La parité

par alinea
dimanche 24 février 2013

Belle engeance qu'on peut regarder de différentes façons : le ressenti, primaire, spontané ; la pensée ou la raison ; et son observation.

 

De manière très irrationnelle, la parité m'humilie ; je ne me sens pas une petite chose fragile à laquelle il faudrait faire une attention particulière, je n'aime pas être discriminée ni être le chouchou du prof, et si je n'aime pas qu'on me claque la porte au nez, je n'aime pas bien non plus qu'on me la tienne avec ce petit quelque chose d'artificiel, qui s'appelle galanterie et qui n'est qu'une habitude ou bien un vrai geste condescendant. La parité est une galanterie organisée et légiférée ; aussi une volonté, là encore, de tout gérer, de tout maîtriser.

Au niveau du ressenti, à chacun son histoire, son éducation ; la mienne a été très féministe, dans une famille de filles avec un père extrêmement « féminin » dans sa sensibilité et dans son amour des femmes, au moins de la sienne et de ses filles ! On ne m'a jamais inculqué que je devais mouler mes fesses pour réussir.

C'est peut-être pour ça que je n'ai travaillé qu'avec des hommes, dans tous les métiers que j'ai exercés, et que, dans mes activités physiques, je n'ai jamais été cette créature délicate à qui on doit porter les seaux. Par ailleurs, je n'ai jamais eu d'ambition de pouvoir.

Le ressenti est donc question intime, il n'y a pas là sujet à discuter.

Mais on peut le savoir et en tenir compte en élaborant sa pensée.

Toutes les revendications féministes à l'heure actuelle ont probablement leurs raisons d'être mais le fait de revendiquer me chagrine : en effet, c'est une attente de reconnaissance de l'être, et non du faire, la quête de quelques gratifications ; une position infantile à mes yeux. Les luttes avaient leurs justification au début du XXe siècle ; elles ont porté leurs fruits mais quel que soit l'âge que l'on ait aujourd'hui, il faut bien avouer que l'on a « hérité » ! Nous sommes parties, ou nous partons, donc toutes sur des bases débroussaillées, et il me semble bien que ce que l'on nomme machisme aujourd'hui n'est en fait que pouvoir : pour moi, Merkel, Tatcher, Lagarde, Parisot sont des machos ! Personnellement je n'ai guère envie qu'on embarque les femmes sur ce bateau-là ! Les spécimens que l'on a déjà suffisent !

Et puis il y a les autres, celles qui jouent des fesses et du regard mais crient que c'est leur tête qu'elles vendent, et ambitionnent de jolis postes d'influence ou de pouvoir.

Imposer une loi qui dicte que « tout le monde est égaux », c'est se foutre de nous ! En tous domaines, du plus intime au plus professionnel, chaque individu se situe dans le dépassement de soi : l'acquisition de savoir ou de savoir-faire, l' élusion des petites entourloupes propres à chaque milieu, la connaissance de soi ou l'intuition qui nous guide à coup sûr ; bref, rien qui soit typiquement féminin ; tout le monde est logé à la même enseigne. Tout le monde accepte de passer par le moule des diplômes ou des rites d'embauches, tout le monde s'en remet aux mains de n'importe qui, par acceptation apprise de l'autorité. Lettre de motivation qui ne doit comporter que l'énumération des codes imposés ; curriculum vitae qui doit grossir ce qui convient – ou ce que l'on croit qui convient- et taire le reste, faire la liste de ses diplômes consentis par des doctes qui vous ont trouvés au poil pour perpétuer le système, bref.

Tout le monde obéit. C'est la condition exclusive d'éviter l'exclusion.

Les femmes sont plus dociles qui, d'après ce que j'en sais, réussissent mieux que les hommes dans ce formatage.

Les femmes abandonnent leurs enfants pour continuer d'être congratulées. Ou bien elles n'en font pas.

La parité ambitionne que toute femme soit considérée égale à l'homme dans l'esclavage.

En ce qui concerne les prises de pouvoir, postes rares et élevés, on exigera de la femme qu'elle taise ses langueurs, ses cycles, ses migraines, qu'elle n'utilise que son mental. Et celui-ci aura même le pouvoir de lui réguler son taux d'hormones ! Développe ton efficacité lui dit-on, pour accroître ta compétitivité ; et les femmes, flattées peut-être de tant d'attention, s'exécuteront.

