Lahoud et Sarkozy
par Imhotep
samedi 10 octobre 2009
Cet être étrange venu d’ailleurs, le mégalo-mytho qu’est Imad lahoud a un certain entregent. Il a le don d’ubiquité. Il est partout. On découvre peu à peu d’étranges choses, si étranges qu’on pourrait en tomber de sa chaise et resté étalé au sol pour longtemps complètement foudroyé. Voilà un homme qui est au centre de tout, du moins de tout le volet Villepin, et peut-être d’autre chose, et dont la justice qui passe étrangement à côté de ses traitants (le ministère de la défense avec en tête de file Michèle Alliot Marie) ignore de façon particulièrement stupéfiante les relations anciennes et connues avec le clan Sarkozy.
On se croirait dans un mauvais film sur la vie politique et les magouilles financières. La justice, de sa superbe ignorance met de côté tout cet entrelacs ahurissant de relation alambiquée entre Lahoud et le ministère de la défense. Un homme déjà embastillé pour escroquerie acquiert la confiance d’un grand groupe industriel et d’un chef, qui n’a pas le QI d’un pétoncle, du contre-espionnage. Mais tous ces liens sulfureux entre le traité et le traitant, et le chef le plus haut placé de ce traitant n’a pas eu l’heur (ni bonheur ni malheur) de faire se poser des questions à la justice quant à tous ces personnages de l’armée, dont bien évidemment le ministre comme caput capitis.
La justice suit ici bien ce que les adages demandent d’elle : être aveugle. Oui la justice a mis un soin très particulier à être aveugle des liens qui unissaient Lahoud à la sphère Sarkozy. Or ces liens devraient avoir une incidence sur le procès Clearstream et au moins faire se poser des questions, questions que je vais lui poser à défaut de s’en autosaisir.
Ainsi, le long de ce procès, découvre-t-on, que ce même Lahoud, personnage défiant l’imagination la plus débridée, a été en contact avec Pérol en 2004 et 2005 (avant la plainte de janvier 2006 de la victime palmée et auréolée qu’est Sarkozy) pas moins de 17 fois, avec également Woerth et même Emmanuelle Mignon. Il soutient avoir rencontré Sarkozy 2 fois. Trois très proches collaborateurs de Sarkozy - et c’est avéré - ont été en contact avec Lahoud. De plus la femme de Lahoud a été nommée à la fin de l’été 2004 « rapportrice » d’une mission pour la privatisation d’EDF sous les ordres de Sarkozy et rémunérée par lui. Mais elle était déjà directrice de cabinet de Woerth dans les années 1990. Les liens sont donc très anciens et très proches. On aura remarqué que cette affaire d’EDF aura été confiée à un des asservis du Fouquet’s, Albert Frère contre lequel une information judiciaire a été ouverte en Belgique, la France de Sarkzoy (le père de Jean le futur patron de l’Epad) refusant une plainte de Jean-Marie Kuhn contre lui. Un ancien dirigeant de Clearstream déclare dans la presse et veut déposer auprès de la justice belge que ce même Albert frère serait impliqué dans la propagation de l’affaire Clearstream/Villepin. Qui peut un instant nous faire croire que Sarkozy ne connaissait pas Lahoud qui a suffisamment de bagout et d’activisme pour se faire recruter par la DGSE et qui n’aurait jamais rencontré Sarkozy quand il fréquente ses tout proches (Pérol, Vignon, Woerth) et que sa femme a été employée par iceluy ?
Toujours à propos de cette justice tout à fait particulière, on apprend dans un livre à paraître un fait qui dépasse l’entendement. Ainsi, celui qui a été appelé le vrai ministre de la justice, Patrick Ouart a conseillé et conseille Sarkozy dans l’affaire Clearstream (Le NouvelObs).
Déjà connu pour son implication directe dans les affaires du ministère de la Justice, Patrick Ouart assume pleinement son rôle dans l’affaire qui oppose Sarkozy à Villepin : "Dans ce dossier, je conseille Nicolas Sarkozy", car "le président veut en avoir la maîtrise".
L’Elysée est-il intervenu directement dans la procédure judiciaire autour de l’affaire Clearstream ? La question n’est pas nouvelle. Mais elle revient avec plus de force alors que le conseiller justice de Nicolas Sarkozy, Patrick Ouart, assume pleinement : "dans ce dossier, je conseille Nicolas Sarkozy".
C’est ce qu’il explique au journaliste Mathieu Delahousse, qui publie un livre d’enquête, "Justice, le ministère infernal", pour lequel il a interviewé de nombreuses personnalités. Des extraits du livre ont été publiés mercredi 7 octobre, une semaine avant sa sortie aux éditions Flammarion.
Patrick Ouart raconte comment, depuis l’Elysée, il surveille Rachida Dati, embourbée dans une guerre de tranchée avec les magistrats. Une surveillance si rapprochée que Patrick Ouart est alors surnommé "le vrai ministre" de la Justice.
Une fonction privatisée ?
Patrick Ouart ne s’embarrasse pas de langue de bois sur le dossier Clearstream : "Le président veut en avoir la maîtrise", reconnaît-il. "Dans ce dossier, je conseille Nicolas Sarkozy. Ses intérêts sont défendus par un duo formé de Thierry Herzog et moi-même", précise-t-il encore.
