La face cachée de l’affaire Petraeus (Episode 4/6)

La face cachée de l’affaire Petraeus (Episode 4/6)

par morice
lundi 24 décembre 2012

Lorsque Ted Humphries débarque à Seattle puis à Port Angeles pour interroger notre algérien poseur de bombes, pour commencer son enquête qui le mène tout de suite au Canada, il ignore encore le nombre de terroristes potentiels que ce pays héberge. Effaré, il ne pourra que constater qu'un véritable laxisme sur le contrôle de l'accueil des émigrés a fait du pays un paradis pour les poseurs de bombes islamistes algériens. Ces derniers sont en pleine période de recherche d'explosifs nouveaux, abonnés aux sites internet jihadistes dont ils ignorent que la plupart sont des émanations de services secrets : Le MEMRI, par exemple, qui est dirigé par un ancien responsable du Mossad est l'exemple-type à retenir. Dans ces sites de propagation d'idées jihadistes (même si le MEMRI clame l'inverse !) entre deux sanglantes décapitations d'otages, on va soudainement voir apparaître des nouvelles recettes d'explosifs, ou plutôt des adresses de sites pour les fabriquer, des explosifs aux noms cabalistiques tels le TATP et le HMTD sous lesquels se cachent des explosifs ingérables, car bien trop instables, qui vont rendre la vie impossible à ceux qui vont tenter d'en fabriquer. Nos apprentis terroristes canadiens d'adoption vont tenter de le faire, eux aussi, aidés par une législation assez peu ferme sur la détention de matières pouvant servir à fabriquer des bombes de ce type. La plupart ont été formés aux explosifs en camp afghan ou pakistanais, comme celui de Khalden, géré par un personnage fort particulier - Abu Zubeïdah- (il est incapable de tirer au pistolet ou au fusil) et renvoyés ensuite chez eux pour commettre des attentats : dans la forme, on est loin des opérations comme celle du 11 septembre, et fort proche de la réalisation des attentats français de 1995 : une couscoussière ou une cocotte-minute remplie de poudre noire, de clous et de boulons reste la norme la plus répandue (et l'une des plus dévastatrices aussi !). C'est la filière du GIA ou du GSPC qui a ensanglanté l'algérie qui continue, davantage qu'un quelconque mouvement organisé sous le nom d'Al-Qaida. 

Le formateur douteux d'Ahmed

A partir de ce moment là, Ahmed Ressam s'est mis lui aussi en tête de fabriquer une bombe, pour attaquer les USA : pour cela, il se fait aider par l'un de ceux qui squattent avec lui l'appartement de la Place de Malicorne, Mourad Ikhlef, qui avait fui l'Algérie en 1992 après avoir fait exploser une bombe à l'aéroport d'Alger qui avait fait 11 morts et blessé plus de 100 personnes. C'est très certainement pour ça, sur les conseils d'Ikhlef, que l'objectif choisi sera celui du Los Angeles International Airport et la date... autour de l'an 2000, pour marquer davantage les esprits. Trois autres complices algériens sont recrutés : Abdelmajid Dahoumane, Mokhtar Haouari, et Abdelghani Meskini. Les quatre sont en contact à Londres avec l'extrémiste du GSPC Amar Makhlulif, alias Rachid Boukhalfa, plus connu sous le surnom d'Abu Doha, qui sera arrêté à Heathrow en février 2001. C'est aussi le responsable de la tentative d'attentat de Strasbourg ! C'est dans un motel de Vancouver à petits bungalows séparés que les deux lascars vont préparer pendant 15 jours leurs bombes, en mélangeant des produits chimiques qui vont alerter la femme de chambre, qui constate aussi qu'ils laissent les fenêtres ouvertes, la nuit, alors que la température descend déjà à cette époque. Il vont tenter de fabriquer un lot d'HMTD, composé d'hexamine, d'acide citrique et de peroxyde d'hydrogène et un mélange voisin du C4 comme explosif, tout en se réservant la possibilité de faire plus simple, à base d'engrais, achetés en masse juste auparavant. Façon Khelkal : toujours la même méthode !

