La nouvelle « National Security Strategy US 2025 » est-elle bénéfique pour la paix en Europe ? Les forces de l’histoire

par Hamed
jeudi 11 décembre 2025

 Que peut-on dire de la nouvelle doctrine stratégique de Trump publiée le 5 décembre, ce document programmatique de 33 pages détaille les orientations politiques et stratégiques de Donald Trump, axées sur un nationalisme affirmé et une ligne dure sur l'immigration, mais ce qui a de nouveau est qu’il minimise la question russe, et plus encore il marque une nouvelle rupture avec l'Union européenne. Mais qu’en est-il réellement ? Pour en avoir une idée, lisons certains passages de la nouvelle « stratégie de sécurité nationale US 2025 », pages 25, 26. (1)

« Ce manque de confiance en soi est particulièrement flagrant dans les relations entre l'Europe et la Russie. Les alliés européens bénéficient d'un avantage militaire considérable sur la Russie, et ce, dans presque tous les domaines, hormis l'armement nucléaire. Suite à la guerre menée par la Russie en Ukraine, les relations entre l'Europe et la Russie sont aujourd'hui fortement dégradées, et nombre d'Européens perçoivent la Russie comme une menace existentielle. La gestion des relations entre l'Europe et la Russie exigera un engagement diplomatique américain significatif, à la fois pour rétablir la stabilité stratégique sur l'ensemble du continent eurasien et pour atténuer le risque de conflit entre la Russie et les États européens.

Il est primordial pour les États-Unis de négocier une « cessation rapide des hostilités en Ukraine », afin de stabiliser les économies européennes, d'« empêcher une escalade ou une extension involontaire du conflit », de rétablir la stabilité stratégique avec la Russie et de permettre la reconstruction de l'Ukraine après les hostilités, afin d'assurer sa survie en tant qu'État viable.

La guerre en Ukraine a eu l'effet pervers d'accroître la dépendance extérieure de l'Europe, et notamment de l'Allemagne. Aujourd'hui, des entreprises chimiques allemandes construisent en Chine certaines des plus grandes usines de traitement au monde, utilisant du gaz russe qu'elles ne peuvent se procurer sur leur territoire. « L'administration Trump se trouve en désaccord avec les responsables européens qui nourrissent des attentes irréalistes quant à l'issue de la guerre », perchés au sein de gouvernements minoritaires instables, dont « beaucoup bafouent les principes fondamentaux de la démocratie pour réprimer l'opposition. Une large majorité européenne aspire à la paix, mais ce désir ne se traduit pas en politiques, en grande partie à cause de la subversion des processus démocratiques par ces gouvernements. » Ceci est stratégiquement important pour les États-Unis, car les États européens ne peuvent se réformer s'ils sont pris au piège d'une crise politique.

« L’Europe demeure pourtant stratégiquement et culturellement essentielle pour les États-Unis. » Le commerce transatlantique reste l’un des piliers de l’économie mondiale et de la prospérité américaine. Les secteurs européens, de l’industrie manufacturière à la technologie en passant par l’énergie, figurent parmi les plus performants au monde. L’Europe abrite une recherche scientifique de pointe et des institutions culturelles de renommée mondiale. Non seulement nous ne pouvons pas nous permettre de négliger l’Europe, mais ce serait contre-productif pour les objectifs de cette stratégie. La diplomatie américaine doit continuer de défendre une démocratie authentique, la liberté d’expression et la célébration sans complexe du caractère et de l’histoire propres aux nations européennes. L’Amérique encourage ses alliés politiques en Europe à promouvoir ce renouveau, et l’influence croissante des partis patriotiques européens est, en effet, un motif de grand optimisme. » (1)

Tout est dit dans ce passage sur la relation transatlantique occidentale. Evidemment, la nouvelle stratégie de sécurité américaine peut être intérêt de différentes manières ; elle pourrait apparaître même un lâchage de l’Europe et de l’Ukraine. Et on le comprend avec les critiques américaines sur l’Europe et son « déclin civilisationnel », tout en proposant d'aider à corriger la trajectoire de l’UE (autonomie défense, ouverture marchés), et surtout en cherchant la « stabilité stratégique avec la Russie », ce qui peut apparaître comme un désengagement potentiel vis-à-vis de l'Ukraine, poussant vers une autonomie accrue de l'Europe.

Quant au Kremlin, il a salué la stratégie, qui vise aussi la stabilité avec la Russie, soulevant des questions sur les intentions américaines envers le conflit en cours, et ce qui prévaudra dans les mois à venir. Ce qu’on peut dire de la National Security Strategy (NSS), c’est qu’elle redéfinit le rôle américain, passant d'un soutien inconditionnel à une approche plus conditionnelle et réaliste dans les affaires internes européennes, ce qui peut être perçu comme un lâchage de ses alliés traditionnel.

