La civilisation de Gergovie expliquée par le vase de Vix
par Emile Mourey
samedi 18 février 2012
Il fut un temps où les Gaulois étaient des gens normaux, animés d'un certain bon sens. Tout juste après la guerre des Gaules, Strabon, qui reprend le témoignage de Posidonios, nous montre des habitants qui se consacrent pacifiquement aux travaux agricoles dans une Gaule partout cultivée, bref une Gaule tout ce qu'il y a de plus ordinaire, une Gaule pacifiée, très proche de ce qu'elle sera au Moyen-âge. En pays éduen, l'auteur grec nous donne le nom de la capitale, Bibracte, en la qualifiant de "arx", c'est-à-dire de citadelle. Il lui donne une cité au bord de la Saône, Cabillodunum. Il ne signale ni bouleversement urbain, ni nouveauté. Très précis sur l'oeuvre de César et Auguste, il ne signale aucune réalisation impériale dans la région, aucune fondation d'Autun comme aujourd'hui on le prétend pourtant. La capitale éduenne est toujours à Bibracte.
Dans ce Ier siècle d'avant J.C., alors que Rome est déjà bien urbanisée, alors qu'en Palestine, Hérode le Grand a commencé à édifier son temple vers l'an -19, un temple monumental dont Flavius Josèphe nous a donné une extraordinaire description, tout érudit de bon sens devrait comprendre que la thèse d'une capitale des Gaules perdue au fond des bois ne tient pas la route. Une Gaule qui ne jouerait pas dans la cour des grands, c'est absurde ! Rappelons seulement que si Hérode a pu imposer son pouvoir en Palestine dès l'an - 37, il le doit en grande partie à la troupe gauloise qui l'accompagnait, une troupe probablement éduenne (après la reddition d'Alésia de -52, les combattants éduens étaient devenus dépendants de César et de Rome).
Bref, dans la Gaule richement cultivée de cette époque, comme je viens de le dire, on voudrait nous faire croire à une Bibracte sauvage isolée dans les forêts du Morvan. On nous montre une capitale de pauvres maisons de bois, avec comme seuls vestiges de pierre sculptée, une fontaine et un pied de colonne attribués aux Romains. Par comparaison avec le temple d'Hérode, comment se fait-il que les archéologues ne se rendent pas compte de la totale absurdité de leurs thèses ?
Myopie intellectuelle ou décadence héréditaire ayant génétiquement modifié les cerveaux ?
Cela a commencé par la querelle du site de la bataille d'Alésia et cela dure encore. Elle a principalement porté, au niveau universitaire, scientifique et médiatique, sur deux sites : le site d'Alise-Sainte-Reine en Côte d'Or et celui de Chaux-des-Crotenay/Syam dans le Jura. Incapable de traduire correctement le texte de César, incapable de comprendre la logique militaire de la bataille, ce milieu universitaire alimente encore aujourd'hui une presse chaque jour de plus en plus inculte. Chose incroyable, plus les fouilleurs d'Alise-Sainte-Reine mettent au jour les retranchements réalisés par César, plus ils sont contestés.
En Bourgogne, avec l’ouverture prochaine du MuséoParc d’Alésia, nous avons une chance absolument folle, estime Vincent Guichard, directeur de Bibracte. En trois jours, voire en deux pour les plus pressés, sur un arc géographique qui fait 150 kilomètres de longueur, nous allons pouvoir véritablement proposer un parcours complet de ce que nous connaissons des Gaulois, explique-t-il. Ceci dès à Vix jusqu’à la période faste de la romanisation à Autun, en passant par l’épisode douloureux d’Alésia, et enfin, la période de rencontres et de construction sociale et économique à Bibracte. Nous n’avons pas de concurrence sur ce créneau.
Quatre sites, quatre erreurs. Bibracte, erreur de localisation. Autun, erreur concernant la date de sa fondation. Alésia, erreur concernant l'explication de la bataille. Vase de Vix, erreur concernant son origine et son interprétation.
Cratère de Vix : le chef-dœuvre de l'art arverne.
Gergovie tenait-elle deux objets aujourd'hui disparus ? Il faudrait que je l'examine de très près. Dans la main droite, une phialle peut-être ; dans la main gauche, peut-être une cruche. Ou alors, tout simplement rien du tout. Un simple geste pour indiquer la voie droite ? Voyez ci-joint une statuette antique en argent représentant la déesse retrouvée à Saint-Honoré les Bains. Elle offre au touriste l'eau guérisseuse de ses sources thermales.
