Lapsus : à quoi pensent les ministres ?

par Michel Koutouzis
lundi 27 septembre 2010

 « Qu’un chien morde son maître, ce n’est qu’un fait divers. Qu’un maître morde son chien, c’est un scoop » disait William Maxwell Aitken, ministre britannique de l’information à la fin de la première guerre mondiale. C’est donc normal que la fellation fasse le tour des rédactions, tandis que l’indignation condescendante sur les fonds de pension, ne soit qu’un tuyau crevé. « Si non e vero e ben trovato » dit le dicton populaire, donc je suis plutôt enclin à penser, malgré les indignations d’usage, que Rachida Dati a bien calculé son coup. Comme l’indiquent Meringer et Mayer (auxquels se réfère Sigmund Freud) : « Le premier son qu’on retrouve est toujours celui qui, avant l’oubli, avait l’intensité la plus grande… ». Pour Besson, par exemple, le mot remplaçant « immigration » est « invasion ». « Fellation » c’est tout de même mieux.

Il n’y a pas si longtemps, en plein scandale Bettancourt, Eric Woerth s’exclamait à la télévision : « j’ai lancé toutes les procédures pour renforcer la fraude fiscale ». En conséquence, télé matin le qualifiait d’ « ancien ministre ». Tous les lapsus ne se valent pas. Celui du président Sarkozy, qui donne raison à ceux des français qui pensent « qu’il fait une politique pour quelques uns et pas pour tous » et déclare « en tirer les conséquences », mime, de manière tonitruante, le « je vous ai compris » gaullien. En effet, « comprendre » ou « donner raison » ne signifie pas pour autant qu’on s’exécute. Bien au contraire : Vous êtes le peuple, je vous l’accorde. Mais moi, je suis le président. Cela se décline aussi vis-à-vis des juges : J’ai confiance à eux, mais Villepin est « coupable ». Le lapsus dans ces cas indique que la volonté présidentielle l’emporte dans tous les cas de figure. En connaissance de cause mais sans regrets.

Il existe des lapsus collectifs, résultat des fameux « éléments de langage », qui indiquent que les membres du gouvernement ne prennent pas la peine de jeter un œil au petit Larousse : la fameuse décélération indique une croissance moins rapide. Mot se voulant savant, qui remplace à leurs yeux le trivial « essoufflement ». Cependant, le mot le plus « intense » reste la fameuse « accélération ». A la quelle on pense. Toujours d’après Sigmund : « le trouble peut être occasionné par des éléments qu’on n’a nullement l’intention d’énoncer et dont l’action se manifeste à la conscience par le trouble lui-même ».

Les fameuses « variations érotiques » de François Bayrou, procèdent d’une dérive contraire. Le mot, trop savant, erratique (désordonné) est remplacé par le premier venu, le plus trivial possible, le plus communément partagé et nié pourtant. Saine réaction, d’un corps sain bridé par un esprit (trop) bridé. Toujours selon Freud : « les images flottantes ou nomades jouent dans les substitutions un rôle important ». Comme quoi, « chassez le naturel, il revient au galop ».

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