Nous vivons dans un monde où tout ce qui dépasse craint ; où tout ce qui se retire menace ; où ne peut épanouir qu'un petit bout de soi, utile, dit-on, à la société. Quant au reste, arrange-toi comme tu peux, on ne veut pas le savoir.

Le femme ne garde plus de sa féminité que les fringues, quelques codes de comportement qui avantagent ! Surtout pour celles qui seront la potiche – secrétaire, petite main, faire-valoir- d'un patron. Ah ! La belle envolée du progrès.

Les femmes de la campagne abattent du boulot ; elles sont en pantalon de nos jours et ne tortillent pas du cul dans les rangées de vigne. Personne ne les remet en question ; personne ne remet en doute leur efficacité ni leur importance. Les petites mains, mâles ou femelles sont les bienvenues ; certes pour le bûcheronnage, le problème ne se pose pas : si une femme se propose c'est qu'elle sera au top ! Sinon, le partage des tâches s'effectue en fonction des nécessités. Pourquoi utiliser des gros bras qui peuvent tracer les sillons, abattre des arbres, arracher des souches, pour donner le grain aux poules pendant que les petits bras feraient le reste ? Ce n'est que pure logique, pure organisation de survie.

On ne peut pas généraliser : il y a des femmes qui se contentent de ricaner aux bons mots du pouvoir, juste pour avoir le privilège insigne de le fréquenter.

Il y a les femmes déterminées à avoir ce pouvoir, pas besoin de lois pour elles, leur succès est assuré.

Il y a celles qui s'en foutent et n'ont envie que de se réaliser : quel que soit leur domaine, elles auront des difficultés car s'afficher libres et autonomes est en soi une rébellion qu'aucune loi n'encourage.

Et puis, toutes les autres, qui obéissent et exposent un grain de beauté au sein pour prouver leur singularité ; pourquoi vouloir être originale alors que l'originalité isole ? Toutes semblables, toutes unies, toutes solidaires, c'est pas plus rigolo ?

La parité donc, n'est qu'une hypocrisie de plus de la part des libéraux, qu'une volonté de soumettre, qu'un enfumage pour masquer les desseins, dévier les chemins, interdire les écarts, et que tout soit en ordre !

 

Quant à l'observation des faits, il faut bien dire qu'elle les éclaire sous une lumière crue, avec peu de nuances, juste quelques contraintes de plus.

Dans ma vie politique, on en est venu à s'insinuer à l'intérieur de mon vote ! Le choix était : un homme/une femme. Pardi ! Que la femme proposée fut une intrigante ambitieuse, dont je ne voulais pas comme représentante, ou la potiche de l'ambitieux bien placé, proposée par lui, dont je ne voulais pas non plus, avec dix hommes et trois femmes en liste, il me fallait ne pas choisir ! Deux hommes sur le bulletin valait bulletin nul : c'est ce que j'ai fait ! Mais rien à dire ni rien à discuter : on applique une loi de parité sur des données douteuses ( je voulais dire « honteuses »).

Dans la même veine, magouilles électorales obligent, j'ai failli être prise comme candidate à la législature. Au dernier moment, face au FN, je doutai, malgré ma connaissance du milieu, d'avoir les 5% nécessaires aux remboursements de mes frais ! 20 000 euros tout de même ; et je ne les avais pas !! Mais la discrimination n'est pas là évidemment ; non, dans cette circonscription, il nous fallait une femme ! « Ils » en ont trouvé une, qui s'est vite inscrite au parti et qui ne s'est pas trop mal débrouillée ; je l'ai rencontrée : chapeau bas.

Quand les gros machos de droite éructent que les femmes sont bien souvent des potiches au service des ambitions des mecs, la gauche s'offusque et éructe qu'ils ne sont que des gros cons de machos de droite ! Je ne remets pas en cause ce qualificatif qui est très probablement juste mais cela fait-il avancer les choses de les nier ?

Et faut-il toujours confondre l'alibi de lazzi ( la robe à fleurs de Cécile Duflot) à du sexisme ? Le « con d'arabe » à du racisme ? Je suis la première à lever le majeur à l'encontre d'une pouf qui roule à plein pot dans mon bled et à la traiter de « connasse » ou bien à lever les yeux au ciel en disant « « Ah ! Les femmes au volant » quand je roule derrière une conductrice qui ne sait pas où elle veut aller et qui se croit seule sur la route ! Et quand mon copain marocain fait une connerie, je lui dit bien souvent « qu'il bosse comme un arabe » !! Certes, ça n'a rien à voir, le sourire en coin et la complicité me disculpent.