Un formateur et des amis douteux

Les algériens anciens du FIS et du GIA constituaient donc bien le noyau dur de la cellule canadienne : "la cellule des faussaires algériens de Montréal à son quartier général dans l'appartement de la rue Malicorne. Dans ce haut lieu du trafic de documents, vivaient Mustapha Lapsi, 25 ans, emprisonné en Irlande pour avoir subtilisé un passeport belge, et Nourredine Saïdi, un ami intime de Fatah Kamel avec lequel il fut arrêté en Jordanie. Nasreddine Helal, un autre algérien arrêté en France, était également membre du groupe, qui comptait Mourad Ikhlef. Emprisonné à Montréal, cet ex-militant du FIS risque d'être extradé vers l'Algérie où la justice l'a condamné dans l'affaire de l'attentat de l'aéroport Houari-Boumediène. Le cas le plus mystérieux est celui d'un ressortissant algérien répondant au nom de Ahcène Zemmiri (ici à droite), un ancien du FIS, qui était parmi les personnes fréquentant la bâtisse de la rue Malicorne. La presse canadienne s'est interrogée sur le lien de parenté qu'il pourrait avoir avec Omar Zemmiri, capturé par la police belge et inculpé avec le groupe de Roubaix. L'autre Algérien, cité dans les documents de la police canadienne, est Raouf Hanachi, un ex-vendeur de la revue Al Ansar du GIA qui a combattu en Bosnie. Ce dernier aurait été en contact avec les résidents de l'appartement de la rue Malicorne, comme d'ailleurs Hamid Aïch, un propriétaire d'un magasin d'informatique, et Abdelmajid Dahoumène, l'un des complices d'Ahmed Ressam qui a été arrêté en Algérie suite à des renseignements donnés par les services américains. Ces derniers continuent cependant à soupçonner Redouane Dahmani, auditionné par le tribunal fédéral de l'Arizona, d'avoir des liens avec le terroriste algérien Abou Doha. Emprisonné à Londres, il est présenté sous le nom de Amar Makhloufi. Abou Doha risque l'extradition vers les Etats-Unis car il est cité dans plusieurs témoignages liés au 11 septembre." Effarant bilan, auquel on peut ajouter un autre homme : "mais le plus subtil des faussaires algériens c'est bien sûr Samir Aït Mohamed, emprisonné actuellement à Vancouver, au Canada, en attendant son extradition vers les Etats-Unis. Arrivé en Allemagne en 1990 avec un faux passeport italien, il a fini par falsifier un autre passeport hollandais pour aller en Finlande. La police d'Helsinki a fini par l'arrêter puis a décidé son expulsion vers l'Allemagne où il présenta une demande de réfugié sous un faux nom. En 1994, il décide de falsifier un passeport français pour aller cette fois-ci aux Pays-Bas. Après quelques jours dans ce pays, il retourne en Allemagne. Mais au cours du mois de juillet 1997, il a réussi à falsifier un autre passeport belge pour s'installer définitivement à Montréal, où il a fait connaissance avec Ahmed Ressam. Samir Aït Mohamed et Ressam ont à eux deux totalisé un nombre de 57 actes de vol et de cambriolage. Cette toile d'araignée est tissée autour de Fatah Kamel et ses acolytes, ayant participé à la guerre de Bosnie, qui constituent les réseaux de la connexion terroristes-faussaires à travers le monde." Fatel Kamel, l'ami de Ressam.

De forts étranges amis !

