Et si gagner les présidentielles était plutôt une affaire de charisme que de projet. Depuis toujours une partie des électeurs votent par idéologie sans jamais varier d’un pouce, pour eux le choix est fait avant de connaître les candidats. Mais chaque fois le résultat final se joue à quelques pour cent près, sur le vote des indécis. Ces électeurs qui font pencher la balance à gauche ou à droite choisissent leur candidat en se fiant à leur intime conviction, sur une bonne impression mais aussi pour des raisons très personnelles, comme le sexe ou l’âge voire les origines ou les convictions religieuses. D’ailleurs l’élection d’un non blanc, d’un juif et même d’une femme est-elle possible en France, cela reste une question sujet à polémiques et jusqu’à preuve du contraire, la réponse est non ! Par contre, les thèmes et les slogans ont-ils une importance déterminante, sûrement oui, en tous cas pour une partie non négligeable des électeurs qui suivent la vie politique d’assez loin. Avec du talent et une forte capacité de persuasion, par la parole et le geste un habile orateur peut vendre n’importe quoi.
Il faut reconnaître à Nicolas Sarkozy ses grandes qualités de communicant, cela a sans doute participé à faire la différence en 2007, mais pas seulement. Il fallait aussi pour réussir son coup une idée originale et il l’a eu. Alors que les autres candidats parlaient de changement, lui il a osé revendiquer la rupture et c’est sur ce thème qu’il a construit sa victoire, en aiguisant la curiosité des Français pour un homme qui semblait différent, très réaliste et moderne, il a même séduit une partie de l’électorat de gauche. Enfin un Président volontariste dynamique et courageux, qui est partout, qui fait tout, qui sait tout, nous allions voir ce que nous allions voir. Et nous avons vu, inutile de revenir la dessus, il y a des gens qui y croient encore d’autres qui font semblant d’y croire, et puis il y a ceux qui vivent bien et qui ne veulent surtout pas que cela change.
Après trois ans de réformes à l’emporte-pièce et par la magie du quinquennat, nous voila déjà dans la pré-campagne électorale. Une fois que le peuple aura digéré dans la douleur la réforme des retraites, un bel exemple d’autoritarisme assumé. Nous auront droit à un remaniement taillé sur mesure pour la compétition, réglé de main de maître comme une formule 1 pour passer la ligne d’arrivée en tête et obtenir un deuxième mandat au sommet de l’Etat. La squadra de l’homme de Carla sera très politique, la composition de l’équipe nous donnera déjà des indications sur les orientations et sur les thèmes en gestation pour contrer les socialistes. Ce qui est sûr, c’est que dans les mois qui viennent la nouvelle équipe gouvernementale va tout mettre en oeuvre pour tenter de nous convaincre que les réformes commencent à porter leurs fruits et que le pays va mieux grâce à eux.
Maintenant et à propos des socialistes, qui des trois principaux outsiders, DSK, Royal, Aubry, est suffisamment charismatique pour battre Sarkozy à son propre jeu. A première vue aucun des trois n’a le niveau du Président en ce qui concerne la communication, et c’est bien là le talon d’Achille des camarades de la gauche, à moins que Mélenchon s’occupe de la formation ce qui paraît très hypothétique. Bien sûr il faudra aussi un programme, mais il ne faut pas s’attendre à de grandes nouveautés ni d’un côté ni de l’autre. Sauf que Sarkozy est capable de tout pour gagner, c’est un politique rusé et imaginatif, il pourrait nous sortir un nouveau truc de sa manche et avec des mots transformer le plomb en or. Pour conclure, il est évident que si le charisme suffisait pour être président de la République, Le Pen serait déjà chef de l’Etat depuis longtemps. Mais lorsque une élection se joue à si peu de choses, le charisme est déterminant.