Dans ce fatras et ce télescopage, une idée saugrenue m’a en effet traversé l’esprit : celle d’un Marjah français. Vous
vous souvenez de
Marjah, en Afghanistan, cette vaste opération de propagande américaine du style
"nous allons bouter les talibans dehors" qui a consisté à montrer aux foules des soldats courant derrière... des ombres ou même le plus souvent rien du tout ? De ces communiqués ronflants comme quoi les "
talibans avaient été repoussés" ? Ou que l’on éta
it "décidé à les pourchasser impitoyablement et qu’ils n’auront aucun répit" ?"... Deux jours après la fin de l’offensive,
"un grand succès", des quartiers de Marjah sautaient en l’air : les talibans étaient toujours là, et le faisaient savoir... explosivement. Et quelques semaines après, le général qui avait dirigé l’opération de
false flag, pris en flagrant délit de jactance contre son président était viré (on n’ose dire
manu militari). Eh bien vous n’allez pas me croire, mais ce que je viens de voir et d’entendre de Brice Hortefeux, lui aussi en guerre, me fait dire aujourd’hui que Marjah et Grenoble c’est la même chose. La même manipulation, le même discours victorieux avant le moindre résultat, les mêmes effets de micro, les mêmes airs martiaux des représentants de l’autorité !
Les gamins arrêtés la veille de la visite du McCrystal de l’intérieur on déjà été relâchés (*) . Leurs copains de Marjah, il y a huit ans, ont été vendus 5000 dollars par leurs "amis" pour atterrir à Guantanamo et y croupir sous la torture. Le plus jeune
n’avait pas 15 ans. Chez nous on a un dénommé
Al Ziri, beaucoup plus âgé, tiens au fait : mais il est mort dans un commissariat, et tout le monde s’en fiche (c’est l’été !). Les bavures sont un
phénomène universel, mais la France tient son rang, diantre ! A Marjah, on avait fait de même avec quelques pékins raflés au hasard, par le Brice Hortefeux local, le gouverneur du district, depuis lui aussi débarqué discrètement, comme un simple Christian Blanc. A Marjah, hisser le drapeau avait réuni 50 pékins, moins que les services de sécurités (privés). A Grenoble, même pas de lever de
drapeau. Mais une bonne palanquée de cars de CRS 300 déployés. "
Selon des témoins, il y a eu très peu de contacts avec la population." annonce Reuters. A Marjah, on avait distribué à la populace présente des cartes de téléphone pour remplir la place (à moitié !) : Brice devrait y songer pour ces prochaines visites.
Avec sa tête dessus. Histoire d’avoir des "contacts" plus facilement...
En fait c’est le Canard Enchaîné du 28 juillet qui m’a mis sur la piste : en relevant consciencieusement le mot "
guerre" dans le vocabulaire de Nicolas Sarkozy. Un texte de Sorj Chalandon qui commençait ainsi :
"la guerre se déclare une seule fois. La convoquer à tout propos relève de la rodomontade". Implacable démonstration (visible en bas de l’article), et si vraie, l’auteur égrenant dans la foulée quinze citations de l’agité élyséen, depuis 2002, dont la célèbre du 27 juin 2002. Ce
"nous allons gagner la guerre de l’insécurité" qui vaut largement la victoire contre les talibans promise à long terme par McCrystal le
15 juin 2009, à condition que tout le monde y mette du sien, spécialement les anglais, alors jugés pas assez coopératifs
"ce n’est pas une guerre Américaine seule, dit-il. "Il s’agit d’une coalition." Et le général de mettre en garde les troupes de l’OTAN dans un long-courrier. "On ira jusqu’à ce que nous réaliserons les progrès que nous voulons atteindre", a-t-il dit. "Ce ne se fera pas instantanément." A Grenoble non plus, il semble...
C’était avant la mascarade de Marjah et ses faux combats, ses fausses captures et surtout avant son limogeage huit jours plus tard à peine, le 23 juin. Marjah, une rodomontade de bout en bout... Dans la presse on trouvait u
n Otan aussi "satisfait", qu’un Sarkozy sur son bilan à la tête du ministère de l’intérieur, "
des talibans vaincus", des soldats salués par les mêmes
néo-cons que d’habitude, sur le terrain en réalité un fiasco complet. Un général US avouera qu’en face des 15 000 troupes engagées il n’y avait pas plus de 100 membres d’Al-Qaida, dont aucun n’a été capturé.
"Le général James Jones a récemment admis que le nombre de combattants étrangers en Afghanistan est d’environ 100 seulement. Et tous ne sont impliqués dans la résistance. Cela montre qu’il existe bien une insurrection afghane autochtone avec une poignée de militants étrangers qui le soutiennent pour diverses raisons" . A Marjah, pas d’Al-Qaida, à Grenoble un grand banditisme endémique depuis des années redescendu dans les cités : tout le monde a déjà oublié que tout est parti d’un
braquage qui a mal tourné, fait par une tête brûlée notoire à la trajectoire de grand bandit toute tracée. Le dénommé Karim Boudouda, au casier
déjà bien plombé (le 30 juillet il était encore sous bracelet électronique !)
