La Disparition !

par politzer
lundi 24 août 2026

LA DISPARITION

 

 Comment le rôle du patronat dans l’immigration et la lutte des classes ont été effacés du débat public (1981–2026)

 

La Disparition

Il y a des disparitions visibles, spectaculaires, qui frappent les esprits. Et il y a des disparitions silencieuses, insidieuses, qui modifient un pays sans que personne ne s’en rende compte.

Dans son roman La Disparition, Georges Perec construit un monde où une lettre — le “e”, la plus fréquente de la langue française — s’efface. Cette absence n’est pas un jeu gratuit : elle révèle comment une structure peut s’effondrer sans bruit, comment un élément fondamental peut s’évanouir au point que plus personne ne remarque qu’il manque.

La France a connu une disparition du même ordre. Non pas celle d’une lettre, mais celle d’une réalité sociale centrale :

- le rôle du patronat dans l’organisation de l’immigration,

-et, avec lui, la lutte des classes comme constructeur de la conscience de classe ouvrière

Ce qui était une évidence dans les années 1970–1980 — que la mobilité de la force de travail est un instrument du capital — s’est volatilisé du débat public. Comme le “e” chez Perec, cette réalité a cessé d’exister dans le langage politique. Elle a été effacée, recouverte, remplacée par des récits moraux, humanitaires ou identitaires qui ont masqué les rapports de production.

Cette disparition n’est pas un accident. Elle est un fait politique majeur, un effacement idéologique qui a permis au capital de poursuivre son œuvre : segmenter le prolétariat, neutraliser les revendications, et transformer l’immigration en variable d’ajustement économique.

Ce texte raconte cette disparition. Comment elle s’est produite. Pourquoi elle a été nécessaire à la bourgeoisie. Et comment elle continue de structurer la France contemporaine.

 

CHAPITRE 1 — 1981 : le dernier moment où la lutte des classes structure le discours

Le débat Marchais–Bouygues n’est pas un débat “politique” au sens contemporain. C’est un affrontement entre deux positions de classe :

Marchais (PCF)

Bouygues (capital)

Position bourgeoise assumée :

Ce débat est le dernier moment où la lutte des classes apparaît explicitement dans l’espace public.

Après cela, l'analyse marxiste disparaît.

 

CHAPITRE 2 — La disparition programmée de la lutte des classes

À partir des années 1980, trois processus convergent :

1. Désindustrialisation

La bourgeoisie délocalise la production pour maximiser la plus‑value. Les bastions ouvriers se décomposent. La classe ouvrière perd son poids politique.

2. Mutation idéologique de la gauche

La gauche abandonne la lutte des classes pour adopter :

La critique du capital disparaît. Le rôle du patronat dans l’immigration devient invisible.

3. Recomposition de la droite

La droite déplace le conflit :

Le conflit capital/travail est remplacé par un conflit moral/identitaire.

 

CHAPITRE 3 — L’immigration comme instrument de la bourgeoisie

Dans le marxisme, l’immigration n’est pas un phénomène autonome. Elle est un outil de la bourgeoisie pour :

Ce mécanisme est décrit par Marx dans Le Capital :

la mobilité de la force de travail est une condition de la domination du capital.

En 1981, cette réalité est encore dite. Après 1981, elle devient taboue.

 

CHAPITRE 4 — L’antiracisme moral comme neutralisation de la lutte des classes

À partir de la fin des années 1980, un antiracisme moral, (NUPES ; LFI ; PS) déconnecté des rapports de production, s’impose.

Ce discours a une fonction idéologique précise :

 

1. Il transforme un conflit de classe en conflit moral

Les revendications ouvrières liées à la concurrence sur les salaires sont interprétées comme des préjugés.

2. Il culpabilise le prolétariat

Les travailleurs deviennent “problématiques”, “fermés”, “hostiles”, au lieu d’être reconnus comme victimes d’un rapport de domination.

3. Il blanchit le capital

Le rôle du patronat dans l’organisation de la mobilité de la force de travail disparaît totalement.

L’antiracisme moral devient un outil idéologique pour neutraliser la lutte des classes.

 

CHAPITRE 5 — L’Union européenne : la mobilité comme exigence du capital

Les politiques migratoires de l’UE sont construites autour d’un principe marxiste fondamental :

assurer au capital une force de travail mobile, flexible, segmentée.

Les directives sur :

sont des instruments de la bourgeoisie européenne pour :

Ce rôle du capital est structurel, mais jamais nommé.

 

CHAPITRE 6 — Conséquence : la fragmentation du prolétariat

En effaçant :

le débat public se réduit à :

A. un discours moral (gauche)

qui ignore les rapports de production.

B. un discours identitaire (droite)

qui ignore le capital.

Entre les deux, le prolétariat est :

La bourgeoisie conserve sa domination intacte.

 

CONCLUSION — Le tabou qui protège la bourgeoisie

Ce qui était une évidence en 1981l’immigration est un instrument du capital — est devenu un tabou.

Ce qui était le cœur de la politiquela lutte des classes — a été remplacé par un théâtre moral et identitaire.

Tant que ce tabou persistera, la France continuera de débattre de l’immigration sans jamais nommer ceux qui en tirent profit.

 


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