Le « chef de l’Etat » met la pression sur Nicolas Sarkozy !

par Aimé FAY
lundi 24 septembre 2007

« Je suis à la tête d’un Etat en faillite. Je suis à la tête d’un Etat qui n’a jamais été capable depuis 15 ans de faire un budget en équilibre... ». Ce brave chef d’Etat doit être bien malheureux pour pleurer comme cela de l’état si calamiteux dans lequel se trouve son pays. Pays dont il est à la tête ou bien l’un des collaborateurs principaux depuis plusieurs années. Alors, qui peut bien être ce malheureux qui passe du temps à se plaindre publiquement de l’Etat dont il est pourtant le chef ? Aurait-il, lui aussi, la même maladie qu’ont certains chefs quand les choses ne tournent pas rond, dire que c’est de la faute des autres ?

Fort heureusement, cet Etat si pitoyable, dont parle le monsieur, ne peut pas être la France, car la dette publique de notre pays n’est que de 1 150 milliards d’euros, soit à peine 64 % du PIB. En l’espèce, la France est bien loin de la faillite comparativement à d’autres pays tels que le Japon avec une dette à 130 % de son PIB, la Grèce avec 110 % ou l’Italie qui approche les 100 % et, qui sont tout à fait in bonis selon les normes du FMI.

Alors devinez qui se cache derrière ce malheureux pays, tant critiqué par son chef ? Cet Etat en faillite soudaine, c’est... la France. Eh oui ! Surprenant, n’est-ce pas ! Et, le chef d’Etat qui prononce ce constat de calamité, c’est... le très inattendu François Fillon !

Depuis la dernière interview de Nicolas Sarkozy, le 20 courant à 20 heures, nous savions que lui et François étaient parfaitement interchangeables. Cela s’appliquait-il aussi à la fonction de chef d’Etat ? C’est apparemment comme cela que François l’aurait compris.

Quelle mouche a donc piqué notre Premier ministre, nommé par le président Sarkozy, pour qu’il se prenne subitement pour le chef de l’Etat et ose de surcroît déclarer que notre pays est en faillite ?

François Fillon, qui passe pour brillant et mesuré, aurait-il commis deux erreurs grossières ?

La première, sur notre faillite, paraît flagrante pour un homme de ce niveau. C’est l’OCDE et le FMI qui le contredisent en donnant les chiffres cités plus haut (cf. supra). Ces organisations internationales, dont le sérieux ne peut être mis en doute, montrent clairement que notre pays n’est pas en faillite et, qu’il est d’ailleurs assez bien loti en termes de dette publique parmi les grandes démocraties. De plus, en août, la ministre Christine Lagarde vantait aussi les mérites de la France (cf. notre article du 21/08/07 "L’économie française se porte plutôt bien"). Alors, par cette erreur grossière et... volontaire, François Fillon veut-il nous préparer à une cure d’austérité pour récupérer très rapidement les 15 milliards d’euros de cadeaux fiscaux qu’il a faits récemment ?

La deuxième erreur supposée de François Fillon fera hurler les constitutionalistes peu avertis. Qui est à la tête de l’Etat : Nicolas Sarkozy ou François Fillon ? François aurait-il voulu couper l’herbe sous le pied de son pétillant patron et ami de vingt ans, Nicolas ?

Eh bien peut-être, car la Constitution ne dit pas... qui est le chef d’Etat !

Elle dit que le président est élu au suffrage universel direct (article 3). Qu’il est le chef des armées et de beaucoup d’autres choses... Mais, jamais elle dit que le président élu est le chef d’Etat. Par contre, elle précise, in extenso : "Le Premier ministre dirige l’action du gouvernement" et, elle ajoute "Le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation" (articles 20 et 21).

Serait-ce en relisant nuitamment notre Constitution que François Fillon se serait aperçu qu’elle lui faisait la part belle. Voire très belle. En réduisant le rôle du président élu à celui d’arbitre, elle fait du Premier ministre le véritable patron de la politique de la nation. C’est là tout l’esprit et la lettre de la Ve République.

Le pavé lancé est donc de taille. En étant le patron de la politique de la nation - dixit la Constitution - François Fillon peut légitiment dire qu’il est le vrai chef de l’Etat français. Pourtant, depuis le 6 mai 2007, les Françaises et les Français assistent exactement à l’inverse, avec un Nicolas Sarkozy omniprésent. Tout à la fois président, Premier ministre, ministre, secrétaire d’Etat et même directeur du marketing.

Le Premier ministre vient tout simplement de réussir un tour de force. Mettre la pression sur le président Sarkozy. Ce dernier va devoir choisir entre être simplement le président de la France ou bien en être le véritable et seul chef !

Quoi qu’il en soit, en s’autoproclamant chef d’Etat, le 21 septembre 2007, François Fillon prouve que le contenu de notre Constitution est désormais totalement obsolète.


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