Le Capital en quelques mots
par Aimé FAY
mercredi 9 septembre 2015
"Le mot capital est certainement le plus discuté de l'économie depuis le milieu du 19e siècle." (1)
Thomas Piketty (1971- ) définit le capital (hors le capital humain) sommairement : "Le capital comprend notamment l'ensemble du capital immobilier (immeubles, maisons) utilisé pour le logement et du capital financier et professionnel (bâtiment, équipements, machines, brevets, etc.) utilisé par les entreprises et les administrations." (2). Cela est un peu court, surtout quand cette définition est la base des 969 pages de son livre. Le best-seller économique de l'année 2014. Piketty oublie deux types de capital sans qui rien n'est possible en économie :
- le capital strictement monétaire, c'est-à-dire celui constitué de la monnaie fiduciaire et de la monnaie scripturale que possède tout agent économique. Son montant se compte pourtant en dizaines de milliers de milliards d'unités monétaires !
- le capital social, c'est-à-dire celui à la base de toute entreprise, de toute taille et tout statut juridique. Là encore, ce sont des dizaines de milliers de milliards ! Milliards qui ont servi à acheter "le capital financier et professionnel" dont parle Piketty dans sa définition.
Même Karl Marx (1818-1883) donne une définition du capital juste à l'aune de ses lunettes d'illustre philosophe révolutionnaire, pour étayer les milliers de pages qui lui ont permis de passer à la postérité. Pour Marx, "Le capital est du travail mort, qui, semblable au vampire, ne s'anime qu'en suçant le travail vivant, et sa vie est d'autant plus allègre qu'il en pompe davantage.". "Il [le capital] n'apparaît que là où la production marchande et le commerce ont déjà atteint un certain degré de développement." (3). À croire Marx, le capital n'existerait pas avant un certain développement ? Là encore, c'est un peu court. Sa définition ne sert, comme celle de Piketty, qu'à étayer des centaines, voire des milliers de pages. Malheureusement, à partir de leur définition restrictive, ils ne peuvent plus en donner d'autres… sans contredire leur propre travail, généralement volumineux.
Avouons qu'en termes d'objectivité cela n'est pas l'idéal pour améliorer la culture générale de l'individu lambda. Il aurait été nécessaire de lire ou de relire, non pas 35 auteurs mondialement célèbres (4) comme nous l'avons fait dans notre ouvrage de mai 2015, mais seulement les 2 suivants qui résument assez bien le sujet :
- Joseph-Aloïs Schumpeter (1883-1950) : "Le mot de Capital a fait partie du vocabulaire du droit et des affaires bien avant que les économistes aient trouvé à l'employer. Chez les juristes romains et chez leurs successeurs, il signifiait le "principal" d'un prêt, distingué de l'intérêt [...]. [...] il en vint plus tard à désigner les sommes d'argent ou leurs équivalents apportés par des associés dans une société ou compagnie [...]. Ainsi, ce concept était essentiellement monétaire, puisqu'il exprimait soit la monnaie réelle, soit les droits sur la monnaie, ou certaines marchandises estimées en monnaie." (5)
- Adam Smith (1723-1790) : "Dans l'état primitif de la société où il n'existe pas de division du travail, où les échanges sont rares et où l'homme pourvoit lui-même à tous ses besoins, il n'est pas nécessaire d'accumuler et d'amasser d'avance du capital pour mener les affaires de cette société." (6). Smith évoquait ici l'accumulation du capital monétaire, celui à partir duquel tout débute, même sans accumulation.
"Terme emblématique de l'économie de marché, donc du capitalisme privé, le capital est aussi un élément incontournable du capitalisme d'État." (1). Celui qui permet même aux pays communistes d'exister. Sans capital, pas d'État, pas d'entreprise… in fine, pas d'emploi, pas la moindre création de richesse.
Pour conclure, n'oublions pas le tout premier capital. Celui source de tous les autres : le capital humain. Jean-Baptiste Say (1767-1832) écrivait : "La leçon que reçoit l'élève [...] est un produit immatériel ; mais la consommation qui en est faite va grossir la capacité de l'élève ; et cette capacité personnelle est un fonds productif, une espèce de capital dont l'élève tirera profit. La valeur des leçons a donc été accumulée, et transformée en un capital." (7)
N.B : John Richard Hicks (1904-1989, Nobel 1972) donne l'explication suivante des aspects du mot capital : "Capital (I am not the first to discover) is a very large subject, with many aspects ; wherever one starts, it is hard to bring more than a few of them into view. It is just as if one were making pictures of a building ; though it is the same building, it looks quite different from different angles." (8)
(1) 4ème de couverture du Le Capital en quelques mots, de Platon à nos jours (L'Harmattan, Paris, mai 2015). Dictionnaire de 200 définitions consacrées, en 242 pages, au mot CAPITAL et à ses épithètes. Le tout agrémenté de 214 citations célèbres, parfaitement référencées.
(2) Le capital au XXIe siècle, p. 82.
(3) Le Capital livre 1, sections I à IV, 3ème section, chapitre X, la journée de travail, p. 179. Id. 2ème section, chapitre IV, la formule générale du capital, p. 115.
(4) Argenson, Becker, Blankfein, Bosanquet, Cantillon, Carlyle, Confucius, Engels, Galiani, Greenspan, Fisher, Hayek (Nobel 1974), Keynes, Lénine, Marshall, Marx, Menger, Montesquieu, Newcomb, Nordhaus, North (Nobel 1993), Platon, Polanyi, Ricardo, Samuelson (Nobel 1970), Say, Schumpeter, Senior, Shiller (Nobel 2013), Smith, Thurnwald, Tinbergen (Nobel 1969), Turgot, Weber, Xénophon.
(5) Histoire de l'analyse économique (tome I, chapitre VI-6 : le capital, l'épargne, l'investissement, p. 448). Citation originale disponible en anglais dans : "The CAPITAL in a few famous quotations", avec 52 autres.
(6) Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, Livre II, Introduction, p. 277, lignes 1-5. Citation originale disponible en anglais dans : "The CAPITAL in a few famous quotations".
(7) Œuvres complètes I, Traité d'économie politique (tome second, épitomé p. 1087).
(8) Dans : Capital & Time, A Neo-Austrian Theory (1973), Préface, p. v). Traduction résumée : "Le Capital… c'est comme un bâtiment. Il y autant de photos différentes que d'angles de prises de vue." Ce sont ces multiples photos que notre livre de mai 2015 a essayé de recenser.
Crédit photo : The History Guide.