La spirale de la folie

par Lucchesi Jacques
samedi 19 août 2017

Nice, Berlin, Londres et maintenant Barcelone : la voiture-bélier est devenue un mode opératoire tristement banalisé par les terroristes. Mais elle fait aussi des émules chez les malades mentaux.

 Depuis un an, maintenant, les attentats à la voiture-bélier se multiplient un peu partout dans le monde. La tactique, on le sait vient, du Moyen-Orient et a été importée en Europe par les affidés de Daesh. C’est un peu l’arme du pauvre, puisque presque tout le monde, de nos jours, a une voiture. Elle ne nécessite aucune compétence technique et ne suscite pas la peur immédiate que produit l’exhibition d’armes à feu dans l’espace public. Mais les dégâts qu’elle cause peuvent être effroyables. Le pire est sans doute que cette tactique mortelle, qui était jusqu’ici le triste apanage des terroristes, est en train de faire des émules chez des déséquilibrés. Ceux-là ne revendiquent rien, n’appartiennent à aucune organisation. Ils ont simplement été impressionnés par ce mode opératoire extrêmement brutal jusqu’à le reprendre à leur compte, afin d’exprimer leur propre violence.

 C’est manifestement le cas du chauffeur suicidaire de Sept-Sorts, tranquille commune du Val de Marne, qui a délibérément foncé, dimanche soir, sur la terrasse d’une pizzéria. Résultat : une dizaine de blessés, dont certains dans un état critique, et une adolescente de treize ans tuée sur le coup. On ne dira jamais assez le caractère absurde d’une telle mort, l’horreur et le désespoir dans lesquels elle a dû plonger les proches de la victime. Rien ne pourra jamais réparer une telle perte. Le meurtrier, un homme de trente deux ans, a été vite arrêté. Les examens sanguins ont montré qu’il était sous l’emprise de stupéfiants. Au cours de son interrogatoire, il a avoué se sentir persécuté et avoir déjà tenté de se suicider deux jours avant.

 Qu’on me permette de douter de son choix pour mettre fin à ses jours. Une vitrine et quelques tables ne constituent pas un obstacle bien solide pour une voiture lancée à toute allure. Dans son cas, il aurait dû choisir un mur en béton, voire un platane, s’il avait vraiment voulu se tuer de la sorte. Mais c’étaient, quoi qu’il en dise, d’autres sentiments qui l’animaient à ce moment précis. Comme si prendre la vie des autres rendait plus facile l’acceptation de sa propre mort.

 Le juge ne s’y est pas trompé, qui l’a inculpé d’homicide volontaire aggravé (car sa victime était mineure). Même avec des circonstances atténuantes, il faudra qu’il réponde de son acte devant la justice. Aucun examen médical, aucune pathologie mentale diagnostiquée, ne doit annuler sa responsabilité au moment des faits et le soustraire à une peine d’enfermement proportionnée. Autrement ce serait un inquiétant signal d’encouragement envoyé à tous ceux – et ils sont hélas nombreux – qui méprisent leur vie autant que celles des autres.

 

Jacques LUCCHESI


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