"Ce pourrait être une privatisation de ma fonction. Mais ce n’est pas le cas. (…) Je ne suis pas dans un conflit d’intérêts", estime Patrick Ouart.
Qu’importe si le principe de séparation des pouvoirs en prend un coup. Et qu’importe si le même homme sert le président de la République, garant de l’indépendance de la justice, et Nicolas Sarkozy, partie civile dans le procès.
De quoi démentir ceux qui, à l’UMP, affirment que le président est une partie civile comme les autres
Il y a deux problèmes :
1- Sarkozy partie civile profite des conseils de celui qui est considéré comme le vrai ministre de la justice
2- ce conseil est payé par l’Etat. Il est en quelque sorte un avocat bis gratuit.
Ceci est visiblement scandaleux à ces deux titres, mais en connaissance de ceci on se demande comment la justice pourrait statuer sur le cas de la partie civile de Sarkozy qui déjà de son statut est privilégiée (immunité et chef du parquet), en plus utilise cette même justice de façon certaine puisqu’un conseiller travaille pour elle et la conseille. On peut se demander si ce n’est pas pénalement responsable et devrait être traité par la haute cour de justice. Comme diraient certains : les bras nous en tombent.
La justice, manifestement peu curieuse, n’est pas allée voir de ce côté du miroir : les rapports Lahoud avec le clan Sarkozy. Est-ce si surprenant ? En fait rien n’est plus surprenant et encore moins si ce que révèle Médiapart, repris par le NouvelObs est vrai. Toute la blanche de la Colombie ne nous rendrait pas plus stupéfaits. On apprend donc que Lahoud aurait bénéficié d’un traitement de faveur de la part de devenez qui ? : Nathalie Guggenheim à l’époque compagne, avant de devenir sa femme, de François Pérol et de Pérol lui-même. Extraordinaire non ? Et ces faits sont, bien évidemment, antérieurs à Clearstream. Cela date de la fin des années 1990 et du début des années 2 000.
En 1997, le mathématicien fonde avec son beau-père, HL Gestion, une société qui gérait les avoirs du Volter Fund Limited, un fonds d’investissement enregistré dans un paradis fiscal, les Iles Vierges britanniques.
La société d’Imad Lahoud reçoit plus tard un agrément de la COB, qui lui permet d’exercer des activités financières. Pourtant, selon Mediapart, la Commission "n’a pas rempli l’une de ses obligations règlementaires avant de donner son agrément". La COB n’a pas vérifié s’il existait une convention entre HL Gestion et une société dépositaire permettant de localiser les fonds. Nathalie Guggenheim, qui deviendra plus tard, l’épouse de François Pérol, travaillait au COB et elle s’était occupée du dossier HL Gestion, révèle le site internet qui qualifie de "première anomalie", ce manquement.
Le 18 juillet 2000, interrogé sur cette absence de convention par les enquêteurs de la COB, Imad Lahoud affirme que n’ayant pas " de relevés de comptes au nom de Volter Fund", qu’il réclame sans les obtenir, il s’est "vu dans l’obligation de gérer environ 300 millions de francs sans ces outils comptables".
Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin.
Le 11 septembre 2000, un rapport du COB montre qu’HL Gestion est "dans l’incapacité […] d’assurer le remboursement des parts des souscripteurs, à en donner une valorisation et à indiquer le volume de ses actifs financiers disponibles ainsi que leur localisation". L’argent de la société d’Imad Lahoud a disparu, soit 42 millions de dollars. "Deuxième anomalie" selon Mediapart : malgré une enquête sur HL Gestion, la Commission des opérations de Bourse ne signale que des "irrégularités mineures", alors que la société d’Imad Lahoud sera déclarée quelques semaines plus tard, en cessation de paiement.
Malgré les faits dénoncés par le rapport du COB, le CGDF ne lancera aucune enquête. La procédure aurait pu être mise en place soit par auto saisine, soit par la COB ou encore par la commissaire du gouvernement, François Pérol. Sa suppléante est également Nathalie Guggenheim, sa compagne.
Et si vous croyez que vous êtes arrivés au bout de vos surprises, que nenni. voici le clou de l’affaire :
En 2002, deux juges du pôle financier parisien, Valérie Salméron et Isabelle Prévost-Desprez, lancent des commissions rogatoires internationales (CRI), notamment dans les Iles Vierges britanniques pour retrouver les 42 millions de dollars. Sans succès. En octobre 2003, alors qu’elle dirige seule le dossier depuis quelque mois, Isabelle Prévost-Desprez est nommée au tribunal de Nanterre. C’est le juge Jean-Marie d’Huy qui récupère le dossier avant de se consacrer à une autre affaire : Clearstream
Avez-vous remarqué le détail qui tue ? Quel est donc le juge qui s’est occupé de cette affaire dont la juge a été dessaisie ? Un des Dupont et Dupond. Et ce juge-là n’a pas trouvé bon de s’intéresser aux rapports étroits et anciens entre Lahoud et la galaxie Sarkozy, alors que d’évidence il ne pouvait pas l’ignorer comme ne pas ignorer que Lahoud était un escroc. Serions-nous en droit de se demander pourquoi et de lui en poser la question ?
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