Les bandes de Grenoble, dont celle du clan Morival, qui avait vu huit décès en règlements de compte durant l’année 2007... sans que le Président nouvellement élu ne dépêche de préfet spécial sur place (un oubli ?). Tirer sur des policiers, qui a tant scandalisé (à juste propos) ? Ces bandes l’avaient déjà fait, pour la simple raison que leur chef avait été descendu par... de faux policiers, des truands de la bande adverse déguisés ! Ainsi été mort le chef de clan, Christophe Morival, et son neveu, abattus le 31 octobre en plein quartier de la Villeneuve... à Grenoble ! A-t-on déjà tout oublié ? McCrystal avait oublié l’héritage de la guerre contre les soviétiques, comme Hortefeux vient d’oublier ce qu’est Grenoble depuis longtemps. Les deux n’ont visiblement rien compris au terrain qui les entoure, pourtant décrit en détail un peu partout. Même dans le Monde du 6 décembre 2007, ou Sophie Landrin et Richard Schittly expliquaient précisément les enjeux sur place :
"La spécificité des gangs grenoblois réside dans leur extrême violence. En guise d’explication, les policiers évoquent "une culture" du grand banditisme apparue à Grenoble dans l’après-guerre. Dès cette époque la ville comptait ses clans, celui des "Corses" et celui des "Italiens" qui se sont affrontés jusqu’en 1975. Plus nombreux, les Italiens sont parvenus à prendre le contrôle des bars, de la prostitution, des rackets, étendant leur territoire jusqu’à la Côte d’Azur. Mais, très vite, leur fief grenoblois a été contesté par une nouvelle bande rivale, celle des "Gitans sédentaires" issus du quartier de l’Abbaye, spécialistes des braquages de banques et de bijouteries. Une nouvelle guerre s’est alors ouverte entre Italiens grenoblois et Gitans : vingt-cinq ans de règlements de comptes sur fond de prostitution, machines à sous dans les bars et drogue. A la fin des années 1990, les Italo-Grenoblois ont été relégués sur la Côte d’Azur. Les Gitans ont imposé leur loi, temporairement, car le marché de la drogue qu’ils s’étaient appropriés faisait des "envieux". "Une autre bande a surgi, celle des "Maghrébins" expliquaient-ils il y a deux ans déjà : Brice Hortefeux aurait été abonné au Monde qu’il n’aurait pas agît comme il vient de le faire. A quoi ça tient, parfois, la bêtise. "C’est cette dernière rivalité à laquelle font face les policiers aujourd’hui. Mais avec plus de difficulté : le grand banditisme des années 1970 a changé. Les parrains qui tenaient le milieu ont quitté Grenoble, remplacés par des "caïds" des cités. Des hommes prêts à tout, disent les policiers, y compris payer de leur vie pour tenir leur territoire. L’essentiel des revenus sert à acheter leur paix, payer tel gamin pour les informer, tel autre pour les protéger". C’est clair : ce n’est pas un problème de banlieue : comme à Marjah, c’est une poignée de meneurs liés au grand banditisme et non des gamins, qui leurs servent, eux, de relais.
Soyons clairs : le grand banditisme
façon Gabin a vécu. Il n’y a plus de code d’honneur, et pour attaquer un casino, on l’a vu, on y va à la Kalachnikov, et tant pis si sur le passage il y a femme et enfants. On attaque les convoyeurs au RPG-7 et on tire une rafale sur une jeune mère, policier municipal. Sans aucun remords. La vie ne valant plus rien et le RPG se trouvant partout, vu le taux de dilution des armes
avec le trafic afghan... Le contrôle de la drogue est l’enjeu de cette incroyable violence, et ce n’est donc pas un malaise de banlieue de plus : rien à voir avec l’immigration ni la simple délinquance comme l’assène le ministre de l’intérieur dans un relent de racisme douteux :
"la délinquance, chacun sait qu’il y a des liens avec l’immigration, chacun le sait. C’est souvent pas correct de le dire, mais c’est une réalité que chacun connaît" (déclaration du jour à Grenoble) . Quand s’étripaient les gangsters des années précédentes, tel un Francis le Belge parlait-on pour autant de gangster "immigré" ? La sanglante "guerre des boîtes" (toutes plastiquées !) de 1988 à 1994 a-t-elle vu un ministre de l’intérieur venir faire un procès à la Belgique ou aux belges ?
Non, ce ministre présente bien les mêmes œillères que son mentor. Un jour il voit des choses que les autres jours il ne voit pas : c’est selon comment ça l’arrange. Comme McCrystal ne voulait pas qu’on tienne un registre des hélicoptères abattus, notre Hortefeux s’est arrangé pour ne plus produire le chiffre des voitures brûlées le 14 juillet : à la mi-juillet, la banlieue et ses voitures en flammes, il la cachait encore, début août il la montre, il l’exhibe (en mauvais exemple), et la visite à Grenoble "au pas de charge" disent les commentateurs : de peur des snipers talibans cachés sur les toits en pisé sans doute. De se croire à Marjah.
