Le Bourget : un mirage pour le 9-3
par sophie_fredt
vendredi 7 mars 2014
François Charritat, Directeur de l’Aéroport du Bourget, qui voulait s’inscrire dans la lignée de Nelson Mandela, « a fait un rêve » (tel Martin Luther King !) : que les Aéroports de Paris (ADP) « puissent aussi devenir des portes qui s’ouvrent sur leur environnement et qui permettent l’accès à l’emploi, aux richesses partagées, au progrès pour tous ».
Pour le Bourget, situé au cœur de la Seine-Saint-Denis département le plus pauvre et précaire de France, ce serait un objectif utile et généreux. Mais qu’en est-il vraiment ?
La mue du Bourget en aéroport, synonyme de richesses partagées ?
1er aéroport d’affaires d’Europe, Le Bourget a entamé une stratégie de diversification, depuis plusieurs années. Cependant, « l’incroyable mue du Bourget » n’est pas synonyme de « richesses partagées ».
Il n’est aucunement envisagé de permettre à tous les habitants du 93 de voyager en jet privé, ce qu’on peut comprendre. Mais, les nouvelles activités au sol du Bourget n’ont pas plus des chances de pouvoir attirer les populations des cités voisines. Au programme : une galerie Larry Gagosian (comme à New York !) de 1 700 m² réalisée par Jean Nouvel et vendant des œuvres autour de 5 000 $ pièce, un hôtel quatre étoiles ou un nouveau restaurant gastronomique.
Des emplois déduits ou induits ?
Qu’en est-il concernant les emplois ? Une étude de la CCI Paris Ile-de-France, datant de 2005, évoquait 4 000 emplois directs pour l’aéroport du Bourget. Aujourd’hui, le site Internet Aéroports de Paris ne chiffre plus qu’à 2 600 le nombre d’emplois directs pour la plate-forme d’aviation d’affaires.
La tendance est donc plutôt, comme partout, à la baisse. Cela n’empêche pourtant pas ADP et les promoteurs des hôtels, bureaux et équipements de luxe de promettre le doublement des emplois « induits » vers 2020. Mais le double de combien, en fait ? Ça, l’histoire ne le dit pas clairement.
Pour eux, par contre, pas question d’attendre pour engendrer de nouveaux profits.
Les gains immédiats du petit milieu du Bourget
En effet, les investisseurs privés exploitants du Bourget ont mis en œuvre un certain nombre de projets au profit des voyageurs de jet privés. Ainsi, récemment Unijet a inauguré son nouveau Terminal comprenant notamment 1 200 m² consacrés « aux bureaux et aux salons VIP ».
Par ailleurs, Jet Services s’est montré actif, depuis 2008 sur l’aéroport, au point de devenir incontournable. Pour sa dirigeante, Marie-Antoinette Dain, il s’agit « d’apporter aux opérateurs d’aviation d’affaires l’ensemble des services qu’ils peuvent attendre ».
Pour ces entreprises, en prenant en charge les voyageurs fortunés tout au long de leurs déplacements, c’est un moyen de les capter vers l’ensemble des leurs activités (aviation, hôtellerie, restauration, luxe…), partout dans le monde, mais pas probablement pas ailleurs dans le 93.
La richesse des plus riches semble donc partagée au Bourget, mais seulement par un petit milieu fermé d’initiés. Il n’est donc pas étonnant que cette plateforme soit surnommée par certains le « petit Monaco ».
Dans ce contexte, les vœux généreux de François Charritat, directeur de l’aéroport, demeurent un mirage pour les populations voisines du 93. Les portes de l’aéroport du Bourget, comme les comptes bancaires à Monaco, ne sont pas prêts de leur être ouvertes.