La liberté d’expression et le respect de l’autre
par Mohamed BOUHOUCH
samedi 17 janvier 2015
Les guerres et les heurs quotidiens entre les religions ont fait leur temps. Mais des sensibilités restent encore très vivantes, surtout entre Israélites et Musulmans, toujours rattachés à leurs traditions, leurs cultures et leurs croyances. Les événements qu'a connu la France ces derniers jours, confirment nos propos.
Nombreux sont des journalistes français et européens en général, trop emportés par leur idée de la laïcité et leur attachement à la liberté d'expression dont ils ont tendance, souvent, à en exagérer l'usage, trop nombreux donc sont ceux qui se croient tout permis, pour s'attaquer à des vies privées ou à des symboles religieux sacrés. ET LE prophète MAHOMET EN EST UN.
Le comportement de l'auteur de Charlie Hebdo relève d'un manque de culture générale et plus particulièrement d'une méconnaissance de l'histoire des religions, ce qui est inacceptable de la part d'un journaliste professionnel. Quand on ignore ce que représente la personne du prophète Mohammed en Islam, quand on ignore que son nom est cité dans le Coran et les cinq prières quotidiennes des Musulmans, quand on ignore que les normes et prescriptions de l'Islam sont basées, en plus du Coran, sur toutes les directives et les orientations données, de son vivant, par cet envoyé de Dieu en tant qu'interprète de la volonté divine (Sunna), quand on ignore tout de sa vie et des circonstances de son avènement en tant que prophète, on n'a ni le droit ni la qualité de parler de Mahomet. A moins qu'on cherche sciemment à provoquer...
Cette caricature anti islamique a coûté très cher aussi bien aux responsables de Charlie hebdo qu' à l'Etat français. Tout le monde sait à combien se chiffrent un plan Vigipirate, la mise en état d'alerte de tous les effectifs de la police et d'une grande partie de l'armée. Des milliers d'euros dont la France a grandement besoin aujourd'hui ont été dilapidés. Pourquoi tout un pays en fièvre, pourquoi plus de trois millions de personnes dans les rues ? Et dire qu'après les premières caricatures qui avaient soulevé tout un tollé de protestations , Charlie hebdo a encore osé recommencer. S'agit-il là que question d'orgueil personnel ? D'une hérésie aux conséquences imprévues ? D'une hostilité inavouée à l'égard de l'Islam ? C'est peut être tout cela à la fois...
Quelques rares personnes ont regretté cette aberration de la revue Charlie Hebdo. Très nombreux sont au contraire ceux qui ne se sont pas seulement contenté d'approuver la publication des caricatures, mais ont crié avec force leur identification avec Charlie... Les responsables français, pour une question de surenchère politique se sont engagés dans la même voie. Pas une seule fois la publication des caricatures n'a été dénoncée, condamnée ou même reprochée à son auteur. Pour tous, il s'agit d'une part d'une action de liberté d'expression et d'autre part d'un acte odieux de terrorisme.
Nous respectons toutes les opinions et toutes les idées émises à ce sujet. Mais ayons le courage d'avouer que cette soit disant liberté d'expression s'est traduite par un désastre humain et une grande perte économique pour le pays. Personne n'a osé le dire à voix haute... Charlie Hebdo vient même de récidiver en publiant une nouvelle caricature. Où va-t-on avec cette effronterie, cette impudence, ce cynisme et cette crânerie ? N'est-ce pas là une nouvelle provocation de tous les musulmans du monde et en premier les musulmans de France ?
Un grand nombre de musulmans à travers le monde se sont soulevés contre cette nouvelle provocation :
-Le grand mufti égyptien d'Al Azhar a condamné sévèrement cet "acte insensé"
- le gouvernement turc a exprimé son mécontentement devant cette" attitude anti islamique".
- L'Iran s'est élevé contre la couverture du nouveau numéro de Charlie Hebdo, considérée comme une "offense à l'Islam".
- Dans le monde arabe en général et plus particulièrement dans les milieux de la jeunesse, on constate aujourd'hui un état d'esprit absolument hostile à l'égard du gouvernement français qui n'a pris , dit-on, aucune mesure pour juguler cette crise ou d'éviter le parrainage de cette "marche républicaine".... qui n'a fait qu'encourager ce qui reste encore des dirigeants de Charlie Hebdo, à persévérer dans leur entreprise contre le prophète Mahomet.
A-t-on au moins imaginé, pour éviter de telles crises à l'avenir, de créer un texte de loi interdisant toute atteinte aux religions ? Les gouvernants français ont-ils peur qu'on leur reproche une limitation de la liberté d'expression et une entorse aux valeurs républicaines ? craignent-ils que leur côte de popularité descende encore plus bas ?
Incinérer le drapeau français, insulter la République, sont considérés comme des actes punissables. Publier des caricatures offensantes contre le prophète d'une grande religion reste une question de liberté d'expression. Pourquoi dans ces conditions a-t-on arrêté et gardé à vue, l'artiste Dieudonné qui risque de la prison pour avoir dit-on associé le nom du journal en question à celui du terroriste de la porte de Vincennes. Que devient là encore la liberté d'expression. Depuis l'attentat de Charlie Hebdo, il y a quelques jours, plusieurs poursuites pour apologie du terrorisme, ont été engagées. Dans toutes ces procédures la question de la liberté d'expression n'a pas été évoquée une seule fois.
La France engagée dans plusieurs fronts en Afrique et au Moyen Orient, tous des pays musulmans, n'a aucun intérêt à montrer un visage anti islamique. Il appartient aujourd'hui à ses dirigeants d'agir à l'avenir avec beaucoup de doigté et de lucidité pour préserver ses bonnes relations et ses intérêts dans le monde arabe, et ce, pour éviter de se faire des ennemis gratuitement par la faute de certains journalistes qui agissent souvent avec légèreté et irresponsabilité au nom de la liberté d'expression, même si cela risque de nuire aux intérêts de leur pays et causer la mort de personnes innocentes.
La France a des liens d'amitié et de culture avec un grand nombre de pays musulmans au Maghreb, en Afrique noire et au moyen Orient. Tous ces peuples se rencontrent et se retrouvent au sein de l'institution de la Francophonie, sans distinction de la couleur de leur peau et la religion à laquelle ils appartiennent... Cette union et cette fraternité linguistique et culturelle ne peuvent être maintenues et renforcées que par le respect des croyances, des mœurs et coutumes de chaque pays. Toute liberté d'expression qui blesse ou porte atteinte aux valeurs sacrées d'un peuple doit être bannie. C'est ça la coexistence pacifique et c'est ça le respect de l'autre.