Samir Aït Mohamed est une des connaissances de Ressam, et ça, notre héros du jour l'à appris assez vite, comme il a dû apprendre au même moment qui était véritablement Samir Aït Mohamed : "en effet, c’est sur la base de témoignages sous serment que le terroriste algérien Ahmed Ressam (détenu à Seattle) avait communiqué à Frederick Humphries, agent spécial du FBI, les détails de ses liens avec Samir Aït Mohamed. Il (Ressam) prétendit que son ami lui avait proposé de poser une bombe dans un quartier juif de Montréal (Canada) et lui avait donné les instructions nécessaires pour la conduite de l’opération visant l’aéroport de Los Angeles. Les allégations de Ressam vont jusqu’à imputer à Aït Mohamed l’appartenance du pistolet automatique 9 mm trouvé lors de la perquisition effectuée par la police canadienne dans l’appartement de Ressam à Montréal (décembre 1999)." Jusqu'ici rien d'extraordinaire et qu'on ne sache déjà. Sauf qu'il y a un hic à cette histoire, et un énorme, nous rappelle le très bien informé "Algérie.dz" : "cependant, la situation était délicate pour le FBI, car, en réalité, le ressortissant algérien est un informateur travaillant pour le compte du SCRS. Le journaliste Mike Carter de Seattle Times a pu apprendre que cette personne a été recrutée par l’office du renseignement canadien avant son arrivée au Canada. Les autorités de cet organisme lui ont fait miroiter la citoyenneté canadienne et l’immunité contre toute poursuite criminelle dès le début de la prise de contact en Allemagne, contact entrepris exactement en juillet 1996. A cette date, les Canadiens ont manifesté un grand intérêt pour comprendre l’activité terroriste en Europe, et Samir Aït Mohamed, par sa double qualité de bandit et de gangster islamiste, était l’élément parfait pour assurer la mission d’informateur. Le contrat fut donc signé en Allemagne dans une période de vaches maigres pour le ressortissant algérien".

En voiture pour un massacre

La Chrysler 300M sedan louée pour l'occasion embarque sur le ferry M.V. Coho qui fait la liaison de Victoria, B.C (Canada). à Port Angeles dans l'Etat de Washington (aux USA) en ce 14 décembre 1999. Une policière (ils étaient en fait quatre policiers dont Diana M. Dean) un tantinet curieuse les coince aussitôt, et les arrête après une course poursuite sur un parking. Le projet d'attentat a vécu : dans le coffre de la voiture qui était la toute dernière à descendre du ferry ce jour-là !), à l'emplacement de la roue de secours, les policiers trouvent une poudre blanche dans des sachets verts : ce n'est pas de l'héroïne mais de l'explosif ! Le problème, c'est qu'il y en a 130 kilos... au total !

"Il n'est pas de Montréal"

On possède des documents sur le premier interrogatoire d'Humphries sur Ressam en compagnie de l'agent Gahan : "le détenu, Benni Noris, semblait ne parler que français. Gahan ne le parliait pas, de sorte qu'il a appelé Humphries - qui avait appris le français en tant que lycéen en Ontario, au Canada - pour se faire aider. "Donnez-moi quelques minutes pour me rendre au bureau", Humphries a dit à Gahan. Quand il est arrivé en ville, Humphries a obtenu une copie de la norme Miranda-des droits en français. Il a appelé les douanes à Port Angeles et a parlé au suspect sur un haut-parleur. Humphries a lui a Noris ses droits en français. Puis il a demandé : "voulez-vous parler de ce qui est arrivé ?" Voulez-vous parler de ce qui s'est passé ? "Non monsieur, je ne veux pas en parler, non, monsieur, je ne veux pas en parler. Cette seule phrase a indiqué beaucoup à Humphries. Il a demandé à ce que Gahan désactive le haut-parleur et obtienne la ligne Est-ce qu'il a une carte d'identité", votre mec ? A demandé Humphries. Un passeport canadien et un certificat de baptême de Montréal, avec le nom de Benni Antoine Noris, fut la réponse. "Il n'est pas possible ce mec est bien celui qu'il prétend être", a déclaré Humphries. "Il ne peut pas être de Montréal. L'agent connaissait le français québécois - et ce n'était pas ça. L'accent, pensait-il, ressemblait à celle d'un professeur de langue qu'il avait dans l'armée - un homme venu d'Algérie. Les responsables d'Humphries, et de Gahan et les autorités ont décidé de détenir le suspect soupçonné d'usurpation d'identité. Ils avaient besoin de gagner du temps pour régler cette question. Le lendemain matin, Humphries a écrit son « 302 », le angage du FBI pour la forme utilisée pour détailler les événements de la nuit précédente. Il l'a donné à Bob Houston, qui supervise les agents sur le bureau du contre-terrorisme à Seattle, Houston attendait de renvoyer l'affaire à un agent plus expérimenté. Houston a remis le rapport à Humphries. Tu ferais mieux de le garder pour ton dossier, a-t-il dit. Le cas était le sien. Il avait déjà aidé sur un certain nombre d'enquêtes pénales, mais on n'avait jamais attribué le sien (...) Il était là, avec son propre cas envergure internationale. C'était une énorme responsabilité - la coordination avec les procureurs fédéraux, l'attribution des tâches, des entrevues et de garder une trace des preuves". Sa carrière ne faisait que débuter, et il lui fallait démêler au plus vite tout l'écheveau d'une filière complète de terroristes en puissance.

