La Nature jouit-elle ?

par Ariane Walter
lundi 14 mai 2018

Un des témoignages du lent éveil de la conscience humaine, encore bien pitchounette face aux immenses possibilités du chef-d’œuvre universel, est de croire qu’elle est seule à jouir.
Sensiblement, sexuellement, intellectuellement, en riant et en pleurant (oui, oui), elle s’accorde à elle seule les émotions et leur conscience. 
La Nature serait une grosse chose qui tournerait avec beaucoup de trucs, d’atomes et autres protons aux vilains noms qui n’éprouveraient rien. Les voilà qui se remuent, s’entrechoquent, se divisent, s’explosent ou vont leur train pendant des milliards et des milliards de siècles sans jamais rien ressentir.
Ressentir, c’est l’homme. 
L’animal, un peu. Grâce à son instinct. Rien de plus.
La Nature, elle, nib de bib. 
L’herbe jouit-elle quand il pleut ? Non. Elle verdit. 
L’éclair est-il un spasme de jouissance céleste ? Non. C’est de l’électricité.
Les volcans ont-ils des orgasmes ? 


Non. Des éruptions.
La lave est-elle un sperme qui arrache au cœur de la terre des grondements de plaisir ? 
Non.
C’est Pompéi. Tout le monde meurt. Point.

Je pense qu’il est temps d’apporter à l’Histoire de l’humanité une révélation que l’orgueil de certains empêche d’éclore.
La matière est sentimentale.
L’univers est une apothéose de jouissances. 
Il n’y a pas de mouvement sans caresse, de création sans plaisir, de mort sans éparpillement de jouissances futures.
Oui, les volcans gémissent d’amour comme nous dans un lit.
Oui, les prairies sont des océans de plaisir et toute feuille naissante est verte de joie. 
Il y a des sentiments dans les cailloux, dans la houle et le plaisir que nous prenons dans la Nature est son plaisir, qu’elle nous offre. C'est sa langue dans un baiser.

Et alors, me direz-vous ?
Il se trouve que l’espèce humaine souffre d’un grave défaut : sa tendance à jouir en dégustant la violence et le malheur. On suçote toute la journée des esquimaux de caca sanglant.
Il suffit de lire les faits divers, de voir à travers les siècles la production artistique, d’entendre papoter les gens qui ont le lamento pour seule expression pour en être persuadé. 
L’Homme est un petit tordu qui crée du malheur et se repaît de malheur dans un univers jouisseur et joyeux.
Voilà pourquoi sans doute, il va disparaître. 
Inadapté.
À force de tout amocher, il va se mettre lui-même à la porte d’un monde auquel il ne comprend rien.
Trop d’orgueil. Trop d’excès.
Pas assez de simplicité. Pas assez d’ouverture. Pas assez d’amour, de sourire, de joie qui est pourtant la matière fondamentale de l’Univers. 
La matière est joie. 
Et si tu te mets à l’unisson si, quand tu conduis, au lieu de penser à toute la chienlit de ta journée, tu regardes l’espace, le ciel, tu sens le bonheur s’élever en toi et t’élever, là tu es vivant, là, tu es la Vie.
Là, tu es éternel au cœur des spasmes d’étoiles, emporté par la fuite joyeuse des atomes, adoré par l’Incompréhensible Merveille qui ne dit son nom que dans la jouissance profonde qu’elle n’offre qu’à ceux qui veulent bien s’ouvrir à elle.
Jouissance !


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