La tentation de réécrire l’histoire pour un oui ou un nom

par gruni
samedi 16 août 2014

Ne chercher pas sur l'image qui illustre l'article le panneau indicateur du lieu-dit "La mort-aux-juifs". Depuis longtemps il n'existe plus que sur le cadastre de la petite commune de Courtemaux dans le Loiret. Peut-être fallait-il en arriver là pour assurer la tranquillité des habitants de ce petit hameau de quelques maisons. Un village dont personne d'ailleurs n'aurait jamais entendu parler sans l'intervention du Centre Simon-Wiesenthal auprès du ministre de l'Intérieur pour que soit gommé des mémoires un nom, souvenir d'une petite parcelle d'histoire déjà presque oubliée.

Mais que s'était-il donc passé de si grave et tragique dans ce petit bourg de campagne bien de chez nous, pour que Shimon Samuel, directeur des relations internationales de l'ONG, intervienne auprès de Bernard Cazeneuve et demande purement et simplement mais assez autoritairement la suppression définitive de l'appellation d'origine de ce lieu-dit. 

Déjà en 1992 le MRAP avait tenté d'influencer vainement le conseil Municipal. Comme si changer un nom pouvait éradiquer la réalité de l'antisémitisme et la haine de l'autre. Les conseillers municipaux de l'époque avaient fait de la résistance mais pour éviter les polémiques avaient tout de même supprimé le panneau à l'entrée du lieu-dit.

Certaines organisations en seraient donc là et passeraient une partie de leur précieux temps à faire un inventaire historique sur l'identité des rues, places et autres lieux, pour débusquer le moindre mot qui pourrait laisser soupçonner un quelconque relent antisémite ou raciste. Alors pourquoi ne pas débaptiser aussi la ville de Vichy. Jusqu'où pourrait-on aller comme cela ! Faudra-t-il un jour aseptiser le livre d'histoire de nos écoliers déjà pas exempt de tout reproche. D'autre part cette initiative n'est-elle pas totalement contreproductive alors que sont commémorés sans cesse et avec raison les événements marquants de notre histoire.

Mais quels étaient donc les arguments exposés par l'Organisation Non Gouvernementale fondée par le chasseur de Nazis Simon Wiesenthal, qui justifiaient la si impérieuse nécessité de supprimer "La mort-aux-juifs". En voici quelques-uns selon Figaro vox -

"Le fait que ce nom se soit maintenu à l'époque napoléonienne de l'émancipation des Juifs de France est quelque peu étonnant. Qu'il soit passé inaperçu pendant les soixante-dix ans qui ont suivi la libération de la France du national-socialisme et du régime de Vichy est extrêmement choquant"

"La recrudescence actuelle de violentes expressions publiques d'antisémitisme nous met mal à l'aise face aux motivations qui incitent des personnes à résider à une telle adresse" 

Toujours selon l'antenne européenne Simon-Wiesenthal l'explication de l'origine du nom "La mort-aux-juifs"...

"remonte peut-être aux pogroms qui accompagnaient les croisades au XIe siècle et ont abouti à l'expulsion des 110.000 Juifs de France ordonnée par Philippe le Bel en 1306"

Mais une autre version locale peut-être un peu moins dérangeante est proposée par les gens d'ici -

"il y a plus de 600 ans, la ferme principale était longée par un chemin emprunté par les maquignons, qui devaient, se dit-il, payer un droit de passage. Ses habitants auraient été surnommés « les Juifs » parce qu'ils récoltaient ainsi beaucoup d'argent"

Faut-il rappeler que "De nombreux juifs, à un moment donné de l'histoire, sont devenus prêteurs pour une raison fort simple : tous les autres métiers leur avaient été interdits les uns après les autres. (Léon Poliakov - Histoire de l'antisémitisme). Et même si leur religion interdit l'usure, les juifs n'avaient pas trop le choix. 

Toujours est-il selon L'Express, que le maire du village semble bien décidé à inscrire à l'ordre du jour du conseil Municipal la suppression de "la mention incriminée" sur recommandations du sous-préfet "dans le sens qui semble être le bien commun". Voilà comment va peut-être disparaître bientôt "La mort-aux-juifs", un morceau minuscule de la petite histoire de France qui ne faisait de mal à personne. Victime de la tentation de réécrire l'histoire pour un oui ou un nom.

Pour terminer ce texte dans l'optimisme, une authentique petite anecdote Lorraine. Un maire de la commune de "Froidcul" en Moselle, avait eu dans le passé l'idée de remplacer le nom de sa ville qui était selon lui l'objet de plaisanteries douteuses, par celui de "Sainte-Ségolène". Peut-être était-il socialiste et y avait-il un sous-entendu politique dans sa démarche. N'empêche que devant les chaudes protestations de la population très attachée à ce joli nom, l'élu avait vite dû renoncer à son projet pour ne pas se faire botter le... Vous devinerez la suite !


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