Le congé payé… sans congé !
par Inès A Contre-Courant
jeudi 31 juillet 2025
Le congé payé... sans congé !
Ah mesdames, messieurs…
Séquence nostalgie.
Il fut un temps, que les moins de 2024 ne peuvent pas connaître,
… où l’on prenait des congés,
… et où l’on était payé pour ne rien faire.
Oui, madame ! Rien ! Le néant utile !
Le luxe suprême : être payé… à s’absenter !
On appelait ça : les congés payés.
Et tout le monde trouvait ça très bien. Sauf peut-être le MEDEF, mais on les soupçonne de dormir debout.
Mais aujourd’hui, c’est fini !
Trop simple, trop humain, trop reposant !
Alors le gouvernement, dans sa grande clairvoyance comptable, a décidé de réformer l’immobile.
Et paf ! Voilà la nouveauté :
"La cinquième semaine des congés sera toujours payée… mais sans les congés."
— Pardon ?
— Oui monsieur ! Vous ne partez plus, mais on vous les paie.
— Mais si je ne pars pas, c’est plus un congé…
— Justement ! C’est une économie de vacances : vous reposez l’économie en continuant de bosser !
— Mais moi, je voulais me reposer, moi…
— Ah non monsieur ! Le repos, c’est devenu égoïste. Faut choisir : c’est vous ou le PIB.
Et là où c’est encore plus beau, c’est quand ils insistent :
"Vous toucherez quand même votre semaine de congés… hein ! On vous la paiera !"
— Mais attendez… elle était déjà payée avant cette réforme.
— Justement ! Avant, vous la preniez. Maintenant, on vous la paie sans que vous la preniez.
— Donc vous me donnez ce que vous me donniez déjà, mais sans me le laisser vivre ?
— Exactement.
— C’est comme me louer mon propre lit… pendant que j’y dors !
— La magie budgétaire, monsieur.
Et ce n’est pas fini ! Car le nouveau congé payé sans congé, c’est un vrai bijou :
— Je travaille pendant mes congés…
— Mais vous êtes payé !
— Pour des jours que je ne prends pas ?
— Mais vous les recevez… mentalement.
— Donc c’est un congé fictif, payé en vrai, pour un repos inexistant ?
— Précisément !
On tourne en rond comme dans un rond-point ministériel.
Sans sortie. Ni clignotant. Avec un panneau « Vacances » barré d’un trait rouge.
C’est comme si on vous disait :
"On vous offre un café…
mais sans tasse.
Ni café.
Ni pause.
Mais le prix est inclus dans votre contrat, donc soyez contents."
Ah ça, ils nous prennent pour des imbéciles…
Mais attention ! Des imbéciles efficaces. Des imbéciles productifs.
Des imbéciles qui bossent leurs congés.
Parce que l’imbécile de 2026 ne bronzera plus sur la plage.
Non ! Il suera au bureau.
Mais avec reconnaissance.
Car il aura le sentiment d’être payé pour être parti,
alors qu’il est resté,
sans s’en rendre compte.
Et le ministre, très sérieux, les yeux pleins d’enthousiasme administratif, conclut :
"Ce n’est pas une régression…
c’est une réforme".
Une réforme rentable.
Une réforme moderne.
Une réforme… qui supprime ce qui existait, tout en le maintenant.
— Vous suivez ?
— Moi non plus.
Mais apparemment, ça n’a plus d’importance.
Tant qu’on continue à payer ce qui était déjà payé,
en travaillant à la place de se reposer,
en souriant parce qu’on nous dit qu’on a gagné quelque chose,
alors qu’on n’a plus rien…
… on appelle ça :
le progrès.