Mais ce qu’on peut dire est que la NSS n’a pas été pondu ex nihilo ; il existe des causes historiques qui ont commandé la rédaction de la nouvelle doctrine stratégique américaine. Quelles sont-elles ? Prenons l’année 2024.

Se rappeler des attaques ukrainiennes en profondeur sur le territoire de la Russie. En mai 2024, comme le rapportent des médias européens, des drones ukrainiens ont attaqué l'une des plus grandes raffineries de pétrole de Russie. Cette frappe n'était pas la première contre les raffineries et les dépôts pétroliers de la Russie ; elle se distingue cependant par le fait que la cible était très éloignée ; « elle se situait à environ 1 500 kilomètres de la frontière russe avec l'Ukraine. » Et ces attaques ont continué aujourd’hui et les ripostes russes bien évidemment, ces attaques et ripostes ont continué de part et d’autre en 2025.

En septembre 2024, la Russie annonce qu’elle a introduit un certain nombre de précisions concernant la détermination des conditions d'utilisation des armes nucléaires par la Russie ; ce qui signifie que la doctrine nucléaire russe a été actualisée. La doctrine nucléaire russe actualisée élargit la catégorie des États et des alliances militaires contre lesquels la dissuasion nucléaire est menée. Une agression contre la Russie par tout État non nucléaire avec le soutien d’une puissance nucléaire sera considérée comme une attaque contre la Russie.

Cela signifie aussi que si les pays de l’OTAN, les États-Unis et les pays européens seront en guerre contre la Russie, et si tel est le cas, compte tenu du changement dans l’essence même du conflit, la Russie prendra les décisions appropriées en fonction des menaces qui seront créées contre elle.

Malgré la nouvelle doctrine nucléaire russe, les États-Unis ne changent pas leur approche sur la guerre en Ukraine. Dans un article de France 24 du 26 septembre 2024, on lit :

 « Lors d'une visite de Volodymyr Zelensky à la Maison Blanche jeudi, le président américain Joe Biden a promis à son homologue ukrainien que la Russie ne remporterait pas la guerre, ainsi qu'une nouvelle enveloppe d'aide. Kamala Harris lui a également apporté son soutien, attaquant sans le nommer Donald Trump, qui rencontrera le chef d'État ukrainien vendredi

Ce n'est pas encore le feu vert espéré par Volodymyr Zelensky mais celui-ci ne repartira pas de Washington bredouille. Joe Biden s'est engagé, jeudi 26 septembre, à ce que « la Russie n'emporte pas la guerre en Ukraine » lors d'une visite du président ukrainien à la Maison Blanche. Ce dernier a également récolté le soutien de Kamala Harris et aura vendredi une rencontre bien plus délicate avec Donald Trump. » (2)

Il est clair que, malgré les déclarations de la Maison Blanche, la prudence des États-Unis comme des pays européens va s’imposer, c’est évident ; mais restera-t-elle suffisante pour éviter une escalade ? Tout laisse penser que les pays occidentaux qui sont trop engagés dans cette guerre en Ukraine n’accepteront en aucun cas de reculer et d’accepter une capitulation de l’Ukraine. Comme le déclare la vice-présidente et candidate démocrate Kamala Harris : « Ce sont des propositions de capitulation, ce qui est dangereux et irresponsable ; ou encore le président américain Joe Biden : « La Russie ne l'emportera pas. » (2)

Tout indique que la situation de la guerre en Ukraine va réellement se compliquer. Précisément, par ces complications, et malgré la rhétorique déclaratoire occidentale, les décideurs occidentaux vont certainement prendre des mesures pour montrer qu’ils ne sont pas cobelligérants. Ils continueront à aider massivement les forces armées ukrainiennes, mais ne donneront pas la levée de l’interdiction à l’Ukraine pour lancer des frappes avec des armes occidentales à longue portée en profondeur sur le territoire russe.

Sur un autre point, et celui-ci est fondamental sur la guerre en Ukraine, nous ne devons pas perdre de vue que, sur les territoires de Donetsk, Lougansk, Kherson, Zaporijjia, Crimée, annexés par la Russie, « les populations de ces régions sont majoritairement russes. » Sans cette donne ethnique, la Russie n’aurait pu avoir de raison suffisante pour envahir l’Est de l’Ukraine ; ni avoir des référendums dans ces régions en sa faveur. Donc, le problème relève surtout de choix populaire de ces régions ukrainiennes « qui ont opté pour le séparatisme, ne voulant plus rester dans l’Ukraine et ont rejoint la patrie-mère, la Russie. » Bien sûr, à ce choix populaire s’est greffée la donne stratégique pour la Russie visant à faire de l’Ukraine une région ne relevant pas de l’OTAN, et donc doit rester une région neutre.

