Le bal des tartuffes

par astus
mardi 6 avril 2021

 Il existe actuellement un débat épineux pour tenter d’améliorer la loi Claeys-Léonetti de 2016 à partir de différents projets de lois qui seront en discussion le 8 avril à l’Assemblée avec déjà 3000 amendements déposés ce qui présage un blocage volontaire de la situation. Mais chacun sait que la fin de vie est un sujet sensible qui souvent divise les gens.

 Déjà par le passé certaines avancées sociales dans notre pays ont été vivement contestées. Ce fut notamment le cas pour l’accès à la contraception (loi Neuwirth 1967), la dépénalisation de l’avortement (loi Veil 1975), la suppression de la peine de mort (1981) ou plus récemment le mariage pour tous (2013). Il est donc probable que ce sont aujourd’hui un peu les mêmes qui vont s’opposer à la conquête de nouveaux droits pour lesquels plusieurs pays avancés ont déjà légiféré afin d’humaniser davantage la fin de vie des personnes qui le souhaitent.

 Mais il est étrange que la plupart de ceux qui sont hostiles à une modification de la loi actuelle pensent agir pour protéger la vie sans relever que précisément la vie court de la naissance jusqu’à la mort. Celle-ci fait donc partie de la vie car si la naissance marque son début la mort en est son point ultime. Et c’est ce qui rend d’autant plus nécessaire de respecter les attentes de vie de ceux qui peuvent bientôt la quitter. 

 La réduction de la souffrance est d’ailleurs un fait anthropologique universel qui s’est progressivement affirmé dans la plupart des civilisations même si cela varie selon les époques et les cultures. Imaginerait-on aujourd’hui un écartèlement en place de Grèves ? Et si l’on souhaite aujourd’hui réduire les souffrances animales c’est en partie parce que celles des humains sont davantage apaisées depuis l’invention de l’anesthésie au XIXème siècle.

 Or si de nombreux chrétiens pensent que la souffrance est rédemptrice et que cela rend possible la rémission des péchés en souvenir du Christ mort sur la croix, il est intéressant de constater que ceux de cette confession qui s’érigent aujourd’hui en protecteurs de la vie ont pratiqué pendant des siècles les croisades, les guerres de religion, la mort des hérétiques, les bûchers de sorcières et l’inquisition. Mais il est vrai aussi que l’immense majorité des religions n’est pas en reste sur ce plan et que cela n’est pas davantage à leur honneur.

 Quant à ceux qui croient moins au ciel il est probable qu’ils cherchent surtout à éviter des reproches et à se grandir à leurs propres yeux comme à ceux d’autrui en faisant tout ce qui est techniquement possible pour éviter la mort, même très au-delà du raisonnable. La raison en est que la plupart ont une peur panique de ce moment vécu comme un échec qu’ils veulent repousser pour faire croire, surtout à eux-mêmes, qu’ils sont plus forts ou plus aimants que d’autres, ce qui évoque davantage une forme d’orgueil que de compassion. Sans doute les peintres anciens qui représentaient des vanités avaient-ils déjà compris cela.

 

 Il est alors bien possible que l’opportunité d’améliorer ou non la loi Claeys-Léonetti de 2016 consiste en réalité à savoir quelles sont les personnes qui peuvent aujourd’hui en leur âme et conscience, ou au nom d’un humanisme véritable vouloir encore :

 

 

 

Chacun pourra choisir ses réponses en toute bonne foi mais il est pourtant désormais certain que les changements en faveur d’une amélioration de la fin de vie arriveront inévitablement chez nous tôt ou tard comme c’est heureusement déjà le cas dans les autres avancés, dont récemment l’Espagne. Mais de même qu’en 1971 était publié le « Manifeste des 343 salopes » proclamant : « Je me suis fait avorter », qui avait permis quatre ans plus tard la loi Veil, il sera probablement nécessaire que soit publié le « Manifeste des coupables » osant reconnaître qu’il existe bien en France des personnes ayant déjà pratiqué l’euthanasie dans le respect des morts comme des vivants, mais en l’absence regrettable d’un cadre légal. 

 

 C.C. le 6 Avril 2021 

 

 Illustration : Young Man with a Skull, Frans Hals, National Gallery, London


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