Décorant les deux anses du vase, voici, là encore, Gergovie, mais cette fois dans son aspect terrible et effrayant. Voici les serpents de la montagne de la Serre ! Voici les deux pattes arrière de la Gorgone qui serpentent, elles aussi, comme dans le chapiteau de Blesle, l'une vers le Puy de la Vache, l'autre vers le Puy de l'Enfer http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/tout-a-commence-a-gergovie-19932. Elles rampent sur le flanc du cratère dans l'aveuglement de leur instinct, irrésistiblement attirées par les puissances infernales qui leur ont donné naissance. Elles rampent vers le royaume de Pluton d'où elles sont sorties, vers les bouillonnements nauséabonds de la lave en fusion.
La Gorgone est née du cratère de la même façon que la Salamandre est née des volcans.
Ce double aspect de Gergovie, ce double visage, est celui de toutes les colonies. Ou bien les colons ne veulent pas mêler leur sang au sang indigène, ou bien ils le mêlent. C'est la réussite ou le drame de la cohabitation de deux races : l'une, évoluée (question de point de vue), aventurière et dynamique qui s'implante, l'autre, barbare (même remarque), routinière, qui résiste ou accepte le progrès.
Comme dans l'homme habitant l'Atlantide de Platon, il y a dans Gergovie la partie humaine représentée sur le vase par la Gorgone (la barbarie) et la partie divine symbolisée par la déesse (la civilisation).
Ecoutez plutôt la parole divine dont nous sommes porteurs, nous les nouveaux colons ! C'est la parole du progrès garanti pour les cités qui se mettront sous notre protection et qui accepteront notre culture grecque… et phénicienne.
Marseille a été fondée par les Grecs au VIème siècle. De deux choses l'une, ou bien les Grecs sont montés ensuite jusqu'au Crest - là où je situe Gergovie - pour y fonder au centre de la Gaule une colonie à laquelle ils ont donné le nom de Gorgona - ce que je ne crois pas - ou bien, ils n'ont pas pu s'y installer pour la simple raison que la place était déjà prise par des Phéniciens/Cananéens. Dans cette deuxième hypothèse, ce serait par dépit qu'ils auraient appelé “Gorgona” cette cité barbare qui n'avait pas voulu plier le genou devant la déesse d'Athènes.
Dans ces deux hypothèses, Gorgona/Gergovie — puisqu'elle existait — ne pouvait ignorer les grandes métropoles de la Grèce, ni celles-ci, la grande métropole des Gaules. Et en effet, voilà notre Gorgone représentée à Corfou au fronton du temple d'Artémis, galopant entre deux panthères et tenant en laisse le cheval Pégase (la Gaule). Elle figure également sur l'égide d'Athéna.
Mais le monde et les hommes étant ce qu'ils sont, il en fut entre Gorgona et les grandes métropoles du vieux monde antique comme il en fut plus tard entre les Etats-Unis d'Amérique et l'Angleterre, entre la France et ses colonies.
Gergovie s'appelait donc Gorgona, et lorsqu'elle enfanta à son tour des colonies en Gaule, elle donna à l'une d'entre elles, au mont Beuvray, le nom de Gorgobina, la petite Gorgone (DBG, VII, 9). Gorgobina, voilà une preuve de plus.
Mon explication du vase de Vix est confirmée par un chapiteau de Blesle.
Coiffée du turban solaire, les cheveux rayonnants répandus sur les épaules, comme habillée par le seul astre du jour, dans une posture hiératique, jambes ouvertes, la Terre s’offre à la fécondation du ciel. Le sexe ouvert en fleur de lotus, elle reçoit les germes de la vie que déversent sur le sol les eaux du ciel dans le ruissellement invisible des corniches du chapiteau.
Notre grande richesse, non délocalisable, c'est notre patrimoine.
Quel est le pays qui sait le mieux mettre en valeur son patrimoine ? L'Egypte avant sa révolution.
Quels est le pays qui mérite un carton rouge dans ce domaine ? Nos collectivités locales qui dénaturent nos sites historiques (Taisey, Mont-Saint-Vincent, Le Crest etc...)
A droite : le lion de Bibracte et la Gorgone de Gergovie sur un bouclier gaulois. A gauche : un guerrier du vase de Vix. Casques, jambières et chars présentent beaucoup de similitudes.
Extraits de mon ouvrage "Histoire de Gergovie" www.bibracte.com
Vase de Vix : photos Wikipédia