La glorieuse époque où L’Écho de Paris applaudissait à la mise à genoux de l’Allemagne pré-hitlérienne

par Michel J. Cuny
mercredi 6 août 2025

C’est que l’ennemi héréditaire allemand aura très tôt montré qu’il n’était pas disposé à se laisser faire. En conséquence de quoi, il allait devoir payer de son sang ce que les Français voulaient d’abord traiter comme une vaine fanfaronnade.

Nous laissons à Pertinax le soin de nous en dire davantage dans le numéro du 1er avril 1923… Faut qu’ ça saigne !
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k811024b/f1.image.zoom

« À Essen, des ouvriers de Krupp attaquent un détachement français
Nos soldats font feu. Il y a 5 ou 6 tués et 31 blessés
La provocation des directeurs des usines est formellement établie »

C’était le titre… Voyons quelques extraits de la suite…
« Un incident assez grave s’est produit hier matin, aux usines Krupp. Un petit détachement français chargé de réquisitionner des automobiles a dû ouvrir le feu sur des ouvriers mobilisés à son approche et qui l’accablaient de coups de pierre. Cinq d’entre eux ont été tués. »

C’est déjà ça de moins… Et les voici, qui commencent même à devoir plier, mais c’est pour mieux nous trahir… avec les Britanniques :
« […MJC] afin de maintenir l’activité des usines, le Reich procède à de grands achats des matières premières et des produits semi-ouvrés qu’il ne trouve plus sur la rive droite du Rhin. Hier matin même, le Times publiait des renseignements montrant tout le profit que les industries anglaises tirent de cet état de choses. Nous y lisons, par exemple, que toute la production des mines anglaises du mois d’avril est déjà vendue, etc. La contrepartie de semblable politique peut être découverte dans le bilan hebdomadaire de la Reichsbank. »

Mais ils ne perdent rien pour attendre…
« Quand l’Allemagne ne pourra plus la nourrir, la Ruhr se retournera vers nous. Nous l’organiserons alors pour le paiement des réparations, qu’il se trouve ou qu’il ne se trouve point, à Berlin, de gouvernement capable de consacrer d’une signature le fait accompli. »

Chic ! Ils risquent même de ne plus avoir d’État !... C’est vraiment le moment d’y aller, les gars !

Entrons maintenant dans les détails qui nous sont fournis, sur la même page, par une dépêche de l’agence Havas, sous deux titres différents :

L’agression
« Essen, 31 mars. – Au cours d’une réquisition d’automobiles effectuée à Essen, aux usines Krupp, un détachement chargé d’occuper le garage et composé d’un lieutenant et de 11 hommes a été assailli ce matin, à 8 heures, par les ouvriers de l’usine, appelés par les sirènes. Les ouvriers ont attaqué le détachement en lui lançant des pierres et en le menaçant de revolvers. Ils essayèrent, en outre, de diriger sur le détachement des jets de vapeur. »

La riposte
« Pour se dégager, le poste français, après avoir tiré en l’air et fait les sommations réglementaires, a ouvert le feu. Cinq ou six ouvriers ont été mortellement atteints. Une trentaine ont été blessés. Du côté français, aucune perte n’est à signaler. Des auto-mitrailleuses et des tanks ont été immédiatement envoyés sur place pour reprendre et assurer la réquisition ordonnée. Des sanctions rigoureuses sont en cours d’exécution. »

Rien qu’une petite tuerie, comme cela, en passant… Tandis qu’il n’y a plus guère d’État allemand (en attendant le pire, mais ce n’est pas pour avant quelques années). N’empêche, c’est un peu le bazar, ainsi que le constate une note non signée publiée dans le numéro du 28 avril 1923 de L’Écho de Paris, sous le titre Collision sanglante à Munich entre socialistes et nationalistes.
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k8110517/f3.item.zoom#