Quant aux alliés occidentaux à l’Ukraine, cette situation dès le départ, depuis les événements de 2014, devait rester dans l’état, et la guerre va continuer, mettant tous leurs espoirs sur l’Ukraine qui, épuisant l’armée russe, ont pensé qu’elle l’emportera ; ce qui est loin de la réalité compte tenu des rapports de force entre l’Ukraine, un pays d’Europe orientale non doté d’armes nucléaires et une grande puissance nucléaire d’ordre mondial.

Précisément, dans la guerre d’usure en Ukraine, le « flou va entourer la levée d’interdiction des frappes avec des armes occidentales sur le sol russe. » Mais la Russie ne pouvait mettre en œuvre sa nouvelle doctrine nucléaire ; les risques sont trop grands et une escalade qui finit par des frappes nucléaires russes ne profiterait ni à l’Ukraine ni à l’Occident ni à la Russie.

Mais, malgré les livraisons d’armements à l'armée ukrainienne, depuis 2023, par les États-Unis, le Royaume-Uni et la France, en missiles de longue portée, ATACMS (livrés par les Etats-Unis, certains d'une portée de 300 km), des missiles Storm Shadow (envoyés par le Royaume-Uni, d'une portée de 250 km) et des Scalp (de France, avec une portée à quelque 250 km), ces missiles de précision n’ont pas changé le cours de la guerre. Malgré qu’ils ont ciblé des installations militaires en profondeur en territoire russe. Et l’Ukraine ne pouvait connaître les positions précises des cibles en Russie qu’auprès des États-Unis et de l’Union européenne, par leurs systèmes de réseau de satellitaires.

Sur un article de kommersant.ru « Lavrov a qualifié d'insensées les tentatives de lutte contre une puissance nucléaire », on lit :

« Le Ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, s'exprimant devant l'Assemblée générale de l'ONU, a déclaré que l'objectif d'infliger une défaite stratégique à la Russie avait été annoncé. Il a ajouté que l’idée de « se battre pour la victoire » avec une puissance nucléaire n’a aucun sens.

Selon Sergueï Lavrov, les pays occidentaux « ne cachent pas leurs projets », mais ils comptent pour l’instant vaincre la Russie par l’Ukraine. « L'Europe se prépare déjà à se lancer dans une aventure suicidaire. Je ne parlerai pas ici de l'absurdité et du danger de l'idée même de lutter pour la victoire contre une puissance nucléaire, à savoir la Russie », a déclaré le ministre.

Lors d'une conférence de presse, Sergueï Lavrov a déclaré à Kommersant que Moscou continue de remplir ses obligations dans le cadre du nouveau traité START et ne renforce pas son arsenal nucléaire. Il a rappelé que la Russie a suspendu sa participation au traité, mais qu'elle continuera à respecter les niveaux et à échanger certains types d'informations avec les États-Unis. »

En vérité, l’Europe comme les États-Unis n’ont pas d’alternative pour leur ambition qui est ancrée en eux, de « vouloir toujours dominer le monde ». Et cette ambition leur vient de l’histoire des siècles passés, de la colonisation de continents entiers ; sauf qu’ils ne prennent pas conscience que l’histoire a avancé ; le monde a changé ; des grandes puissances ont émergé.

De quelques nations dans le monde, au XVIIIe et XIXe siècle, dont les pays d’Europe qui ont dominé le monde, le monde est passé à 194 nations souveraines. Et cet esprit de domination vient à l’Occident de la marche de l’histoire ; sauf qu’un tournant de l’histoire s’est opéré depuis la fin du XXe siècle et début du XXe siècle ; et il relève des forces de l’histoire qui ont transformé le monde.

Et on comprend pourquoi l’Occident a présenté depuis le début de la guerre en Ukraine, un front occidental uni, pour contrer la Russie, ce qui impacterait l’autre grande puissance qui lui est alliée, la Chine. L’objectif est de pérenniser l’ordre de puissance mondial qui est encore en faveur à l’Occident. Et c’est ce qui explique le soutien multiforme et massif de l’Occident à l’Ukraine.

Mais, en 2025, surtout depuis le mois de novembre, la situation est réellement en faveur des forces russes ; les forces armées ukrainiennes certes tiennent mais sont en recul, elles perdent des villes et villages limitrophes aux lignes de front de combats. Et l’armée russe maintient la pression sur les forces ukrainiennes. On peut penser que si les États-Unis depuis que Donald Trump a été réélu et il ne l’a pas caché, il a toujours dit qu’il mettrait fin à la guerre en Ukraine.

