La fabrication d’un martyr

par sylvain
mercredi 18 février 2026

 

La fabrication d'un martyr : l’extrême droite française et la stratégie trumpiste

Depuis plusieurs années, les violences d’extrême droite connaissent en France une dynamique préoccupante. Les travaux de la sociologue Isabelle Sommier et du programme de recherche VIORAMIL, qui ont recensé plusieurs milliers d’épisodes de violences politiques depuis les années 1980, montrent que les violences physiques visant des personnes sont majoritairement imputables à l’extrême droite, contrairement à une perception médiatique souvent focalisée sur l’ultragauche . Les activistes de gauche dégradent du matériel, ceux de droite des personnes (page 43). Cette dynamique s'accélère depuis les années 2000. 

Mais un phénomène politique plus inquiétant se met en place : la construction médiatique de récits victimaire destinés à criminaliser l’antifascisme dans son ensemble et à présenter l'extrême droite en général comme une victime.

L’affaire survenue à Lyon le 12 février 2026, qui a conduit à la mort de Quentin Deranque, s’inscrit pleinement dans cette logique.

Une instrumentalisation politique immédiate

Avant même que l’enquête judiciaire n’établisse clairement les responsabilités, de nombreux responsables politiques ont attribué le drame à « l’ultragauche » ou à l’antifascisme, certains allant jusqu’à lier directement la gauche institutionnelle à la violence. L’événement s’est immédiatement transformé en crise politique nationale, alimentant une rhétorique sécuritaire et une stigmatisation des mouvements antifascistes.

Or, comme dans de nombreux épisodes similaires, les circonstances exactes sont complexes et font toujours l’objet d’investigations judiciaires. Les autorités ont initialement adopté une position prudente sur le déroulement précis des faits. La proximité de la police en général avec l'extrême droite n'est pourtant plus à démontrer, selon les études, entre 50 et 75 % des effectifs de police et gendarmerie votent RN ou Reconquête. On ne peut donc les soupçonner de complaisance dans ce genre d'affaires. On sait déjà que la plupart des faits repris en boucle par les médias de l'oligarchie sont faux. 

Ce décalage entre prudence judiciaire et certitude politique constitue déjà un indice de la dimension instrumentale de l’affaire. En parrallèle, les faits graves liés à l'extrême droite sont très peu médiatisés. Ici un récapitulatif des faits de violence les plus extrêmes de ces 3 dernières années, en avez vous entendu parler ? 

Une stratégie politique connue : produire un martyr

La construction de figures de victimes héroïsées à des fins d'instrumentalisation du pouvoir n’est pas nouvelle dans l’histoire de l’extrême droite. Elle correspond à un mécanisme classique de mobilisation : transformer un événement violent en symbole émotionnel permettant de justifier répression et radicalisation.

On retrouve ici un schéma déjà observé aux États-Unis sous Donald Trump : dramatisation d’un cas individuel, amplification médiatique, désignation d’un ennemi idéologique, puis légitimation de mesures politiques répressives. L'assassinat de Charlie Kirk a permis a Trump de classer les antifascistes comme organisation terroriste. Quelques heures après son décès, la messe était dite : l'assasin était d'extrême gauche, Charlie allait permettre de les détruire. On n'a toujours aucun fait montrant clairement que Robinson était antifa, ni même d'extrême gauche. L'enquête a même finalement montrée qu'il avait des liens avec les Groypers, groupe d'extrême droite radicale, sans conclure la non plus.

La classification comme terroriste elle n'a pas bougé, et la répréssion bat son plein. Alex Pretti et Renée Good ont immédiatement été qualifiées d'anarcho terroristes après leur assassinat par ICE, sans pour autant aucun lien avéré. Dissolutions sur simple présomption "d'antifascisme", gels des comptes bancaires, l'administration Trump ne perd pas son temps. 

L’inversion accusatoire comme stratégie de pouvoir

Le mécanisme politique à l’œuvre peut être résumé ainsi :

  1. Un événement dramatique survient.

  2. quel que soit son origine, le récit médiatique se focalise sur la victimisation de l’extrême droite.

  3. L’antifascisme est présenté comme menace principale.

  4. Des mesures répressives deviennent politiquement acceptables.

Cette logique correspond à ce que certains chercheurs décrivent comme une stratégie d’« inversion accusatoire », historiquement utilisée par des mouvements autoritaires : incendie du Reishtag, opération Himmler, les "ennemis de l'italie" de Meloni, criminalisation des militants écologistes... 

Le danger ne réside pas seulement dans la violence de rue, mais dans son exploitation politique.

Lorsque la lutte contre le fascisme est assimilée à une forme d’extrémisme équivalente au fascisme lui-même, c’est la mémoire historique du XXᵉ siècle qui se trouve brouillée.

La conséquence potentielle est grave : la criminalisation de l’antifascisme peut devenir une étape vers la normalisation politique de l’extrême droite.

L’affaire de Lyon n’est pas seulement un fait divers tragique. Elle révèle une transformation plus profonde du champ politique français : la capacité croissante de l’extrême droite à imposer ses cadres narratifs et à déplacer la perception publique de la violence politique. Ce déplacement n'est pas mystérieux, la plupart des médias français appartiennent aujourd'hui à des milliardaires d'extrême droite ( Bolloré, Arnault, Stérin... ). L'extrême centre au pouvoir a lui clairement changé son fusil d'épaule et fait de la gauche (réelle) son ennemi systémique. L'ensemble de l'oligarchie française se trouve donc actuellement à l'extrême droite ou proche de l'extrême droite

 


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