Au Canada, le leader s'appellait Fatah Kamel, arrêté en Jordanie

Le FBI est passé à côté du principal personnage, arrêté par les français, à son expatriation de Jordanie nous rappelle le Matin d'Algérie du 39 septembre 2002 : "L'Algérien Fatah Kamel est le maillon de cette toile d'araignée. Né le 14 mars 1960 à El Harrach, il a émigré au Canada en 1987 avant d'intégrer « les brigades des combattants musulmans en Bosnie-Herzégovine ». Il est actuellement emprisonné en France après avoir été expatrié de Jordanie. Il a été condamné à huit ans de prison. Durant son séjour à Montréal, Fatah Kamel prenait en charge la diffusion du bulletin de GIA, Al Ansar, édité à Londres par Abou Hamza Al Misri. Malgré sa réputation d'activiste islamiste, il a continué à utiliser son passeport algérien dans ses déplacements à travers le monde et dans ses demandes de visa Il a même bénéficié en 1995 d'un renouvellement de son passeport alors qu'il était déjà connu pour ses activités de subversion à la mosquée Assunna de Montréal. Spécialiste également dans la contrefaçon, Kamel avait une activité professionnelle légale : représentant de la société Mandygo (appartenant à son beau-frère) qui faisait dans l'importation des cigares cubains. Son casier judiciaire parle de lui : il s'est illustré aussi par des actes de banditisme et des agressions répétitives commis à Montréal. <img121139|rightIl a été appréhendé à plusieurs reprises, en 1996, pour vol qualifié. Ces actes seraient, selon certains enquêteurs, des tentatives de Kamel Fatah pour brouiller les cartes et faire diversion sur ses liens avec le terrorisme islamiste. Lors de sa comparution devant le juge pour ces affaires de vol, il avait choisi pour sa défense un avocat juif d'origine marocaine, en l'occurrence Joseph El Fassi, celui-là même qui avait pris en charge le dossier de Mokhtar Houari, le complice présumé d'Ahmed Ressam. Fatah Kamel faisait équipe avec trois autres Algériens dont deux mineurs, frappés jusqu'à ce jour par une ordonnance de non-publication" Un Kamel remontant jusque Zoubeidah : "les dernières investigations de la police canadienne ont permis d'établir des liens entre Fatah Kamel et Abou Zoubaïdah, le sergent recruteur de Ben Laden qui est resté au Pakistan, et Omary Mohamed, un ingénieur ayant émigré au Canada en 1987 et également diplômé de l'Ecole des hautes études commerciales. Vivant à Montréal, Omary a un enfant, prénommé Oussama, celui-là même que la police montréalaise a trouvé chez Kamel Fatah au moment de la perquisition de son domicile. Les documents policiers démontrent aussi que Omary et Kamel ont été arrêtés en 1994 par la police autrichienne au niveau des frontières austro-hongroises. Ils étaient en route vers la Turquie".  Un Kamel qui fait lui aussi retomber sur ke gang de Roubaix  : "ces deux individus officiaient auparavant dans l'hôpital de Zenica où ils ont connu un certain Abdallah Ouzeghar, qui est toujours réclamé par la France pour purger une peine de cinq ans de prison dans le cadre de jugement du groupe de Roubaix impliqué dans les attentats de 1995. Depuis cette année, Ouzeghar est citoyen canadien et il vit à Hamilton, non loin de Toronto, où il est poursuivi dans une affaire de falsification de passeports. Son complice n'est que Choulah Zoheir, (en photo à droite) un Algérien qui est actuellement emprisonné en France, comme d'ailleurs Saïd Athmani qui a été arrêté à Nigara Fallas puis extradé vers la Bosnie (il a obtenu en 1994 la nationalité bosniaque). Athmani fut invité à Montréal par Fatah Kamel, qui avait connu l'homme à Zenica, en Bosnie. Il est arrivé, selon les enquêteurs, à bord d'un bateau clandestin qui avait accosté en 1995 à Halifax (Nouvelle-Ecosse, Canada)." Kamel, après avoir purgé sa peine (il avait été condamné à 8 ans par la justice francaise le 6 avril 2001, ainsi qu'à interdiction définitive du territoire français), était retourné en 2005 au Canada, pour faire reparler de lui en 2010.

