Le combat du pot de terre contre le pot de fer...
par Véronique Anger-de Friberg
lundi 23 mars 2009
En septembre 2008, la « listéria monocytogenes » était détectée dans plusieurs fromages au lait crû vendus au Québec. Cette bactérie très virulente peut être mortelle pour les femmes enceintes et les personnes dont le système immunitaire est déficient.
La réaction des autorités sanitaires québecoises ne s’est pas fait attendre et, dans la panique générale, le Ministère de l’Agriculture, des pêcheries et de l’alimentation du Québec (MAPAQ) décide de détruire, sans même attendre de connaître la cause de la contamination, toute la production des fromagers du Québec.
Le retrait des fromages des étalages des magasins québecois comme la destruction systématique de tous les fromages au lait cru produits par les fromageries et les fermes du Québec ont été annoncés à grand renfort de publicité sur les ondes. Cette décision radicale, prise à la hâte, de même que tout l’arsenal déployé pour éviter que la contamination ne se propage, étaient-elles justifiée ?
Avec quelques mois de retard, les médias commencent à s’interroger sur le bien-fondé de ces actions décrétées dans l’urgence à l’époque par les inspecteurs du MAPAQ.
Alors, à qui profite le crime ? A qui profite le scandale de la crise de la listériose ? Parce qu’il s’agit bien d’un scandale. On peut se poser la question en effet : la mode du bio et la tendance « retour à la ferme » ont permis aux fermiers fabriquant du fromage au lait cru de grignoter quelques parts de marché non négligeables au nez et à la barbe des gros producteurs de fromages pasteurisés. De là à y voir une pression des grosses industries fromagères sur le MAPAQ, il n’y a qu’un pas…
2 poids, 2 mesures...
Quelles sont les conséquences aujourd’hui de la crise pour la filière ? 50% des producteurs fromagers ont abandonné la fabrication de fromage au lait cru. En revanche, les fromages européens qui, eux, ne répondent pas aux normes canadiennes, sont toujours en rayons... La semaine dernière, Radio Canada (Première chaîne Montréal) rapportait qu’un laboratoire accrédité avait fait procéder à des analyses sur 1 200 variétés de fromages au lait cru vendus au Canada. Parmi ces échantillons, prélevés sur des meules intactes dans leurs emballages d’origine et respectant toutes les conditions requises, plusieurs étaient d’origine européenne. Les fromages canadiens ont réussi le test alors que huit fromages européens ont échoué car ils contenaient de la listéria ou du staphylocoque. Les normes sont plus que sévères pour les fromages québecois produits à la ferme, mais aucun contrôle n’est appliqué sur les fromages d’importation européenne. Y aurait-il 2 poids, 2 mesures ? En l’absence de tout contrôle appliqué aux fromages européens, comment savoir si ces produits ne sont pas à l’origine de la contamination de septembre dernier ?
A la fin de la crise, la direction de la Santé publique du Québec avait comptabilisé 15 cas de contamination entraînant l’hospitalisation de 14 personnes et le décès d’un malade. La crise de la listéria a tué et tout le monde convient que c’est dramatique, mais on est loin de l’hécatombe annoncée. A ce jour, aucune étude ne fait le point sur les vraies causes de la crise de la listéria, ni d’ailleurs sur la réalité des « vies sauvées » par les mesures prises par les autorités sanitaires. Le zèle suspect dont a fait preuve le MAPAQ résonne comme une gifle. Une gifle qui balaie d’un revers de main la mouche du coche que représentait la filière aujourd’hui anéantie des 42 petits fromagers au lait cru dont 12 seulement ont survécu. L’un de ces fromagers, interrogé au micro de Radio Canada il y a quelques semaines, témoignait en ces termes de le pression subie au quotidien : « Chaque matin, deux agents du MAPAC se rendaient à ma ferme et me disaient : « Il faut que tu arrêtes le lait cru… On t’aura ! ». J’avais l’impression d’être poursuivi par des agents du KGB… ».
Par Véronique Anger-de Friberg. Retrouvez mes billets d’humeur sur : http://www.lesdialoguesstrategiques.com/index.php?option=com_content&task=view&id=159&Itemid=163