McCrystal s’était fait présenter
"du matériel dernière génération - boucliers balistiques, jumelles à vision nocturne et phares d’éclairage à grande distance"... ah non, ça c’est le matériel amené par ce même Brice Hortefeux aux policiers grenoblois. Après une déclaration de guerre, on distribue rarement des jouets en effet. Bientôt, la livraison de
Buffalos pour patrouiller la nuit à Grenoble ? A Marjah, McCrystal s’était entouré de colonels ou de
généraux : Brice avait apporté son superpréfet à étoiles, ancien policier à poigne, le préfet Lambert. Sur la chaise, à Grenoble, aujourd’hui les deux casquettes étaient bien l’une à côté de l’autre. Le préfet, garant normalement de la République fraternelle est devenu adjoint de l’armée de répression (il ne peut pas être pire que
celui décrit ici).
Brice s’en prend aux gitans qui roulent en Mercedes ? LaCroix montre cet été un Hervé Morin en costard façon "
Men in black" débarquant en pleine tempête de sable soulevé par un Caracal (il n’y en a.... que
deux sur place !), juste descendu d’un monstrueux 4x4 blindé. Sans caravane derrière à vrai dire. Brice va t-il faire contrôler par le fisc la voiture de l’expatrié afghan ? "
tant que la sécurité et la stabilité d’une zone ne sont pas effectives, nous devons poursuivre notre mission" déclare sur place l’homme de l’art. Autant reformer les "
militaires de quartier".... à Grenoble, alors. Grenoble-Marjah, même combat ! McCrystal voulait faire de la reconquête de Marjah un "symbole" d’une reprise en main : son clone civil français veut faire de Grenoble... un
symbole lui aussi. Décidément, le parallèle se tient ! Je me disais en commençant que j’avançais en terrain miné (?), mais non ; au final c’est plausible. Les américains ne vont déjà plus dans certains quartiers de Marjah depuis plusieurs semaines : en France on appelle ça des
"zones de non droit". Et ce, depuis 2005 au moins. L’époque où un ministre de l’intérieur parlait "
d’émeutes organisées", alors que ses RG disaient le contraire (**). McCrystal et Robert Gates ont bien accusé des
"puissances étrangères" d’être derrière les insurgés afghans. Forcément. Obligatoirement. Mais sans arriver à en montrer la preuve. Comme Sarkozy en 2005.
McCrystal a été depuis limogé. Le site au nom de Brice Hortefeux ne
répond déjà plus... (***) serait-ce déjà le symbole d’un échec annoncé ?
(*) ceux-là aussi...
"Arrêtés le 30 juillet par une patrouille de CRS alors qu’ils collaient des affiches appelant à un rassemblement contre la venue de Nicolas Sarkozy dans la ville, les trois jeunes militants communistes étaient accusés d’avoir « porté atteinte à la dignité du chef de l’État ». Emmenés au commissariat, ils sont fouillés puis mis en cellule séparément et passent la nuit en garde à vue sans même avoir été interrogés !" nota : le plus jeune, Gaston à 15 ans. Je n’en ai pas entendu parler ailleurs...
1/ « Un calme apparent règne désormais dans les cités. Le fond du problème ne se résoudra pas uniquement par la proclamation de bonnes intentions et l’annonce d’un déblocage de subventions. »
2/ « Restreindre les derniers événements à de simples violences urbaines serait une erreur d’analyse. Le rétablissement de l’ordre républicain a été accueilli favorablement par la très grande majorité des Français. (…) On peut toutefois redouter qu’il ne provoque un rejet des cités et d’une partie de leurs habitants, ce qui ne fera qu’accroître la fracture entre villes et banlieues, entre jeunes et vieux, Français d’origine et Français issus de l’immigration. »
3/ « Enfin, il est à craindre désormais que tout nouvel incident fortuit (décès d’un jeune d’un quartier) ne provoque une nouvelle flambée de violences généralisées. »
« La montée et la contagion de la violence ont provoqué une prise de conscience collective d’un problème qui n’a rien de nouveau. La France, plus préoccupée par la montée de l’islamisme et d’un terrorisme religieux, a délaissé le problème complexe des banlieues. »
(***) un gag, l’homme est bien présent ici. Dans son
Kaboul à lui. Allez, une mauvaise nouvelle à lui annoncer :
le site de Montreuil-Bellay où les Roms ont été parqués en 1941 par Vichy (ce fut le plus grand site d’internement tsigane en France) a été classé le 2 août dernier monument historique. Joli pied de nez aux ancêtres des détenteurs de Mercedes qu’affectionne tant Brice la honte... le combat de Jacques Sigot a porté !