, de variable d'ajustement des coûts du travail l'immigré ( ou le Français d'apparence immigrée, ce qui fait du monde ) est devenu la cause de tous les maux de la nation.
Bien que tout ce processus d'écartèlement des classes inférieures ait parfaitement été analysé par Marx, la pensée de Gauche se retrouve aujourd'hui dans le même état qu'en 1914 quand l'énorme majorité de ses représentants dans tous les pays qui allaient s'affronter votèrent les crédits de guerre bien qu'ils partageassent des deux côtés les mêmes valeurs pacifiques de solidarité prolétarienne.
On ne peut que constater que la Gauche a aujourd'hui un problème de communication pour éveiller la conscience de ceux qu'elle est censée représenter et qu'incapable de parler à la tête, elle a abandonné le terrain à ceux qui parlent aux tripes.
On doit bien constater que là où elle avait semblé renaître comme en Grèce l'expérience a tourné court et la seule perspective qu'offre encore Syriza, c'est aujourd'hui le découragement, l'impression que Sisyphe est condamné a rouler de toute éternité son rocher au sommet de la colline d'où il dégringole.
Pourtant un pays comme la France - mais il en est d'autres en Europe - est richement doté de groupements associatifs qui se dévouent pour le bien commun, ce n'est pas à un manque de générosité ou de civisme qu'on est confrontés mais à un grave désenchantement de la vie politique.
Les pourcentages astronomiques d'abstention ou de votes blancs ou nuls, les refus d'inscription sur les listes électorales forment pourtant un terreau où seraient susceptibles de s'épanouir de nouvelles fleurs de la liberté mais Dieu ! qu'il est difficile de parler avec le langage du passé à tous ces braves gens revenus de tout.
Je me souviens de ces maisons du peuple du passé, de la ferveur des fêtes du Premier mai : un monde disparu !
A trop vouloir singer ceux à qui elle sert la soupe, à adopter leurs codes de langage d'abord, leur idéologie ensuite, la Gauche traditionnelle a certes compris ce que l'oligarchie attendait d'elle mais elle a cessé de parler à son peuple et ce dernier se détourne pour s'engager dans des impasses.
La Gauche de la Gauche a elle aussi perdu pied, elle est coupée des milieux populaires sans l'avoir voulu mais sans avoir pu contrarier le mouvement, probablement parce que les gens n'avaient plus envie de l'entendre réciter son chapelet.
Tout doit être refondé dans un grand mouvement populaire ( qui ne sera pas l'appendice d'un parti à l'agonie ).
En Espagne avec Podemos les conditions étaient remplies d'un grand renouveau, nécessaires dont l'avenir nous apprendra si elles étaient suffisantes ou si elles ne seront que les étincelles d'un feu de paille comme en Grèce.
En France, avec un FN repoussoir qui stérilise les espoirs de changement, un FN dont la présence au second tour des Présidentielles est devenu l'enjeu tacticien de tout qui veut emporter la timbale, ce n'est sans doute pas demain la veille que se présentera l'opportunité d'une lame de fond visant à rendre à la nation et à sa politique ses lettres de noblesse.