Et combien de joutes de négociations se sont suivies entre les parties pour mettre fin à la guerre jusqu’au plan de paix « en 28 points » ; et celui-ci n’a pas été accepté par l’Europe parce qu’il a été en faveur à la Russie. Or, ni l’Ukraine ni ses alliés européens ne consentent à accepter les concessions territoriales. Pour le président ukrainien Volodymir Zelensky, c’est contre la Constitution et contre le peuple ukrainien. Certes, on peut le comprendre ; cependant, l’armée ukrainienne doit sa résistance au soutien massif des puissances européennes et américaine qui ont un intérêt majeur pour que la Russie subisse une défaite, ce qui la disqualifie dans l’équilibre de puissance mondiale.

Si la Russie recule, n’obtient pas de concessions des territoires qu’elle a annexés, et donc la victoire revient à l’Ukraine sur la Russie, on peut dire que c’est terminé pour la Russie en tant que puissance nucléaire mondiale ; elle sera reléguée au rang de simple puissance nucléaire, à l’instar de la France et du Royaume-Uni, doté de droit de veto au Conseil de sécurité. Pour les États-Unis, ce n’est pas possible après près de quatre années de guerre, et tout montre que l’armée russe qui maintient la pression sur l’Ukraine, malgré le soutien massif européen et américain, peut gagner la guerre. Surtout que l’armée russe, en novembre 2025, a revendiqué la prise des villes de Koupiansk, Pokrovsk et d’autres sont en voie de l’être.

Forcément, la Maison Blanche anticipe pour mettre fin à ce qui serait un désastre à venir s’il n’est pas arrêté à temps ; Donald et son staff craignent une débâcle en Ukraine comme cela a été en Afghanistan et ailleurs ; ils sont bien placés pour le savoir compte tenu des multiples guerres qu’ils ont mené à travers le monde.

En réalité, la guerre en Ukraine, après bientôt quatre années, a beaucoup évolué ; elle est dans l’impasse et une impasse négative semble se dessiner pour l’Occident compte tenu de la situation tant en « intérieur » de l’Ukraine, en dégradation d’infrastructures des villes bombardées continuellement, des infrastructures énergétiques mettant une partie des populations ukrainiennes dans l’obscurité, sans chauffage, et le cycle de bombardements continue, qu’en « extérieur », le changement de la politique américaine sur l’Ukraine.

Et surtout l’armée russe avance, certes difficilement, mais arrive à percer les défenses ukrainiennes. Et « c’est tout cela qui a joué dans la rédaction de la nouvelle National Security Strategy US ».

On peut se poser la question : « La NSS, est-elle venue à point nommé signifier le début de la fin de la guerre en Ukraine ? » Et ce qui est mentionné dans la nouvelle stratégie de sécurité US 2025 aux pages 25 et 26 :

« L'administration Trump se trouve en désaccord avec les responsables européens qui nourrissent des attentes irréalistes quant à l'issue de la guerre », perchés au sein de gouvernements minoritaires instables, dont « beaucoup bafouent les principes fondamentaux de la démocratie pour réprimer l'opposition. Une large majorité européenne aspire à la paix, mais ce désir ne se traduit pas en politiques, en grande partie à cause de la subversion des processus démocratiques par ces gouvernements. »

Et si c’est vrai ce qu’énonce la NSS US : « Les États européens ne peuvent se réformer s'ils sont pris au piège d'une crise politique. ». Il reste cependant les forces de l’histoire. Si les États-Unis ont changé d’orientation politique sur la guerre en Ukraine, les dirigeants européens viendront aussi, nonobstant ce qu’ils déclarent, à changer vis-à-vis de l’Ukraine. Et cela s’opèrera par les forces de l’histoire.

La dernière question et celle-ci est fondamentale : « La nouvelle National Security Strategy US est-elle bénéfique pour la paix en Europe ? » La réponse, quelle que soit l’issue de la guerre, se trouve toujours dans la paix ; et la paix est toujours préférable à la guerre ; surtout que cette évolution vient du pays le plus puissant de l’Occident, les États-Unis.

 

Medjdoub Hamed
Chercheur

Note :

1. https://www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2025/12/2025-National-Security-Strategy.pdf.

2. « Biden et Harris assurent de leur soutien Zelensky avant sa rencontre avec Trump », par France 24. Le 26 septembre 2024 
https://www.france24.com/fr/am%C3%A9riques/20240926-joe-biden-volodymyr-zelensky-russie-ne-l-emportera-pas-ukraine-washington

 


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