Un USS Cole avant l'heure ?

Selon lui toujours, cette survelllance (ou plutôt ici la chance !) aurait permis à un attentat d'être déjoué... mais dans la corne de l'Afrique  : "Au Yémen, un destroyer de la marine américaine prévoyait de mouiller dans le port d'Aden, dans le cadre de l'effort du CENTCOM en vue d'améliorer les contacts et la coopération entre forces armées. Le destroyer, qui portait le nom de quatre frères morts sur le même navire pendant la Seconde Guerre mondiale, était le USS The Sullivans (en photo à gauche). Comme nous l'apprîmes plus tard, Al-Qaida l'avait en ligne de mire. Un petit bateau chargé de puissants explosifs entrerait en collision avec le destroyer. Cette attaque devait avoir lieu en même temps que d'autres : l'aéroport de Los Angeles volerait en morceaux, l'hôtel Radisson d'Amman se transformerait en un nuage de poussière, les touristes chrétiens seraient abattus au mont Nebo. La cellule yéménite savait peut-être, au moment où le bateau fut chargé d'explosifs, que leurs plans à Los Angeles et à Amman avaient été déjoués. Ils savaient peut-être aussi que les Américains n'avaient découvert qu'une partie du complot.  Lorsqu'ils poussèrent le bateau sur l'eau, celui-ci s'avança dans le port puis coula. Les explosifs étaient trop lourds". C'était 10 mois à peine avant l'attaque de l'USS Cole (survenue le 12 octobre 2000), avec exactement le même scénario, que l'on aurait reproduit à la lettre !! Comment peut-on à 10 mois d'intervalle prendre connaissance d'un type d'attaque, et ne pas savoir empêcher la suivante ? Encore un mystère de cette saga du terrorisme parfois surveilé... et parfois laissé sans surveillance... ce qui s'appelle aussi un laisser faire, laisser aller... intentionnel.