Comment peut-on prétendre appliquer une loi qui ne prend en compte aucune des composantes, complexes, historiques, d'une réalité héritée ? Comment peut-on, une fois de plus, mettre un chapeau, qui est plus un couvercle, sur des faits dont on étudie jamais les causes avec minutie ? Comment peut-on espérer résoudre un problème si on ne s'attaque pas à ses causes ?

C'est qu'on ne le veut pas ! Cela tombe sous le sens !

J'en ai rencontré des gus qui me traitaient de « gonzesse » sur tous les tons du dédain, parce que j'étais bonne là où ils étaient mauvais ; dans un milieu macho il faut bien le dire ; pure jalousie car il faut bien savoir que même dans ces milieux hautement virils (!), les hommes véritablement compétents reconnaissaient sans chichis ni complaisance, mes compétences : j'étais leur égale, point. Ils n'en étaient pas diminués pour autant.

Alors, s'il y a moins de femmes que d'hommes à vouloir se fourvoyer dans des carrières sclérosées d'une politique politicienne dévoyée ou administratives ou commerciales, quelle importance ?

Et quand on parle de salaires, moindre pour les femmes, on ne pense pas à Ockrent ! Mais aux caissières, mais aux nounous... chercher la femme derrière, celle qui exploite bien sûr.

La loi à laquelle il me plairait de ne pas contrevenir, serait celle qui dissoudrait les castes, qui abattrait les classes, qui tirerait partie des différences, qui encouragerait la réalisation de soi, qui écrabouillerait les mégères « féministes » de tout poil qui encaissent les dividendes, qui exploitent les femmes qui à leurs yeux ne sont bonnes qu'à servir : quand arrêtera-t-on de se faire croire à une guerre des sexes alors qu'il n'y a de guerre qu'entre les exploités et leurs exploiteurs ? Quand arrêterons-nous de marcher, que dis-je, de courir vers les idées imposées, les bonnes idées, ah oui, pour nous éloigner des véritables problèmes ?

Quand les bonnes femmes modernes et tout, arrêteront-elles de se faire infiltrer du botox dans les joues, dans les seins, dans les fesses à moins qu'elle ne s'en fassent ôter le gras ?

Le féminisme ? Vous en êtes loin, vous qui vous soumettez à ces chimères ; et qu'on ne vienne pas me dire qu'il faut bien commencer par un bout ! Parce que commencer par là, c'est n'avoir rien compris, et c'est ne rien vouloir ! En tout cas, cela se situe aux antipodes de ma réalité, de celle des miens et, plus loin, de ce que je peux en savoir.

 

Pour conclure

La parité ? On peut afficher qu’elle est un pis-aller, une première étape obligée, pourquoi pas, mais elle crée si souvent des situations affligeantes qu’on est en droit de se demander quel est son véritable but.

S’il s’agit de « mettre des femmes à tout prix » dans des positions visibles jusque là dévolues aux hommes, on est en voie de réussite même si ça et là les électrices elles-mêmes ne suivent pas. Mais s’il s’agit de transformer un tant soit peu le monde, de faire bouger les mentalités, ce moyen parait bien humiliant à certaines d’entre nous : si l’on se retourne sur mon silence expectatif dans la moindre réunion de comité pour me proposer une corvée, je me demande si c’est mon appartenance à un sexe qui me vaut cet honneur. La plupart des femmes propulsées ainsi, sont, je vous l’affirme, les pantins paravents d’hommes plus haut placés parce qu'ils ont besoin de ces pions qui seront, ils n’en doutent pas, pleins de gratitude. Je parle de « propulser » par cette méthode dite de parité obligée !

Le défaut d’un tel artifice est qu’il ne s'intéresse pas du tout à donner à chacune, ou que chacune puisse prendre, la conscience et la force de s’impliquer dans les affaires publiques.

 

On se contente de peu dans ce monde où l’immédiat et le superficiel sont les valeurs incontournables. Faut-il pour autant s'y soumettre ?


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