La laïcité, rien que la laïcité, mais toute la laïcité, Messieurs Macron, Guaino, Devers
par politzer
mercredi 13 décembre 2023
La laïcité telle qu’elle figure dans la constitution française est une notion complexe, mal comprise des pays étrangers ,et des français eux-mêmes, du fait des différentes étapes institutionnelles de sa mise en place depuis le 18 ème siècle.
On oppose volontiers aujourd’hui deux conceptions de la laïcité : d’une part, une laïcité pure, intransigeante, fermée, et suspecte d’intolérance vis-à-vis du fait religieux, et des citoyens croyants, quelle que soit leur religion ; d’autre part, une laïcité ouverte, flexible, capable de composer avec la diversité des manifestations sociales du fait religieux, et de ce fait jugée plus inclusive.
Historiquement, plus d’un siècle avant la loi de 1905 de séparation de l’église et de l’état, la laïcité est bien issue de la révolution française et de ce grand mouvement d’émancipation vis-à-vis d’une société d’ancien régime, construite sur un modèle féodal avec un pouvoir politique issu d’un droit qualifié de divin. L’autonomisation du champ politique, par rapport à l’église et à la religion, actée en 1795 par le décrêt du 3 ventôse de l’an III ( 21 février) procède d’une substitution de la rationalité à cet ordre social théocratique. La croyance devient un acte individuel, parfaitement légitime en tant que tel, mais qui ne saurait faire droit dans l’espace public des raisons scientifiques, et des débats démocratiques faisant appel à l’argumentation. Loin d’être hostile aux faits religieux et aux croyances, la laïcité se contente de délimiter leur sphère d’exercice, rendant possible ainsi la cohabitation pacifique de dogmes religieux différents, qui avaient générés des guerres sanglantes -entre catholiques et protestants en France- lorsqu’elle n’existait pas. Il s’agit bien d’une reconfiguration -d’ampleur et majeure- de l’espace social, précédemment organisé et dominé par l’ordre religieux. Elle opère d’une « délimitation » au sens d’un cadre et, non une limitation ou destruction des croyances religieuses, qui doivent occuper une autre place, mais qui en conservent bien une, et qui leur est reconnue, officiellement. La laïcité offre un espace de coexistence, compatible avec la « liberté des consciences » - au sens des croyances - comme l’indiquent les articles de la constitution qui introduisent cette expression. De ce fait, le concept de laïcité est inséparable de l’idée d’égalité des citoyens, de sorte que l’autorité publique et ses représentants qui en sont garants, veillent eux-mêmes à respecter cette délimitation, et même à l’incarner, par une neutralité. Ceci explique les différences culturelles quant au fondement de l’ordre politique, en France et aux Etats Unis, où un serment sur la bible est possible lors de l’investiture du président.
Il ne saurait donc y avoir deux versions de la laïcité. Son concept implique la stricte séparation des deux ordres : celui de la raison et celui de la croyance. C’est en voulant l’estomper et la brouiller, que l’on risque de fragiliser cet espace public qui est justement garant des croyances individuelles. L’émancipation intellectuelle opérée par la laïcité est la meilleure garantie du respect des croyances religieuses, du respect de la diversité de celles-ci au sein d’un même pays. Elle respecte aussi ceux des citoyens qui n’éprouvent pas le besoin de telles croyances.
La laïcité a des conséquences importantes sur la conception de l’école publique ; celle-ci ne doit enseigner que des « vérités » disait Condorcet, consacrant la seule légitimité des discours positifs des sciences dans l’espace scolaire, qui ne saurait aborder les questions des croyances ou des opinions que sous l‘angle de leur facticité, par l’histoire, la sociologie, l’anthropologie, la philosophie et l’épistémologie.
La résistance aux arguments logiques, déployés pour expliciter ce qu’est la laïcité, n’est qu’un exemple de plus de la force, non pas tant des croyances religieuses elles-mêmes, que des intérêts et positions sociétales auxquelles elles sont attachées, à des degrés et sous des formes différentes d’une religion et d’une culture à l’autre, qui expliquent qu’au 21è siècle, il soit encore nécessaire de réitérer patiemment l’évidence d’une notion, dont il convient d’espérer néanmoins l’essor.