Le Bracelet de la honte : préfiguration prochaine des codes-barre et QR Codes sur le corps humain
par Renaud Bouchard
jeudi 19 août 2021
« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits : voilà, citoyens, l’évangile de la France ; il est plus que temps qu’il soit proclamé dans tous les départements de la République (...) »
Léger-Félicité Sonthonax, Commissaire Civil de la République, délégué aux îles
Françaises de l’Amérique sous le vent, pour y rétablir l’ordre et la tranquillité publique
Déclaration du 23 août 1793, Le Cap Français (Saint-Domingue, Antilles)
« La déportation, la réduction en esclavage ou la pratique massive et systématique d’exécutions sommaires, d’enlèvements de personnes suivis de leur disparition, de la torture ou d’actes inhumains, inspirées par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux et organisées en exécution d’un plan concerté à l’encontre d’un groupe de population civile sont punies de la réclusion criminelle à perpétuité. »
Article 212-1 modifié par la Loi N° 2004-800 du 6 août 2004, Code pénal (France)
Comment des gens peuvent-ils accepter sans se rebeller - voire même accepter volontairement -, l’imposition d’un bracelet qui ne vient que les pousser encore plus vers la servitude volontaire ?
Qui sont les auteurs, instigateurs, concepteurs, ordonnateurs, complices et exécutants de cette mesure scélérate, gens qui devraient être condamnés en punition exemplaire à porter la cangue comme symbole de leur vilénie ?
Pour faciliter les contrôles, voilà en effet que le département de la Gironde a décidé d'expérimenter à partir du 19 août 2021 l'usage « d’un bracelet » faisant office de pass sanitaire dans les bars et restaurants, opération montée en coopération avec la préfecture.
Au total, ce sont donc 20 000 bracelets qui seront ainsi mis à disposition des établissements dans les lieux touristiques les plus fréquentés de la Gironde, notamment à Bordeaux, dans le bassin d'Arcachon et Saint-Emilion, selon l'UMIH (Union des métiers et des industries de l'hôtellerie) départementale, qui a reçu l'aval des autorités.
L'idée de cette opération test - pardon, de cette "expérience" (c'est moi qui rajoute) -, a été « travaillée avec la préfecture pour faire rentrer dans les clous », a indiqué ce 18 août à l'AFP M.Martin Guespereau, le préfet délégué pour la défense et la sécurité.
« Le principe : le client, probablement un habitué de l'établissement, se porte volontaire pour présenter à l'exploitant la preuve de son schéma vaccinal complet ainsi que son identité. Dès lors, il recevra un bracelet inamovible comme sésame, lui permettant d'accéder à l'établissement sans se faire contrôler à nouveau », détaille l'UMIH.
Vous aurez noté au passage que le bracelet est inamovible, n'est-ce pas ?
La police continuera à contrôler le pass et non le bracelet, bien entendu.
Car ne nous méprenons surtout pas ! Il s'agit de « faciliter l'accès des clients », a souligné auprès de l'AFP le président de l'UMIH-33, M.Laurent Tournier, faisant valoir que le pass sanitaire a fait baisser sensiblement, voire très sensiblement l' activité des restaurateurs.
Et j’en viens à espérer personnellement que les gens puissent déserter totalement les restaurateurs qui se prêteront à cette opération de servitude honteuse.
Les bracelets, marqués « passage sanitaire UMIH 33 » dans les lettres grises sur fond blanc, devront également porter les trois premières lettres du nom de l'établissement et de la ville où ils ont été attribués.
Et pourquoi pas le numéro INSEE complet de chaque porteur ?
Mais « la police continuera à contrôler le pass et non le bracelet. On jugera : si ça marche, tant mieux, si ça ne marche pas, on arrête tout. On a la manette », précise M. Guespereau, le préfet précité.
Laurent Lutse, président de la branche cafés, brasseries et établissements de nuit à l'UMIH, a pour sa part affirmé à l'AFP avoir « fait une demande au niveau du ministère de l'Intérieur car on a des doutes au niveau du juridique ». Selon lui, « il faut un QR code et non pas un chiffre sur le bracelet sinon il y aura de la fraude ».
Mais comment donc, Cher Ami ! Vos désirs seront plus qu’exaucés !
Si nous prétendons aujourd'hui, à tort et à raison, être les héritiers de l'Antiquité gréco-romaine, en quoi l'esclavage, qui fut la condition même de son développement, a-t-il contribué à écrire une part de notre histoire au point de persister jusque dans notre plus extrême modernité ? s’interroge le chercheur Paulin Ismard ?Explorant, sous la forme d'essais libres, le droit du travail, la cybernétique, ou les formes modernes de la représentation politique, mais aussi convoquant Hermann Melville ou Aimé Césaire, Paulin Ismard en arrive à la conclusion que la configuration athénienne est d'une certaine façon encore la nôtre[i].
Black Mirror[ii] est pleinement là[iii].
Ces gens déraisonnent complètement.
Les « criminels de bureau[iv] » sont parmi nous.
A quand les « code-barre ou QR-Codes indélébiles et citoyens » tatoués sur la nuque ou l’avant-bras[v] ?
[i] Paulin Ismard, La Cité et ses esclaves Institution, fictions, expériences, L'Univers historique , 384 pages. Paulin Ismard est maître de conférences HDR en histoire grecque à l'université Paris 1 Panthéon Sorbonne, membre de l'Institut universitaire de France. Il a notamment publié L'Événement Socrate (Flammarion, 2013, Prix du livre d'histoire du Sénat) et La Démocratie contre les experts. Les esclaves publics en Grèce ancienne (Seuil, 2015, Prix des Rendez-Vous de l'Histoire de Blois, Prix François Millepierres de l'Académie Française)
[ii] Zoé Lavanant, “Black Mirror”, une série entre fiction et réalité, 5 juillet 2021 ; https://www.artistikrezo.com/cinema/black-mirror-une-serie-entre-fiction-et-realite.html
[iii] https://archipel.uqam.ca/13218/1/M16134.pdf et http://www.lemanoush.fr/dystopie-series-black-mirror-westworld/
[iv] https://www.lemonde.fr/archives/article/1997/12/10/pour-michel-zaoui-le-crime-de-bureau-c-est-celui-que-tous-seraient-susceptibles-de-commettre_3807400_1819218.html
[v] Emmanuel Garm, https://latatoueuse.com/tatouages-code-barres