Apparition de l'homme au torse nu

C'est alors qu'on en est toujours à filmer Ben Laden, bien avant de fouiller les cimetières, en tentant de trouver un moyen pour le tuer, et avant de tuer des civils en les prenant pour lui, qu'intervient Humphries, appelé par l'un des policiers des douanes de Port Angeles, qui ne sait que faire avec un prisonnier qui ne sait parler que.... français., et qui s'appelle Benni Noris sur sa carte d'identité. Français, et non canadien, ce qui aurait mis tout de suite en éveil Humphries ! La prise qui semble anodine intrigue en effet par le fait qu'il ne parle quasiment que le français ou l'arabe. Finalement, la John O'Neill, à la tête de la FBI's National Security Division de New York lui conseille de sauter dans le premier avion pour Paris et de foncer rencontrer le juge Bruguière, qui connait le mieux la filière algérienne, selon le patron du FBI : il a demandé dès 1995 de surveiller les cellules dormantes de Montréal, ce que les canadiens n'ont pas fait "Humphries a parcouru près de 300 000 miles, de la France vers l'Algérie, l'Allemagne et l'Angleterre, en essayant d'établir des liens de Ressam avec des terroristes islamiques. Il a parlé constamment avec Bruguière, obtenu des conseils, partagé des informations quand il le pouvait (...).Les deux enquêteurs ne seront pas au bout de leurs surprises : "en mai 2000, le procureur fédéral et Humphries ont visité le siège social de Montréal du Service canadien du renseignement de sécurité. Ils ont appris pour la première fois que le SCRS avait intercepté plus de 400 heures de conversations entre Ressam et son "groupe de gars." Ils ont été déçus d'apprendre que le SCRS avait systématiquement effacé ces bandes, et qu'il n'en restait plus que les résumés dactylographiés uniquement. 300 000 km pour faire la cartographie du réseau et découvrir les cellules les plus actives ; celle de Bruxelles, ou sévit la veuve noire, celle de Francfort, l'une des plus actives dans le recrutement de kamikazes européens, envoyés en Irak combattre via un passage par la Syrie, ou la cellule de Hambourg d'où partiront les terroristes du 11 septembre : il en a appris, en quelques semaines, des secrets, notre jeune débutant du FBI. De quoi remplir de beaux cartons... ou de feuilleter de beaux classeurs, et de se poser plein de questions sur le contrôle ou la manipulation de ces fameuses cellules dormantes.

L'interrogatoire mené par Humphries

Humphries, lui, passera du temps après l'arrestation, à interroger son "client" en compagnie d'Enrique Ghimenti, attaché au bureau de Paris du FBI, qui avait eu connaissance du dossier Zacarias Moussaoui, qu'il avait suivi depuis 1995. Au total, il passera 265 heures à l'interroger, assisté d'autres agents parfois, dont Margaret Cronin. Et ce qu'il en tirera sera conséquent : "le 10 mai 2001, l'agent du FBI Fred Humphries interrogé Ressam, le premier des dizaines d'interviews qu'il fera. L'information a été inestimable - et terrifiante. Ressam témoignera dans le procès de Mokhtar Haouari son complice, ce qui donne un compte rendu détaillé de son temps dans les camps d'Al-Qaïda et son complot pour faire exploser l'aéroport. Il a expliqué comment il a été recruté à Montréal et canalisé vers les camps de Ben Laden. Il a parlé en détail de la formation avec armes fournies par les talibans. Il a informé sur Abu Zubeïdah, Abou Doha et d'autres hauts responsables d'Al-Qaïda. Il a fourni les noms des combattants du djihad qu'il avait rencontrés dans les camps. Il a révélé qu'il avait envisagé de faire exploser un bureau du FBI et de l'ambassade d'Israël à Washington, DC Il a également confirmé l'une des plus grandes craintes de la CIA, le FBI et d'autres agences de renseignement : les camps avaient formé des milliers d'hommes dans la guerre chimique. Ressam a dit un Humphries qu'il avait mis un jour un masque à gaz, puis avait regardé comment l'instructeur avait mis un petit chien dans une boîte. L'homme avait ajouté une petite quantité d'acide cyanhydrique et d'acide sulfurique, ce qui crée des gaz toxiques. Le chien s'est convulsé et est mort aussitôt. Si vous placez cette boîte gaz de cyanure près de l'entrée d'air d'un immeuble de bureaux, l'instructeur avait dit, plusieurs personnes peuvent être tuées". Lors des multiples interrogatoires, le temps s'était allongé, et on s'était retrouvé ainsi au 11 septembre 2001. A la télévision, Humphries et Ghimenti voient alors les attentats : le lendemain même, ils obtiennent l'autorisation exceptionnelle de s'envoler pour... Paris, pour y rencontrer Bruguière, et évoquer le cas de Zacarias Moussaoui ! Ressam avait bien avoué l'avoir rencontré au camp de Khalden en 1998... mais il ne reconnaîtra pas un seul des 19 terroristes à bord des avions du 11 septembre ! 


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