(De notre correspondant particulier)
Berlin, 27 avril. – Le Vorwaerst reçoit de Munich la dépêche suivante :
Hier soir se sont produites de graves rencontres entre les socialistes et les nationalistes connus sous la dénomination fallacieuse de socialistes-nationaux.
Le groupe des jeunesses socialistes de Neuhausen tenait sa réunion ordinaire à l’auberge de la Valkhalle. Vers neuf heures, les groupes de nationalistes marchèrent sur l’auberge. Les membres du groupe voulurent à toute force pénétrer dans l’établissement pour mettre à mal les jeunes socialistes en nettoyant les lieux. Finalement, arrivèrent quelques agents de police qui, étant donnée la situation menaçante, appelèrent aussitôt des renforts à l’aide de signaux, puis se déployèrent en tirailleurs et se préparèrent à tirer. De leur place, les nationalistes firent feu les premiers et tirèrent une trentaine de coups de fusil sur les personnes qui se trouvaient devant l’auberge et sur les agents. Un socialiste fut grièvement blessé au mollet ; un autre reçut trois balles dans le dos et eut les poumons perforés.
Lorsque les agents furent invités à faire feu, ils répondirent n’avoir pas l’ordre de tirer.
La Munchner Post écrit que l’agression avait été préparée et organisée de longue date.
La Munchner Zeitung dit qu‘au cours de cette attaque, quatre personnes ont été si grièvement blessées qu’elles durent être transportées d’urgence à l’hôpital. »

Avec André Pironneau, reprenons la belle chronique du piétinement de la population travailleuse allemande dans la Ruhr par une France qui se prépare, en toute conscience, des bâtons pour se faire battre. Il s’agit du numéro de L’Écho de Paris du 11 juin 1923.
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k8110954/f1.image.zoom

« Résistance « passive »
Deux sous-officiers français assassinés par des Allemands à Dortmund
Ils ont été abattus à coups de revolver, la nuit, en pleine rue »

« Trois civils allemands ont assassiné, samedi soir, à Dortmund, deux sous-officiers français. Une enquête est ouverte !... mais deux tombes aussi, et véritablement, à voir s’allonger la liste des violences dont nos soldats, nos cheminots ou nos fonctionnaires sont les victimes quotidiennes dans la Ruhr, on est en droit de se demander s’il n’y a pas à la disposition de notre haut commandement, une méthode qui ne consiste pas à simplement attendre que le crime soit commis pour le punir, mais qui le prévienne au contraire, et sache, par l’appareil d’une force visiblement déployée, décourager les intentions homicides d’un irréconciliable ennemi.  »

Voilà donc du… Pironneau. Il l’a écrit : « un irréconciliable ennemi », et en appelant à ne pas même se donner la peine de n’agir qu’après la commission d’actes de rébellion… Il faut déployer, visiblement, quoi ? Autant le dire tout de suite, et nous en trouverons la confirmation plus tard : L’Écho de Paris (organe officieux du Haut-État-Major français) était lu et analysé… en Allemagne. À cela, rien d’étonnant. Mais autant le savoir.

Voici la suite… Et à bon entendeur, salut !...
« L’Allemand n’est accessible qu’à la crainte, et la consigne qu’on doit « lasser la violence par la patience » a marqué notre faiblesse, atteint notre prestige et permis bien des audaces. »
« Le crime de Dortmund appelle un châtiment exemplaire ; il doit être pour notre haut commandement l’occasion de mesures décisives qui, appliquées plus tôt, auraient peut-être évité l’attentat que nous déplorons aujourd’hui. Et si ces mesures dépassent l’initiative du commandement, elles peuvent lui être ordonnées. »

Là, manifestement, faudrait un De Gaulle. Malheureusement, il n’existait pas encore sur le marché des futurs hommes forts et décidément prêts à tout.

Qu’on se rassure, le moment venu, notre Dédé ne le raterait pas !

Michel J. Cuny


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